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Métiers à risque : la passion avant tout

Métiers à risque En janvier 2016, des laveurs de vitres ont dû être secourus par un hélicoptère de la police lorsque leur nacelle s’est partiellement détachée, entre le 11e et le 12e étages d’un immeuble à Ébène.

Ces derniers cinq ans, 16 cas d’accidents de travail ont été enregistrés. Contrairement à ce que l’on peut croire, ceux qui ont une activité banale sont souvent exposés. Malgré la peur du vide, la crainte de l’obscurité ou le risque d’une chute fatale, ils sont donc nombreux à exercer des métiers à risque. Toutefois, malgré le danger qui les guette, ils évoquent leur plaisir de travailler et leur passion.

Le vide ne fait nullement peur à Kenny Mooken. Superviseur des laveurs de carreaux à Dyna Pro Ltd., il explique que ce métier nécessite une attention particulière, car il faut effectuer souvent des nettoyages à plusieurs mètres du sol. « Pour prendre place dans la nacelle, nous devons obligatoirement porter notre harnais de sécurité après les vérifications de l’engin. Lors d’un déplacement, il faut faire le montage de la nacelle sur le toit du bâtiment. Par la suite, il faut vérifier la tension du câble, si la machine est bien scellée », explique-t-il.

En premier lieu, toujours selon le jeune superviseur, après que les contrepoids ont été correctement placés, il s’installe dans la nacelle, accompagné d’un de ses collègues. « Nous prenons le risque d’effectuer le test. Bien sûr, nous mettons peut-être nos vies en danger, mais nous le faisons pour nous assurer que l’appareil est sans risque pour les employés ou les clients », explique-t-il.

Effet balancier

À en croire les dires de Kenny, les vérifications se composent de deux parties. La première a lieu après le placement et le lendemain avant que les employés prennent place dans la nacelle. « Les employés sont autorisés à travailler dans la nacelle uniquement en présence d’un superviseur et après avoir suivi une formation ». Et que fait-on si la nacelle bloque à plusieurs mètres de hauteur ?

« Il est déjà arrivé dans le passé que l’appareil s’est bloqué. Nous avons dû nous munir de cordes et je suis descendu dans la nacelle pour la remettre en marche », raconte Kenny. D’après lui, l’incident survenu à Ébène en 2016 n’aurait pas eu lieu si la supervision avait été faite correctement et si le matériel avait été préalablement vérifié avec attention.

Ce que dit la loi

Selon Leevy Frivet, attaché de presse au ministère du Travail, « il n’est à aucun moment précisé dans la loi les termes ‘métiers à risque’. Dans tous les métiers , les employeurs doivent protéger et s’assurer de la sécurité de leurs employés. À ce jour, les lois concernant le Health and Safety n’ont pas changé », explique-t-il. Selon lui, un constat est effectué à chaque fois qu’il y a une descente des lieux de la part des officiers du ministère du Travail. « En ce qui concerne le travail, aucun métier n’a plus de privilèges qu’un autre. Les lois s’appliquent pour  tous les métiers, sans exception. Que ce soit un employé de l’aviation civile ou celui d’un bureau, les lois de sécurité restent les mêmes », explique l’attaché de presse. « Je tiens également à souligner que des descentes des lieux constantes sont faites par les inspecteurs. Toutefois, si un cas nous est référé et qu’une inspection mérite d’être faite, à l’exemple d’une usine, les officiers peuvent même débarquer durant la nuit pour une inspection surprise. Il n’y a pas d’horaires fixes pour effectuer des inspections. De plus, si les normes de sécurité ne sont pas respectées, des poursuites peuvent être entamées contre l’employeur », dit-il.

Nombres d’accidents de travail

Année Nombre de cas enregistrés
2013 10
2014 4
2015 1
2016 0
2017 1

Suspendus à plus de 32 mètres du sol

Environ deux ans après, l’accident survenu à Ébène fait toujours froid dans le dos. Ce ne sont pas Stephano Babet, Antoine Hypolite et Laval Hurree qui diront le contraire. Le 19 janvier 2016, alors que les trois laveurs de carreaux prenaient place dans la nacelle, un des câbles s’est rompu entre le 12e et le 11e étages de la CyberCity 1 à Ébène. Étant donné l’ampleur de la situation, le Chief Fire Officer Dorsamy Ayacouty avait alors fait la demande d’un hélicoptère, car faute d’équipements, c’était le seul moyen d’évacuer ces employés suspendus à 32 mètres du sol. Par la suite, ils ont été secourus par les membres du GIPM. Ils étaient tous sains et saufs, cependant, certains d’entre eux ont reçu un soutien psychologique dans un hôpital privé.

Oomar, ouvrier de maintenance

Oomar G., âgé de 50 ans, travaille à la réhabilitation des routes depuis plusieurs années. Selon lui, il faut toujours garder un œil attentif sur la route. « Nous travaillons à quelques centimètres de l’autoroute. Un moment d’inattention ou une chute pourraient être fatals  », explique le quinquagénaire. « Souvent, lorsqu’on travaille, les véhicules nous frôlent. Nous devons être très vigilants à nos mouvements et manœuvres. Nous devons travailler dans des espaces restreints et limités », confie cet habitant de Souillac. Oomar indique que leur lieu de travail se trouve souvent en bordure des autoroutes ou des ronds-points. Toutefois, malgré tous ces dangers, il avoue que son métier lui plait. « J’aime mon travail, car il n’est pas monotone. Nous allons dans divers endroits différents tous les jours. Cela nous permet aussi de changer d’air », indique Oomar.

Motarde de la force policière : «Ce métier comporte des risques»

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Sweta Ramphul compte 14 ans de service dans la force policière et 3 ans comme motarde.

Sweta Ramphul compte 14 ans de service dans la force policière. « Cela fait trois ans que je suis motarde. Ce métier me passionnait depuis que je suis policière. Auparavant, il n’était destiné qu’aux hommes. Toutefois, depuis quelques années, il y a également des femmes qui ont rejoint le service », explique la policière âgée de 34 ans. Elle raconte que ses parents l’ont soutenu dès le départ. « Ils n’étaient pas réticents, mais ils m’ont demandé de prendre les précautions, car ce métier comporte des risques », explique cette habitante de Laventure.

Selon elle, ce métier est par moment dangereux, surtout lors des interventions sur les routes. « Quelques fois, il nous faut faire des interventions rapides pour assurer la sécurité de ceux qui empruntent la route. Il est rarement arrivé que nous ayons eu affaire à des courses poursuites, mais si besoin est, nous devons le faire, car nous avons été formés pour cela », soutient Sweta. « J’espère qu’il y a d’autres policières qui rejoindront l’équipe des femmes motardes bientôt », souhaite-t-elle.

Vigile dans une compagnie privée : «Nous n’avons aucune protection et nous ne sommes pas armés»

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Le métier de vigile n’est pas de tout repos.

Ramesh E. est un agent de sécurité. Il soutient qu’il a été contraint de faire ce métier, car il doit subvenir aux besoins de sa famille. « Suite au décès de mon père, je n’ai pas eu d’autre choix que de trouver un métier pour aider ma famille », explique l’agent de sécurité. « J’étais l’aîné et mes frères  et sœurs, en bas âge, étaient toujours à l’école. Ma mère n’avait pas beaucoup de moyens financiers. Il n’y avait pas d’autre solution », raconte Ramesh. Selon lui, le métier de vigile n’est pas de tout repos, entre les fouilles et les patrouilles tard la nuit et il faut être vigilant. « Nous devons constamment avoir l’œil à tout. Notre travail consiste à assurer la sécurité des bâtiments, entre autres, et on doit rester concentré », confie le quinquagénaire. Toutefois, le vigile fait part des conditions de travail de ce poste en général. « Les vigiles ne disposent d’aucune protection et nous ne sommes pas armés. D’ailleurs, il y a eu de nombreuses agressions d’agents de sécurité dans le passé et cela nous rend vulnérables. Parfois, nous mettons également nos vies en danger », lâche le père de famille. « Malgré tout, j’exerce ce métier parce que je l’aime et il sera difficile de trouver un autre poste étant donné que je vieillis », dit-il.


Jane Ragoo, CTSP : «Certains métiers méritent d’être valorisés»

Selon Jane Ragoo, de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), le métier d’agent de sécurité devrait être plus valorisé. « Il est clair que les métiers de vigile et d’agent de sécurité méritent d’être valorisés. Selon moi, ce n’est pas humain qu’un vigile travaille approximativement 72 heures par semaine, surtout que, de nos jours, faute de moyens financiers, beaucoup de femmes se tournent vers ce domaine pour trouver du travail », soutient-elle. Ce syndicat se bat pour amener les horaires de travail de ces employés à 8 heures par jour, comme c’est le cas dans plusieurs autres secteurs.  « Malheureusement, nous n’avons pas encore eu de réponse jusqu’à présent », regrette Jane Ragoo. Elle explique que la CTSP a représenté les agents de sécurité pour protester contre leurs horaires de travail. « À ce jour, nous attendons le National Remuneration Board (NRB) qui doit rédiger un rapport, mais ce dernier se fait attendre. Toutefois, je tiens à souligner que le NRB est en faveur de notre demande. Nous avons également demandé une rencontre avec le ministre du Travail qui se fera dans les semaines à venir », lâche-t-elle.