Faits Divers

Meurtre de Santee Heeramun - Le fils de la victime : «Notre mère ne méritait pas une fin aussi atroce»

Santee Heeramun devait se rendre en Allemagne pour fêter ses 73 ans.

Bhagwantee Heeramun, 72 ans, trans-mettait sa joie et sa bonne humeur à ceux qu’elle côtoyait. À l’aube de ses 73 ans, cette mère de famille, décrite comme un bon vivant, faisait ses valises pour aller rejoindre son fils en Allemagne le 22 juin prochain. Mais le destin s’est montré cruel.

Dans la nuit du 10 juin, l’habitante de Maurel Road, Rivière-du-Rempart, a été agressée mortellement et abandonnée dans un bâtiment vétuste de la localité. La victime, connue comme Santee, laisse cinq enfants anéantis par la douleur de cette perte. « Ma mère ne méritait pas une mort aussi atroce », nous dit Vinod, 47 ans, l’un de ses fils. « Elle a fait face à beaucoup d’épreuves au cours de sa vie », explique-t-il. Mais Santee a toujours su surmonter ces difficultés. « Notre père était éboueur et ma mère sage-femme.   En 1982, nous avons perdu notre père, emporté par la maladie. Il avait eu une crise d’épilepsie. À l’époque, les traitements étaient différents. Nous étions encore très jeunes. C’est ma mère qui s’est alors occupée de nous », nous explique-t-il.

Il garde surtout le souvenir d’une mère aimante, qui se tuait à la tâche pour subvenir à leurs besoins. « Nou ti ena lelvaz bef ek vas sa lepok la », poursuit-il. Quand elle n’aidait pas les femmes à accoucher, sa mère passait son temps à s’occuper des bêtes. « Nou ti pe donn li enn koudmin. Linn kapav avoy nou tou lekol », nous explique Vinod. Il se souvient avoir cessé ses études très jeune afin d’aider Santee. « Comme j’étais l’aîné, j’ai quitté l’école pour l’épauler. » 

Joie de vivre

Vinod et ses trois sœurs pleurent la disparition de leur mère.
Vinod et ses trois sœurs pleurent la disparition de leur mère.

Les malheurs qui ont frappé Santee n’ont en rien fait disparaître sa joie de vivre. « Ma mère se faisait facilement des amis. Elle était à l’aise avec toutes les générations », ajoute Vinod. Santee est parvenue à remplir son devoir de mère en favorisant l’éducation de ses enfants. Chacun a fondé sa famille et est parti habiter ailleurs. Après ses études, Jhanaklall, 43 ans, le fils cadet, n’a pas tardé à se rendre en Allemagne, où il s’est établi en 2004.

Santee vivait seule dans sa demeure et vaquait à ses occupations. « Des fois, elle venait à la maison passer quelques jours, puis se rendait chez mes trois sœurs. »

Ses proches gardent également d’elle l’image d’une femme qui aimait faire la fête malgré son âge. « Li ti kontan fer laniverser toulezan », nous dit Mala Seetul, 49 ans, la fille aînée de Santee. Si elle n’était pas dans des anniversaires, elle festoyait dans des mariages. « Elle mettait l’ambiance en chantant et dansant. Il lui arrivait également de prendre quelques verres », poursuit-elle. 

« Elle s’est rendue en visite chez mon frère en Allemagne en quelques occasions. Un membre de la famille l’accompagnait, car elle ne comprenait pas trop l’anglais. Elle y est déjà restée environ deux mois. Le 22 juin, elle devait prendre l’avion pour aller fêter son anniversaire. Tout avait déjà été prévu. Mon frère voulait cette fois qu’elle séjourne chez lui pour au moins six mois », explique Vinod. Mais tout s’est arrêté en une fraction de seconde. 

Dimanche après-midi, Santee s’est rendue chez sa sœur à Laventure, puis chez sa fille Mala, qui habite le même endroit. « Ma mère est allée dire au revoir à tous ses proches avant son départ », se souvient Mala. C’était la dernière fois qu’elle voyait sa mère vivante.

Découverte macabre

C’est dans ce bâtiment abandonné que Santee a été retrouvée morte.
C’est dans ce bâtiment abandonné que Santee a été retrouvée morte.

Le cadavre de Santee Heeramun a été retrouvé dans un vieux bâtiment situé dans un jardin d’enfants délabré à Rivière-du-Rempart. La nouvelle de cette découverte macabre s’est vite répandue dans la localité. La victime portait plusieurs blessures, dont une à la tête. L’autopsie a plus tard conclu qu’elle avait plusieurs côtes fracturées et qu’elle avait reçu des coups à la tête. Elle avait succombé à une fracture du crâne, ce qui a confirmé qu’elle avait été victime d’un meurtre.

« Nous ne connaissions pas ceux qu’elle fréquentait, mais elle ne méritait pas de finir ainsi.  Si elle avait été emportée par la maladie, nous aurions compris », lâche Vinod. Les funérailles de Santee Heeramun ont eu lieu mercredi après-midi. Son fils Jhanaklall est venu d’Allemagne afin d’assister aux obsèques.

Arrestation

Dans le sillage de cette affaire, les limiers de la FIO et de la CID de Piton ont procédé à l’arrestation de Gawtam Seetaram, 45 ans, de Rohit Doobeejasing, 60 ans, et de Chinanen Dorsamy, 59 ans. Ils ont chacun expliqué aux hommes de l’inspecteur Sungaralingum qu’ils étaient sur les lieux au moment du drame. Ils ont soutenu qu’ils avaient l’habitude de se rencontrer avec la victime pour boire quelques bouteilles de rhum. Chinanen Dorsamy a affirmé qu’il était en compagnie de Rohit Doobeejasing et que, vers 19 h 30, il a vu Gawtam Seetaram qui se disputait avec la victime dans le jardin. Il dit avoir vu son ami pousser la victime. 

Gawtam Seetaram a, pour sa part, déclaré que la victime voulait lui reprendre une bouteille pour boire un autre coup. « Mo lamin inn tap ek li, linn tonbe, so latet inn tap ek karousel. Monn al dormi anba kiosk », a-t-il expliqué aux enquêteurs. 

Quant à Rohit Doobejasing, il a nié avoir quelque chose à faire avec cette affaire. Il dit être parti chez lui un peu plus tôt, mais leurs versions sont loin de corroborer. En effet, le corps de la victime a été retrouvé à l’intérieur du bâtiment, alors que le carrousel se trouve à l’extérieur.  L’autopsie a aussi révélé que la vieille dame a été tabassée et non victime d’une simple bousculade. Les blessures à la tête sont attribuables à des coups de pieds, selon les enquêteurs. De plus, la carte d’identité et d’autres effets de la victime ont été retrouvés sur Gawtam Seetaram. L’enquête, placée sous la supervision des surintendants Cally et Dawoonarain, se poursuit. Les trois suspects, inculpés provisoirement de meurtre, ont été conduits sur le lieu du drame pour une reconstitution des faits, le soir fatidique. Ils seront de nouveau entendus par les limiers de la CID.