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Mort d’un nourrisson à l’hôpital : l’absence du gynécologue décriée

Xavier-Luc Duval et Anwar Husnoo

La PNQ du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, concernant le décès d’un nourrisson, adressée au ministre de la Santé, Anwar Husnoo, a débouché sur de vifs échanges entre les deux hommes. Le ministre Husnoo a même reproché à Xavier-Luc Duval de « fer la politik lor  maler dimoun. »

L’absence du gynécologue au moment de l’accouchement de Husna Beekareea a été décriée, lors de la Private Notice Question (PNQ) de Xavier-Luc Duval, au Parlement, le mardi 10 juillet. Pour le leader de l’opposition, rien que pour cela, le spécialiste aurait dû être suspendu car tout en étant on call, à l’heure où la maman devait accoucher, il ne s’est pas présenté à l’hôpital, alors qu’on avait fait appel à lui. Il s’est contenté de donner des instructions par téléphone, a souligné le leader de l’opposition.

Selon les procédures établies, un accouchement peut être pratiqué par un généraliste attaché au département de gynécologie. Le généraliste doit faire appel au spécialiste en cas de complication, selon les renseignements que nous avons pu glaner auprès de divers membres du personnel hospitalier. « Le spécialiste aurait dû faire le déplacement, puisqu’il a été appelé et non pas simplement donner des instructions par téléphone», nous explique un infirmier qui compte de longues années d’expérience. 

Ajouté à cela, puisque la patiente avait des difficultés pour accoucher par voie basse, une césarienne aurait dû être pratiquée. Mais dans le cas du bébé du couple Beekareea, c’est une épisiotomie (incision du vagin pour permettre le passage du bébé lors de l’accouchement) qui a été pratiquée, selon Husna Beekareea.

L’infirmier précise que ce n’est pas normal qu’un bébé décède au moment de l’accouchement, alors que son cœur battait juste avant. Selon lui, le cordon ombilical autour du cou peut effectivement priver un nourrisson d’air. Mais si les mesures appropriées sont prises rapidement,  le bébé peut survivre. « De nombreux bébés ont repris connaissance dans de telles circonstances. Dans ce cas précis, tout laisse croire que cela n’a pas marché. » Il ajoute aussi qu’un cathéter aurait dû être utilisé pour dégager les voies respiratoires du nourrisson, car la présence de méconium a été notée. « Cet instrument doit être à portée de main à chaque accouchement », fait-il ressortir. 


Rien à cacher affirme Husnoo

« Je n’ai rien à cacher. Si c’était le cas, je n’aurais pas demandé qu’une nouvelle enquête soit initiée », a martelé le ministre de la Santé, Anwar Husnoo. Cela en réponse aux remarques de Xavier-Luc Duval qui lui a demandé pourquoi il n’y a pas eu de Fact Finding Committee (FFC) dans le cas de la mort du bébé Beekareea. Le ministre a expliqué également qu’il n’a pas encore rencontré les parents, parce qu’il n’a pas encore de réponses à leur donner pour le moment. Non satisfait du rapport préliminaire effectué, il envisage une deuxième enquête plus approfondie. À la lumière des conclusions de l’enquête, un FFC sera constitué afin de situer les responsabilités, a précisé le ministre.


Dr Beebeejaun : «Un bon monitoring permet de détecter des anomalies»

« S’il y a un bon monitoring de la patiente avant l’accouchement, toute anomalie peut être détectée et les mesures prises pour prévenir le décès d’un nourrisson au moment de l’accouchement », selon le Dr Haroon Beebeejaun, gynécologue qui exerce dans le privé. Pour lui, lorsqu’un bébé naît avec le cordon ombilical autour du cou l’équipe  médicale a suffisamment de temps pour réagir. Mais il admet que malgré un bon monitoring, le bébé peut décéder si une complication survient au moment de l’accouchement. « On ne peut pas alors parler d’erreur médicale », dit-il. Le gynécologue ajoute que si le bébé a manqué d’oxygène pendant trop longtemps, il peut subir de nombreux dommages et avoir des difficultés pour survivre. « Si c’est le cas, il risque d’avoir de sévères handicaps », fait-il ressortir. Il souligne aussi qu’une détresse respiratoire peut survenir si le cordon ombilical sort avant le bébé. C’est une situation difficile à rattraper, selon lui. 

Un autre gynécologue exerçant dans le privé et qui a tenu à garder l’anonymat est d’avis qu’il n’est pas important de faire une échographie avant de procéder à un accouchement. « Le plus gros problème réside dans le temps que dure l’accouchement », explique-t-il. Alors que le ministre Husnoo a affirmé qu’il n’y avait pas de signes de détresse fœtale et que le battement de cœur fœtal était normal avec 130 battements par minute, le gynécologue n’a pas la même lecture de la situation. « Les pulsations de 130 battements de cœur par minute sont à la limite de la normale», dit-il. Pour lui « c’est inquiétant, car la norme est plutôt entre 150 et 160 battements. »

Il fait ressortir également que quand le placenta est cassé, il faut voir si le méconium (premières selles du nourrisson) est épais ou bien liquide. « S’il est épais, il faut immédiatement avoir recours à un accouchement par césarienne, car le bébé va le respirer ou l’ingurgiter », dit-il. Cela peut entraîner des problèmes pulmonaires et créer une détresse fœtale, ajoute-t-il. Or, dans sa réponse au Parlement, le ministre Husnoo a affirmé qu’« un accouchement par voie basse a été pratiqué comme il est requis dans une telle situation. »

Autre situation qui peut créer des complications au moment de l’accouchement, c’est le taux de glycémie de la maman. Si le bébé est dans un état d’hypoglycémie, il peut décéder si cela n’est pas corrigé rapidement. Il réfute aussi les arguments du ministre Husnoo qui a expliqué que, compte tenu des conditions dans lesquelles le bébé est né, il n’était pas nécessaire de pratiquer une autopsie. Le gynécologue est d’un tout autre avis. « On aurait dû pratiquer une autopsie afin de déterminer avec exactitude les causes qui ont provoqué le décès du bébé. C’est une erreur de n’avoir pas pratiqué l’autopsie. Cela aurait permis d’éviter d’autres drames », dit-il.