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Meurtre de Gino Ronnie Bodha : «Ti kav ninport kisann-la so zanfan»

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 17 May 2026 à 18:00
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Un moment de douleur absolue : Nando Bodha et son fils Vialli s’enlacent, unis dans la perte et le silence du deuil. Une famille brisée par le chagrin se recueille à Solférino No 5, submergée par l’émotion après la disparition de Gino Ronnie Bodha. Amis,
  • Les deux suspects de 21 ans inculpés de meurtre et maintenus en cellule
  • Nando Bodha : « Gino était quelqu’un de très doux » 
  • Arvin Boolell : « Unissons-nous pour combattre un fléau qui afflige nos jeunes »

Il y avait quelque chose d’indicible dans l’air ce samedi matin 16 mai à Solférino No. 5. Au domicile de Nandcoomar Bodha, des dizaines de personnes se pressaient en silence, cherchant les mots qui n’existent pas. Membres de la famille, proches, amis, anonymes, politiciens de tous bords et hauts dignitaires du pays… tous étaient venus témoigner leur peine à des parents meurtris, dévastés, qui venaient de perdre leur fils dans les circonstances les plus tragiques qui soient. Gino Ronnie Bodha, 44 ans, spécialiste en arts graphiques chez Ambre Design, où il concevait des montres de luxe avec la passion qui le définissait, ne rentrerait plus jamais à la maison.

Le moment le plus poignant de cette journée de deuil a été sans doute l’arrivée de Vialli, le second fils de Nando Bodha, venu en urgence de France dès l’annonce du drame. Dès qu’il a franchi le seuil, père et fils se sont retrouvés dans une longue accolade, unis dans une douleur que les mots ne sauraient contenir. Autour d’eux, le silence était total. Il n’y avait rien à dire, rien à expliquer. Juste cette étreinte entre un père brisé et un fils qui avait traversé des milliers de kilomètres pour être là.

Dans une brève déclaration à la presse, Nando Bodha, la voix brisée, a trouvé ces quelques mots, simples, dépouillés par la douleur, pour parler de Gino Ronnie : « C’est terrible de perdre un enfant. C’était quelqu’un de très doux et un grand artiste. » 

Un fardeau partagé

Ils étaient nombreux à avoir fait le déplacement pour partager ce fardeau. L’ancien président de la République, Cassam Uteem, lui-même traversé par le souvenir douloureux de la perte d’un fils à un âge similaire, a confié avec émotion : « Moi aussi, j’ai eu cette terrible expérience de perdre un fils à l’âge de 38, 39 ans, un peu le même âge que son fils. Il n’y a pas de mots pour exprimer sa douleur. Nando Bodha est un bon ami à moi, je tenais à lui dire ‘pran kouraz’. » 

Le président de la République, Dharam Gokhool, lié à Nando Bodha par une longue amitié, n’a pas caché son abattement : « Li tris, enn gran pert. Se enn smart young man ki ti ena tou so lavenir devan li. Mo bien atriste. Ti kav ninport kisann-la so zanfan. »

Arvin Boolell, le ministre de l’Agro-industrie, qui partage avec Nando Bodha des décennies de complicité, depuis les bancs de l’université jusqu’aux couloirs de la politique, a lui aussi tenu à être présent : « Nou atriste. Mo konn sa garson-la depi tre lontan, bann zanfan zot ti kamarad... » 

Xavier-Luc Duval, visiblement ému, a résumé le sentiment collectif avec une sobriété qui en disait long : « Nando est un ami que je considère comme très proche. Je suis profondément choqué par cette tragédie. C’est le pays tout entier qui est touché. Le pays aujourd’hui est en deuil. Nando est une personne d’une immense gentillesse, et nous partageons tous cette immense douleur. » 

Roshi Bhadain, leader du Reform Party, n’a pas caché son chagrin : « Mo tre tres sagrine par sek’inn pase.. Zordi mo tre sagrin pou Nando ek tout la fami. »

Après ce moment d’intense recueillement, la dépouille de Gino Ronnie Bodha a quitté pour la dernière fois la maison familiale à Solférino no 5, avant d’être incinérée au cimetière de Trois-Mamelles, dans la dignité et la tristesse.

Pour comprendre l’ampleur et la brutalité de ce drame, il faut remonter à la nuit du mercredi 13 au jeudi 14 mai. Selon les aveux de Jean Mael Olivier Rose, 21 ans, c’est dans cette obscurité que tout a basculé. Il se trouvait ce soir-là en compagnie de Gino Ronnie Bodha à son domicile, avenue Archipel, à Calodyne, dans le nord de l’île. Il a allégué qu’ils consommaient de la drogue lorsqu’une dispute aurait éclaté. Dans un accès de violence, Jean Mael Olivier Rose aurait utilisé son coude pour étrangler Gino Ronnie. 

Le lendemain matin, jeudi 14 mai, vers 10 heures, Nando Bodha et son épouse ont constaté avec une inquiétude grandissante qu’ils n’avaient plus aucune nouvelle de leur fils. Ils ont alerté sans tarder la police de Grand-Gaube, signalant sa description et celle de sa voiture, une Mazda 3 Skyactiv, elle aussi introuvable. La nuit venue, rongé d’angoisse et ne pouvant rester sans agir, Nando Bodha s’est présenté lui-même au poste de police de Grand-Gaube pour s’enquérir de l’avancée des recherches. Le silence de son fils pesait de plus en plus lourd.

Pendant ce temps, selon sa propre déposition, Jean Mael Olivier Rose avait, dès les premières heures, appelé son ami Louis Ismael Larhubarbe, lui aussi âgé de 21 ans, pour l’aider à se débarrasser du corps. Le duo aurait soigneusement engouffré la dépouille de Gino Ronnie dans le coffre de sa propre voiture avant de prendre la route vers La Nicolière, où ils auraient jeté le corps dans un ravin surplombant le lac, puis seraient repartis dans le nord à bord du même véhicule, comme si de rien n’était.

Dès jeudi, les enquêteurs de la Criminal Investigation Division de Goodlands, menés par l’inspecteur Ramasawmy et les sergents Seebhujun et Awootar, ont démarré leur enquête et lancé des battues dans la zone forestière de Daruty pour tenter de retrouver la voiture de Gino Ronnie et le moindre indice menant à lui. Vendredi 15 mai, les recherches se sont intensifiées. La CID de Goodlands, opérant conjointement avec les limiers de la Divisional Crime Intelligence Unit de la Northern Division, a multiplié les patrouilles. C’est finalement à Grand-Gaube, grâce aux images des caméras Safe City, que la Mazda 3 Skyactiv a été repérée. En panne mécanique, elle se trouvait toujours en possession de Jean Mael Olivier Rose, qui n’avait pas encore pris la mesure du filet qui se refermait sur lui.

Le suspect passe aux aveux

Conduit au siège de la police criminelle, il n’a pas résisté longtemps à l’interrogatoire serré que lui ont fait subir les enquêteurs. Très vite, Jean Mael Olivier Rose est passé aux aveux, révélant le meurtre de Gino Ronnie Bodha et indiquant que son cadavre avait été jeté dans un ravin surplombant le lac de La Nicolière. Il a également mis en cause son complice présumé, Louis Ismael Larhubarbe, qu’il a accusé de l’avoir aidé à se débarrasser du corps.

Les deux suspects ont été conduits par la CID de Goodlands jusqu’à La Nicolière, où ils ont indiqué avec précision le lieu où le corps avait été abandonné. Ce qui a suivi a été une opération aussi difficile qu’éprouvante pour les équipes engagées. Armés d’épaisses cordes, les policiers ont manœuvré avec tact et dextérité pour remonter la dépouille de Gino Ronnie depuis les profondeurs du ravin. Le corps a ensuite été transporté vers la morgue, où en début de soirée, le Chief Police Medical Officer, Sudesh Kumar Gungadin, a procédé à l’autopsie. Son verdict a confirmé ce que les aveux avaient déjà révélé : Gino Ronnie Bodha avait succombé à une strangulation. La thèse du foul play était officiellement établie.

Vendredi, en début d’après-midi, la nouvelle de la découverte du corps s’était déjà répandue dans tout le pays, provoquant choc et consternation. Jean Mael Olivier Rose et Louis Ismael Larhubarbe ont passé la nuit de vendredi à samedi derrière les barreaux, avant d’être inculpés provisoirement du chef de meurtre devant la Week-End Court de Port-Louis hier, sous forte escorte des limiers de la CID de Goodlands. Ils devront comparaître à nouveau ce lundi devant le tribunal de Pamplemousses.

Le choc provoqué par ce drame a traversé toutes les frontières politiques. Le ministre Arvin Boolell a appelé à l’unité nationale : « Nou tou bizin ini kouma enn sel fami de la communauté mauricienne, pou konbat enn fleo ki pe afliz bann zen e sa li transand toutes les barrières. » Roshi Bhadain, lui, a interpellé directement les autorités sur la dégradation du law and order : « Enn zafer koumsa, zame pa ti bizin arive dan nou pei. » 

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