MMM : «Coup de balai» après le comité central
Par
Le Défi Quotidien
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La série de révocations décidée par le Mouvement militant mauricien à l’issue du comité central du samedi 18 avril marque un tournant pour le parti. Quatorze conseillers municipaux, seize membres du comité central et cinq du bureau politique ont été écartés.
La décision du Mouvement militant mauricien (MMM) de révoquer plusieurs membres indique que la direction veut mettre de l’ordre dans ses rangs, dans un contexte marqué par des tensions internes.
Mais sur le terrain, ces révocations passent difficilement. Certains conseillers concernés parlent d’une décision dure, tandis que d’autres estiment qu’il fallait agir. Ces révocations interviennent à un moment sensible pour le Mouvement militant mauricien (MMM), après le départ de Paul Bérenger. Le parti entre ainsi dans une nouvelle phase, avec des tensions qui pourraient encore se faire sentir dans les jours à venir. En effet, d’autres exercices similaires seraient prévus dans les prochains jours.
Réagissant à la vague de révocations décidée au sein du Mouvement militant mauricien, la députée indépendante Joanna Bérenger dénonce une démarche qu’elle juge contraire aux principes démocratiques du parti. Elle critique notamment la manière dont ces décisions ont été prises, affirmant que les conseillers concernés n’ont pas été consultés ni entendus. Selon elle, ces sanctions reposeraient principalement sur leur présence au Plaza pour soutenir Paul Bérenger, alors que ce dernier occupait encore ses fonctions de leader.
« C’est un exercice qui a été effectué sans consultation avec les conseillers. Ces camarades n’ont même pas eu l’occasion de s’exprimer ou d’expliquer leur position », fait-elle observer. Joanna Bérenger estime que cette démarche va à l’encontre de l’esprit militant et des valeurs démocratiques qui ont longtemps caractérisé le MMM. Elle indique que les conseillers visés sont des élus du peuple, qui ont fait le choix de rester fidèles à leurs convictions. « Zot in swazir pour res fidel a zot bann valer, ek li tou a zot loner », a-t-elle déclaré, saluant leur position. Dans ce contexte, la députée appelle les concernés à ne pas baisser les bras. « Gard latet haute, lalit kontinie », a-t-elle lancé, en signe de soutien.
Le président du Mouvement militant mauricien et ministre du Travail, Reza Uteem, défend la décision de la direction du parti, estimant que les révocations prononcées à l’issue du comité central relèvent d’un exercice « tout à fait raisonnable ». Selon lui, ces mesures s’inscrivent dans un contexte marqué par le départ de Paul Bérenger et la série de démissions qui a suivi. Il évoque une vague de départs « au compte-gouttes », soulignant que certains membres ont choisi de se positionner en dehors de la ligne du parti.
« Après le départ de Paul Bérenger, il n’y a plus de leader. Donc, si certains ont décidé de le suivre, c’est qu’ils ne sont plus dans le MMM », a-t-il déclaré, justifiant la décision de leur révocation. Le président du MMM se montre également critique envers les conseillers concernés, estimant qu’ils auraient dû prendre leurs responsabilités. « Ces conseillers n’ont pas eu la décence de démissionner. Nous avons entendu certains dire que nous sommes restés au gouvernement pour ne pas perdre nos avantages, mais eux, qu’ont-ils fait ? Ou pa kapav res dan MMM san swiv bann instances parti », a-t-il lancé. Reza Uteem insiste sur les implications de ces révocations au niveau des conseils municipaux.
Selon lui, les élus concernés, ayant été élus sous la bannière du MMM dans le cadre d’une alliance, ne peuvent plus continuer à siéger en tant que représentants du parti. « Le parti va écrire aux instances concernées pour faire comprendre que ces personnes révoquées n’appartiennent plus au MMM. Le conseil municipal devra se réunir et consulter la ‘Reserved List’ pour nommer de nouveaux conseillers », a-t-il expliqué.
Enfin, il a tenu à clarifier la situation interne du parti, rejetant toute idée de division organisée. « Il n’y a plus la bande des quinze comme on l’entend. Il y a le MMM et les autres. Paul Bérenger n’est plus le leader, donc ces personnes ont été révoquées comme membres du parti. »
Parmi les conseillers municipaux concernés par la décision du MMM figure Keshaw Jhummun, élu au Ward 3 à Beau-Bassin/Rose Hill. Il ne cache pas sa déception face à cette révocation. Le conseiller a appris la nouvelle avec « beaucoup de tristesse ». Il a mis en avant son engagement de longue date au sein du parti. Pour lui, cette décision intervient dans un contexte tendu, sans qu’il ait eu l’occasion de s’expliquer ou de faire valoir sa position. « J’ai été élu pour servir les citadins et je l’ai toujours fait. Je suis attristé par la façon dont j’ai appris que j’ai été révoqué », confie-t-il.
S’il reconnaît la difficulté de la situation actuelle au sein du MMM, Keshaw Jhummun estime néanmoins que le dialogue aurait dû primer. Il regrette notamment les propos tenus par la direction du parti, qu’il juge durs à l’égard de certains élus. Une réunion est prévue avec d’autres conseillers sortants afin de décider de la marche à suivre. En attendant, il affirme
qu’il reste attaché aux valeurs qui ont guidé son engagement politique, tout en appelant au calme et à la réflexion.
Parmi les conseillers municipaux révoqués figure Gireesh Gendah, élu à Curepipe. Réagissant à la décision du Mouvement militant mauricien, il se dit surpris et dénonce une démarche qu’il juge incompréhensible.
Selon lui, les élus concernés n’ont à aucun moment quitté le parti. « Nou ti assez surpris, nou pa pe tro konpran kifer ek kouma sa finn arive. A okenn moman nou pa’nn demisione depi parti. » Le conseiller insiste sur le fait qu’ils ont été élus par la population et qu’ils continuent d’assumer leur mandat.
« Nou bann elis du pep. Nou la pou travay pou nou pei. » Il conteste également les raisons avancées pour ces révocations, notamment le fait d’avoir affiché un soutien à Paul Bérenger. « Pa krwar ki parski Paul inn ale, nou osi nou inn ale. Nou finn kontinie travay normalman. » Gireesh Gendah déplore enfin une évolution du parti qu’il ne reconnaît plus. Il estime que les opinions divergentes ne sont plus acceptées comme auparavant. « Mo krwar pa ki sa li enn kiksoz demokratik. Mo nepli rekonet sa parti la », conclut-il.