Mère de deux fils toxicomanes - Ludivine : «Nou bann paran, nou pena personn pou soutenir nou»
Par
Ledweena Ramasawmy-Mohun
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Ledweena Ramasawmy-Mohun
À 68 ans, Ludivine (nom fictif) vit un véritable enfer à Roche-Bois. Sous le même toit que ses deux fils toxicomanes, elle endure menaces et persécutions. À bout, cette mère brise le silence, anonymement, pour raconter son quotidien et lancer un cri d’alarme contre la drogue.
Cela fait une vingtaine d’années que Ludivine, aussi mère de deux filles, vit dans une tension constante presque suffocante.
« La kan mo pe koz ar ou, mo leker gro, mo anvi plore, li pa fasil… Boukou mama mor avek sa silans la.… », confie la sexagénaire en larmes. Cette dernière raconte que son calvaire a débuté quand l’un de ses fils a commencé à fumer à l’âge d’environ 16 ans. « Tou sa la inn comens par enn sigaret, apre zot rant dan ladrog dir », dit-elle.
Pourtant, à cette époque, l’adolescent, studieux, fréquentait un bon établissement scolaire. Peu de temps après, c’est son autre fils qui sombre à son tour dans cet enfer. Selon cette mère de famille, ce sont les mauvaises fréquentations de ses fils qui les ont entraînés sur le chemin de la drogue. Aujourd’hui, ils sont tous deux des toxicomanes, ayant aussi fait des allers-retours en prison. L’un d’eux est divorcé et c’est Ludivine qui s’occupe de ses enfants.
La sexagénaire confie que son quotidien est rythmé par des altercations et des reproches quand elle refuse de céder à leurs demandes. Elle ne dort plus vraiment, le sommeil reste léger tant elle est anxieuse. « Zot regrete landemin kan zot nepli dan nanye, me dega la fini arive », soutient-elle.
Ludivine ne vit que de sa pension de retraite, sa seule et unique source de revenus. C’est dire à quel point ses denrées, ses ustensiles et ses appareils lui sont précieux. Chaque objet compte. Pourtant, pour empêcher ses fils de les vendre afin d’acheter leurs doses, elle n’a d’autre choix que de les cacher, comme on dissimule un trésor dans sa propre maison. « Mo viv sa sitiasion la tre mal. Mo’nn devlop bann maladi. Si dime mo mor, ki pou ariv zot? », dit-elle.
Jusqu’à présent, elle a pu leur tenir tête et ne leur donne en aucun cas de l’argent malgré leurs insistances. « Mo pa soutir zot, mo pa donn zot kas me ziska kan sa pou aller. Pa kapav koze, zot vinn violan », ajoute la sexagénaire.
Ludivine s’indigne de voir à quel point les toxicomanes obtiennent des seringues en toute facilité. « Enn sel sering pik 5 à 6 dimounn. Zot gagn sa partou. Koumsa ki pou konbat ladrog ? Nou bann paran, nou pena personn pou soutenir nou », soutient-elle.
Pour elle, la méthadone n’est pas une solution. « Tou sa bann droge la vinn vagabon. Zot pa gagn travay, moralite pa bon », fait-elle ressortir. Pour elle, il faut avoir un endroit où l’accès à la drogue est impossible. « Ouver enn sant, fer zot travay netway sime, fer zot swiv kour, met bann dimounn konpetan kot zot pa pou gagn ladrog. Kan zot sorti depi dan prizon zot vinn pli pir », déplore notre interlocutrice.
Elle affirme que c’est le cas avec ses fils. Le benjamin des deux avait pu pendant un certain temps mettre un terme à son addiction. Mais malheureusement, il a rechuté. Bien que ses fils soient sans emploi, ils parviennent malgré tout à se procurer leurs doses quotidiennes, ce qui inquiète profondément leur mère.
« Li trist sa ki nou pe viv, sirtou pou ban mama, ou bizin solid, bondie donn kouraz (…) », pleure Ludivine, dont le cœur blessé continue malgré tout à battre avec un amour indestructible pour ses fils.