Mise sous administration judiciaire d’Evaco : Arnaud Mayer dénonce une «exécution préméditée»
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Après la mise sous administration judiciaire d’Evaco, son fondateur Arnaud Mayer sort du silence et évoque une « exécution préméditée ». Il défend le bilan du groupe, conteste les causes de la crise et met en garde contre des conséquences sectorielles majeures.
Pour la première fois depuis la mise sous administration judiciaire du groupe il y a une dizaine de jours, son fondateur Arnaud Mayer est sorti publiquement du silence en fin de semaine. Dans un long message adressé à ses quelque 350 employés, clients, investisseurs et partenaires, il défend le bilan d’Evaco et attribue sa chute à ce qu’il qualifie d’« exécution préméditée, progressive et coordonnée ».
Placé sous administration judiciaire à la demande notamment de la Silver Bank, elle-même en difficulté, et de la SBM Bank, le promoteur immobilier fait face à une crise financière majeure après avoir contracté des emprunts de plusieurs milliards de roupies auprès de ces établissements. Arnaud Mayer rejette toute fatalité économique. « La chute d’Evaco n’est pas le simple résultat d’un accident économique », écrit-il, insistant sur le fait qu’en 2023, le groupe « affichait toujours une rentabilité positive » avec « des projets, des actifs, des clients, des ventes, des équipes, une marque forte et une capacité de rebond ».
Le fondateur évoque également ce qu’il présente comme une tentative de déstabilisation en 2024 – impliquant, selon lui, un conglomérat, une compagnie d’assurances et un ancien collaborateur – déjouée de justesse. « Une plainte a d’ailleurs été déposée en 2025 à cet effet, avec une réclamation de dommages de l’ordre de Rs 5 milliards », précise-t-il.
Tous les projets du groupe étaient viables et c’est probablement cette valeur même qui a attiré les convoitises.»
Il établit aussi un lien direct entre la chute du groupe et l’évolution de ses relations avec sa banque principale. « Le changement de direction à la tête de notre banque principale en novembre 2023 a marqué le début d’un arrêt progressif du soutien bancaire », écrit-il, soutien qui « s’est réduit mois après mois, jusqu’à être totalement interrompu ».
Pour Arnaud Mayer, ce retrait n’a pas seulement fragilisé l’entreprise : « Ce sont les chantiers, les emplois, les clients, les familles, les fournisseurs, les créanciers et toute une chaîne économique que l’on met en péril. » Il affirme, par ailleurs, que
« tous les projets du groupe étaient viables » et que « c’est probablement cette valeur même qui a attiré les convoitises ».
Au-delà du cas Evaco, Arnaud Mayer met en garde contre les répercussions sur l’ensemble du secteur. « La chute d’Evaco aura des conséquences bien au-delà de ce que certains imaginent aujourd’hui », prévient-il, évoquant une « crise systémique de l’immobilier mauricien » désormais enclenchée.
Dans un registre plus personnel, il revient sur ses 24 ans à la tête d’un groupe qu’il dit avoir « bâti de rien » à 27 ans, en réinjectant « plus de 90 % des dividendes » perçus – « souvent pour traverser des périodes difficiles, y compris pour payer les salaires ». « Notre ambition n’a jamais été uniquement financière. Notre moteur n’a jamais été le profit maximal », affirme-t-il.
S’adressant directement aux clients ayant investi dans ses projets, il les assure que leurs projets devraient être achevés et qu’ils auront « les mètres carrés, le béton, les murs », tout en craignant qu’ils ne retrouvent plus « cette touche de magie qu’Evaco a toujours su apporter ».
Il conclut en promettant de continuer à se battre « pour l’honneur de ce que nous avons construit ».