Mise en liquidation - Silver Bank : les déposants face au risque de pertes
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Après l’échec du redressement, la mise en liquidation de la Silver Bank laisse les gros déposants dans l’incertitude. Seuls les petits épargnants bénéficient d’une garantie limitée à Rs 300 000.
C’est le maximum que les petits épargnants de la Silver Bank peuvent espérer récupérer grâce au mécanisme de garantie des dépôts. Pour ceux dont les économies dépassent ce seuil, sans parler des entreprises, des entités publiques et des collectivités locales, qui n’ont droit à aucune protection, l’issue dépendra des résultats d’une liquidation dont les perspectives, à ce stade, sont loin d’être rassurantes.
La Banque de Maurice a officialisé, le 30 mars 2026, la mise en liquidation de la Silver Bank Limited, après deux ans de tutelle infructueuse. Huns Biltoo, associé chez KPMG Maurice, a été nommé liquidateur avec effet immédiat. Sa mission : vendre ce qui peut l’être, recouvrer les créances et distribuer aux créanciers et déposants ce qui restera.
Le problème est là, précisément. Selon l’économiste Sameer Sharma, le fait que deux années de recherche n’aient pas permis de trouver un repreneur est en soi un signal inquiétant : les actifs de la Silver Bank sont probablement dépréciés ou difficiles à céder dans les conditions actuelles du marché. Ce que le liquidateur trouvera dans les comptes – portefeuille de prêts, investissements, immobilier – déterminera ce que les créanciers pourront espérer. Toutefois, cette évaluation prendra du temps.
La première étape sera de sécuriser l’existant : prise de contrôle opérationnelle complète, gel des transactions, et protection des infrastructures physiques et numériques pour prévenir tout mouvement de fonds non autorisé. Viendra ensuite l’inventaire détaillé des actifs, avec une estimation de leur valeur de recouvrement. C’est sur cette base que sera établi l’ordre de priorité des remboursements.
Pour les particuliers résidents, le mécanisme de garantie des dépôts couvre jusqu’à Rs 300 000 par institution ; il s’agit d’un filet qui protège une part significative des petits épargnants. Si les ressources de ce fonds s’avèrent insuffisantes, les réserves de la Mauritius Deposit Insurance Corporation seront mobilisées en priorité, avant une éventuelle intervention de la Banque de Maurice.
Pour tous les autres – déposants au-delà du seuil garanti, entreprises, entités publiques, collectivités locales – il n’existe aucune protection automatique. Leur sort dépendra intégralement de ce que la liquidation permettra de recouvrer. Dans un contexte où les actifs semblent difficiles à valoriser, le risque de perte partielle, voire totale, est réel.
Ce tableau est davantage assombri par les révélations du Premier ministre Navin Ramgoolam devant le Parlement, le 7 avril. Il a évoqué des éléments de mauvaise gestion et des soupçons de fraude au sein de l’établissement, sans préciser les noms ni le détail des faits reprochés. Ces déclarations interviennent après que la décision de liquider a été actée, mais elles éclairent rétrospectivement pourquoi aucun repreneur sérieux n’a voulu s’engager.
Car c’est bien là que tout a achoppé. Placée sous administration judiciaire le 13 février 2024, la Silver Bank avait suscité l’intérêt de plusieurs investisseurs. Un seul avait déposé une demande formelle d’acquisition. Or, ce dernier n’a jamais fourni les documents exigés par la loi – situation financière, origine des fonds, identité des bénéficiaires effectifs – malgré plusieurs extensions accordées par la Banque centrale. C’est cette carence qui a définitivement fermé la porte à un redressement par cession.
La liquidation règle la question institutionnelle, mais elle n’épuise pas les autres interrogations. Combien les déposants récupéreront-ils, et dans quel délai ? Qui est responsable de l’état dans lequel se trouve cet établissement ? Les soupçons de fraude évoqués par le Premier ministre donneront-ils lieu à des poursuites ? Ce sont ces réponses-là que les épargnants attendent, bien plus que le détail des procédures bancaires.
La Silver Bank n’a présenté aucun compte audité depuis 2021, tandis qu’une fraude liée à l’affaire Trafigura dépasse 500 millions de dollars (Rs 23,5 milliards). Des prêts de Rs 7,7 milliards et des transferts de Rs 18 millions sont pointés du doigt. Sur les Rs 3,55 milliards de fonds publics investis, seules Rs 907 millions subsistent. Les prêts non performants atteignent Rs 8,1 milliards sur un total de Rs 8,3 milliards, avec Rs 7,9 milliards qui auraient été siphonnées.
La Banque de Maurice a tenu à dissiper tout doute sur la santé du système bancaire mauricien. Dans un communiqué publié dans la foulée de la mise en liquidation de la Silver Bank, elle affirme que le secteur demeure « solide, bien capitalisé et suffisamment liquide » et que des exercices réguliers de simulation de crise le confirment. Le message est clair : ce qui est arrivé à la Silver Bank est un cas isolé et non le symptôme d’une fragilité systémique.
Sur la liquidation elle-même, la Banque centrale justifie sa décision par un constat simple : le seul investisseur qui s’était formellement engagé n’a jamais fourni un dossier complet, malgré les délais supplémentaires qui lui avaient été accordés. Or la loi est sans ambiguïté — toute acquisition significative exige une transparence sur l’origine des fonds, une solidité financière vérifiable et la probité établie des acquéreurs. Faute de documents, il n’y a pas eu de repreneur.
Le liquidateur nommé, Huns Biltoo de KPMG, dispose de pouvoirs plus étendus qu’il n’y paraît. La loi lui ouvre en effet deux voies avant de procéder à la vente pure et simple des actifs : un transfert de l’ensemble des actifs et passifs vers une autre institution financière, ou une opération de fusion, sous réserve des autorisations nécessaires. Ces options restent théoriquement ouvertes. Si aucune ne se concrétise, il procédera à la réalisation des actifs et au remboursement des créanciers selon l’ordre de priorité établi.
Pour les déposants, la Banque de Maurice rappelle l’existence de la Mauritius Deposit Insurance Corporation, dont le mécanisme de garantie couvre les particuliers résidents dans les limites fixées par la réglementation. C’est un filet de sécurité qui ne couvre pas tout le monde — mais dont la Banque centrale tient visiblement à rappeler l’existence dans un contexte où la confiance est en jeu.