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MMM : Le leader temporise face à sa base et sa direction

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 19 mars 2026 à 11:20
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Des membres du comité central présents à la réunion d’hier.
Des membres du comité central présents à la réunion d’hier.

Lors d’une réunion du Comité central mercredi 18 mars, une large majorité de cadres du MMM s’est prononcée pour le maintien du parti au gouvernement, contraignant Paul Bérenger à reporter sa décision de démissionner au Bureau politique de lundi prochain.

Il n’est pas allé au Parlement mardi. Il avait laissé entrevoir son départ. Mais quand son propre Comité central a parlé, hier, mercredi 18 mars, Paul Bérenger a choisi d’écouter. Le leader du MMM a suspendu sa décision de démissionner de son poste de Premier ministre adjoint, après qu’une majorité de cadres du parti – et non des moindres – se soit clairement prononcée pour le maintien du parti au sein de la coalition gouvernementale.

Rajesh Bhagwan, Ajay Gunness, Arianne Navarre-Marie… : selon des éléments issus de l’intérieur de l’instance, des figures établies de longue date ont été « très claires ». Dans les circonstances actuelles, le MMM n’a pas à quitter le gouvernement. La proposition d’un retrait n’a pas trouvé, à ce stade, l’adhésion nécessaire pour s’imposer comme une ligne incontestable. Paul Bérenger l’aurait lui-même reconnu, demandant aux membres de poursuivre leur réflexion jusqu’au Bureau politique prévu lundi prochain.

Un incident survenu en séance éclaire le climat de la réunion. Aadil Ameer Meea aurait proposé d’organiser un vote secret sur une question simple : rester ou partir ? Paul Bérenger s’y serait opposé, estimant que le rapport de force en faveur du maintien était déjà connu de tous. L’échange en dit long. Accepter ce vote, c’était risquer une mise en minorité formelle du leader sur la question stratégique la plus lourde de son mandat. Le refuser, c’était éviter ce scénario. Au prix, toutefois, d’une ambiguïté que ses adversaires internes ne manqueront pas d’exploiter.

Ce report n’a rien d’anodin. Il signifie que le leader du MMM a pris acte du rapport de force : il ne dispose pas d’un boulevard politique pour imposer une décision aussi lourde qu’une démission suivie d’un repositionnement du parti. Derrière la question institutionnelle – rester ou partir – se joue aussi une question d’autorité et de méthode interne.

Trois lectures, une seule incertitude

À l’issue de la réunion, les interprétations divergent. Pour les uns, reporter l’échéance est un geste de lucidité : un parti qui vient d’accéder au pouvoir ne quitte pas une coalition sur un coup de tête, encore moins quand sa propre direction n’en voit pas la nécessité. Pour les autres, ce délai ouvre au contraire une phase de manœuvre ; le temps, pour Paul Bérenger, de retravailler les équilibres internes et de rallier les hésitants avant d’exécuter, lundi, une décision déjà arrêtée.

Une troisième sensibilité, plus désabusée, s’exprime également. Certains membres auraient souhaité un départ immédiat, qui aurait eu le mérite de clore une séquence d’incertitude prolongée. Leur raisonnement va cependant plus loin : une fois dans l’opposition, Paul Bérenger aurait été politiquement affaibli. Même ceux qui réclamaient une clarification rapide ne sont pas convaincus qu’un retour sur les bancs de l’opposition lui aurait redonné un second souffle.

Au fond, c’est la nature même du MMM qui est en tension. D’un côté, la culture historique du parti : son franc-parler, sa méfiance envers les compromis prolongés, sa capacité à rompre quand il estime ses lignes rouges franchies. De l’autre, le poids du réel gouvernemental : la responsabilité liée au pouvoir, la conscience que sortir aujourd’hui de la majorité pourrait désorienter sa base, brouiller son message et l’exposer à un affaiblissement politique bien plus qu’à une relance. Ces deux instincts coexistent depuis des décennies au sein du parti. Mais rarement ils se sont affrontés aussi frontalement, sur une question aussi immédiate.

Le test de lundi

En arrière-plan, c’est la question du leadership qui est posée. Le MMM reste un parti fortement structuré autour de son chef historique. Mais cette séquence révèle que, même là, la décision ne peut plus être simplement verticale sur un sujet aussi déterminant. La base dirigeante veut peser, orienter, infléchir.

Le Bureau politique de lundi sera donc plus qu’une réunion ordinaire. Ce sera un test pour Paul Bérenger : jusqu’où veut-il pousser sa logique contre le courant interne ? Un test pour le MMM : privilégie-t-il la continuité gouvernementale ou rouvre-t-il l’un de ses vieux réflexes de rupture ? Et un test, enfin, pour la majorité au pouvoir, qui observe avec attention les tensions chez un partenaire aussi stratégique que sensible.

Pour l’heure, une chose paraît ressortir avec netteté : au Comité central, le cœur du MMM bat majoritairement pour le maintien au gouvernement. Reste à savoir si cette majorité tiendra jusqu’à lundi. En politique mauricienne, les reports ne ferment pas les crises. Ils les déplacent. Et parfois, ils les aggravent.
 

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