Mort de l'ancien émir cheikh Hamad, artisan du Qatar moderne
Par
Defimedia.info
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Le gouvernement qatari a annoncé dimanche la mort, à 74 ans, de cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, qui a régné sur le Qatar de 1995 à 2013 avant de créer la surprise en abdiquant en faveur de son quatrième fils.
Dans un communiqué, le bureau de l'émir a dit pleurer "la disparition de Son Altesse l'émir père, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani - que Dieu lui accorde Sa miséricorde -, une grande perte pour la nation".
Des milliers de personnes se sont rassemblées à la mosquée Imam Mohammad ben Abdel Wahhab, pour prier et rendre hommage au défunt dimanche soir, avant ses funérailles au cimetière de Lusail, au nord de la capitale.
Un deuil officiel de plusieurs jours sera observé dans le pays, avec la fermeture des institutions publiques et la mise en berne des drapeaux, ont indiqué les autorités.
L'ancien souverain, qui avait déposé son père cheikh Khalifa lors d'une révolution de palais en 1995 sans effusion de sang, avait hérité d'un petit émirat marginal aux caisses presque vides, dont il a fait un acteur majeur de l'échiquier régional et international.
Les gouvernements des pays du Golfe, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, celui de la Turquie Recep Tayyip Erdogan, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni et le roi britannique Charles III ont exprimé leurs condoléances.
Le Hezbollah libanais, le gouvernement taliban et le mouvement palestinien Hamas ont également salué sa mémoire, tout comme le président iranien Massoud Pezeshkian, bien que Doha ait confirmé plus tôt dans la journée avoir été frappé par la République islamique.
Développement accéléré du Qatar
En quelques années, cheikh Hamad a réussi à jeter les bases d'un développement accéléré de son pays, pour en faire l'un des plus grands producteurs de gaz naturel liquéfié.
Cette transformation s'est appuyée sur la création de la Qatar Investment Authority, le fonds souverain chargé d'investir des milliards de dollars, notamment à l'étranger.
Fidèle allié des Etats-Unis, cheikh Hamad a parallèlement imposé son pays comme un acteur incontournable de la politique arabe, jouant tour à tour les médiateurs, les bailleurs de fonds et les acteurs diplomatiques.
Cette stratégie s'est notamment traduite par le lancement, en 1996, de la chaîne d'information internationale Al Jazeera, devenue l'un des principaux instruments d'influence du Qatar et qui a joué un rôle majeur lors des printemps arabes.
Sur le plan intérieur, il avait introduit quelques réformes politiques, dont l'adoption par référendum en 2003 d'une Constitution qui prévoit une séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire mais qui maintient le pouvoir exécutif entre les mains de l'émir et de son cabinet.
Il avait créé la surprise en abdiquant volontairement en 2013 en faveur de son quatrième fils, cheikh Tamim, dans une région où les dirigeants se maintiennent souvent au pouvoir jusqu'à leur dernier souffle.
Après son abdication, il était resté relativement discret et n'apparaissait que rarement en public.
Il était encore émir quand le Qatar s'est vu attribuer en 2010 l'organisation du Mondial-2022.
C'est également sous son règne que le pays a commencé à verser des centaines de millions de dollars à la bande de Gaza, finançant notamment des projets routiers le long du littoral. Un hôpital de la ville de Gaza porte son nom.
Presqu'île du sud du Golfe, le Qatar est l'un des plus petits Etats arabes (11.437 km2), avec une population de 2,5 millions d'habitants, dont la plupart sont des étrangers.
Gouverné par la famille al-Thani depuis le milieu du XIXe siècle, il avait refusé d'intégrer la fédération des Emirats arabes unis lors de son indépendance, en 1971, après 55 ans de protectorat britannique.
AFP