Michael Sik Yuen : «On ne peut pas enlever les taxes qui contribuent aux subsides»
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
À Ébène, jeudi, le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, a replacé la situation économique dans un contexte international tendu, marqué par la hausse des prix de l’énergie et la pression sur les finances publiques. Il a insisté sur la prudence, la rigueur budgétaire et une responsabilité collective face aux défis.
Le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, a dressé un tableau marqué par les tensions sur les marchés internationaux, la pression sur les finances publiques et la nécessité de maintenir les subventions sur les produits essentiels. Il a appelé à la prudence et à la responsabilité collective. Il était face à la presse le jeudi 16 avril à la SICOM Tower, à Ébène, Michael Sik Yuen a replacé la situation dans un contexte international difficile. « À travers le monde, le diesel et l’essence augmentent », a-t-il souligné, évoquant un environnement marqué par les conflits et les perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Selon lui, Maurice n’est pas isolé de ces dynamiques globales, mais bénéficie néanmoins d’une stabilité relative grâce à ses mécanismes de gestion. Il a toutefois insisté sur l’ampleur des défis hérités. « Nous avons hérité d’une situation catastrophique avec un déficit de Rs 3,4 milliards dans le Price Stabilisation Account (PSA) », a-t-il dit. Le ministre a expliqué le rôle du PSA, mécanisme clé permettant d’amortir les fluctuations des prix internationaux.
Il a pris un exemple concret pour illustrer son fonctionnement : une cargaison récemment arrivée aurait entraîné, selon les prix instantanés du marché, un prix de Rs 73,55 pour l’essence et de Rs 109,77 pour le diesel. « Mais grâce au système de calcul basé sur une moyenne de six mois, trois mois passés et trois mois prévisionnels, ces hausses ne sont pas immédiatement répercutées. C’est pourquoi c’est moins cher », a souligné Michael Sik Yuen. Cependant, ce mécanisme est sous pression. Le ministre a rappelé que la State Trading Corporation (STC) doit financer ces écarts via des emprunts, générant des intérêts et aggravant le déficit. Il a indiqué qu’au 30 juin 2024, le déficit était de Rs 109 millions et de Rs 691 millions au 30 juin 2025. « Il faut redresser la situation », a-t-il insisté.
Une grande partie de son intervention a été consacrée à la question récurrente de la taxation des carburants. Pourquoi ne pas supprimer les taxes pour faire baisser les prix ? Le ministre a rejeté cette option, estimant qu’elle aurait des conséquences en chaîne sur l’ensemble du système de subventions. « On ne peut pas enlever les taxes qui contribuent aux subsides », a-t-il expliqué. Selon lui, la suppression de ces prélèvements entraînerait une hausse du prix du gaz ménager et menacerait les aides sur les produits de base comme le riz ration et la farine. Il a également défendu le modèle mauricien de protection sociale : gaz à Rs 250, riz ration à moins de Rs 30, pain subventionné à Rs 3,90 et transport public gratuit. « C’est trop facile de dire de supprimer les taxes », a-t-il lancé.
Le gouvernement affirme également maintenir un contrôle actif sur les prix. Un ‘crisis committee’ a été mis en place. Selon le ministre, actuellement le prix de quelque 25 000 produits sont contrôlés avec un encadrement de mark-up entre 20 % et 34 %. Il a également affirmé que les prix actuels sont globalement en baisse par rapport à novembre 2024. Sur le riz et la farine, le ministre a évoqué des abus passés, notamment des détournements vers l’exportation ou des irrégularités durant la période Covid-19 et la vente de la farine subventionnée au Congo. Il affirme avoir sollicité la Financial Crimes Commission pour enquêter.
Michael Sik Yuen a annoncé des discussions en cours avec la Chambre de commerce et les associations de consommateurs, notamment sur l’extension de la liste des produits contrôlés et la révision des marges sur certains biens comme les œufs ou la viande. Concernant les sardines, il a indiqué la suppression du maximum mark-up afin de laisser le marché s’ajuster.
Le ministre du Commerce est d’avis que « la guerre au Moyen-Orient est pire que la COVID-19 » en termes d’impact sur les prix mondiaux de l’énergie. Michael Sik Yuen a insisté sur la nécessité d’adaptation plutôt que de réactions immédiates. Il estime que l’État ne peut pas tout supporter seul et appelle à une responsabilité partagée.
Sur le plan logistique, Michael Sik Yuen a voulu rassurer la population. Malgré les perturbations internationales et les inquiétudes liées aux conflits, Maurice disposerait de stocks solides.
À la date du 16 avril, les niveaux de réserve sont les suivants :
Concernant Rodrigues, le ministre a indiqué qu’aucune rupture de stock n’a été enregistrée depuis janvier 2025. Le territoire dispose actuellement de 22 jours de stock en diesel et essence, avec un nouvel arrivage attendu pour porter cette autonomie à 42 jours. « Au niveau de l’approvisionnement, tout se passe bien », a-t-il affirmé.
Le ministre a annoncé plusieurs mesures de suivi et de contrôle pour protéger les consommateurs contre les abus :