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Me Rajani : «La saisie de la voiture enverrait un signal fort»

Par Kinsley David
Publié le: 14 février 2026 à 10:41
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La saisie des véhicules de conducteurs sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue sera examinée en Conseil des ministres ce vendredi. Après l’introduction du permis à points, ces mesures plus sévères pourront-elles réduire l’hécatombe sur nos routes ? Répression, prévention et changement de mentalité étaient au cœur du débat d’Au Cœur de l’Info, le 13 février.

Face à la recrudescence d’accidents liés à l’alcool et à la drogue, le gouvernement envisage un durcissement des sanctions, dont la saisie pure et simple des véhicules des contrevenants. Invité de l’émission animée par Ashna Nuckcheddy-Rabot, le chairman du National Road Safety Council, Me Zeeshan Rajani, a plaidé pour des mesures fortes. Autour de la table également : Iqbal Abdool, responsable de communication de la Defensive Driving Instructors Association, Sanjeev Hurday, président du Motor Racing Club, le sociologue Ibrahim Koodooruth, ainsi que le ministre des Transports, Osman Mahomed.

Pour Me Zeeshan Rajani, la situation exige des décisions immédiates : « Deux morts, c’est déjà trop. Un mort, c’est de trop. Il faut changer la culture de conduite et cela doit se faire maintenant ». Il salue la volonté du ministre de prendre toutes les mesures nécessaires et estime que le durcissement des lois est incontournable. « La saisie de la voiture enverrait un signal fort. Pourquoi ne pas aussi envisager la suspension immédiate du permis ? Il faut des mesures réellement dissuasives », ajoute-t-il.

Toutefois, au-delà des sanctions, il insiste sur l’exemplarité. « La loi interdit l’usage du téléphone au volant, peu importe la raison. Si les parents ne respectent pas la loi, comment attendre des enfants qu’ils le fassent ? L’exemple vient d’en haut », fait-il ressortir.

Iqbal Abdool partage ce constat, tout en pointant un problème plus profond. « Ce n’est ni l’instructeur ni le système. C’est la mentalité du conducteur qui doit changer ». Selon lui, les vrais apprenants se font rares. « Beaucoup viennent à l’auto-école uniquement pour obtenir le permis. Ils apprennent avec des amis, gardent leurs mauvaises habitudes et, une fois sur la route, il est souvent trop tard », ajoute-t-il.

Il évoque les nombreuses barrières de sécurité endommagées comme preuve d’une conduite irresponsable. « Conduire est un privilège. Depuis l’introduction du permis à points, de trop nombreux conducteurs continuent de négliger la conduite défensive, et les incidents de ‘road rage’ persistent », explique-t-il.

Iqbal Abdool plaide pour l’introduction d’un Graduated Licensing Scheme, avec davantage de théories avant de prendre le volant, et pour une éducation renforcée à la sécurité routière dans les écoles. « Les parents doivent donner l’exemple », fait-il remarquer.

Un signal fort pour les contrevenants 

Pour Sanjeev Hurday, le constat est « vraiment grave », même s’il refuse de généraliser. « C’est une poignée d’automobilistes qui font n’importe quoi, mais cela suffit à mettre tout le monde en danger », déplore-t-il. Lui aussi soutient la saisie des véhicules : « Saisir la voiture d’une personne sous l’influence de l’alcool ou de la drogue est un signal fort, tout à fait nécessaire ». Toutefois, il se demande si la répression suffira. En outre, il observe de l’indiscipline des deux côtés, chez les automobilistes comme chez les piétons. Pour lui, la prévention reste essentielle et doit passer par la formation de toute la famille et la révision des tests de conduite. Il préconise également une période moratoire pour les nouveaux conducteurs.

Concernant les excès de vitesse et les rallyes illégaux, il avance une piste concrète : « Certains sont passionnés, d’autres utilisent la route comme exutoire à leur stress. L’introduction d’un circuit pourrait réduire les rallyes illégaux. Le projet de ‘race track’ a été lancé, mais il faut le faire correctement, loin des zones d’habitation. Il pourrait aussi servir à la formation des conducteurs ayant perdu des points ».

La répression seule n’est pas la solution 

Le sociologue Ibrahim Koodooruth apporte une lecture plus structurelle : « Le comportement des Mauriciens ne change pas parce que nous ne prenons pas le problème à la racine ». Selon lui, la répression seule ne peut résoudre la crise. « Il faut voir si les autorités réduisent réellement les opportunités qui donnent lieu aux accidents. Parfois, des choses simples ne sont pas prises en compte », fait-il ressortir.

Il insiste sur la responsabilité collective : « Toutes les parties prenantes ont un rôle à jouer, y compris les piétons. On ne peut pas casser les mauvaises habitudes du jour au lendemain ». Ibrahim Koodooruth met aussi en garde contre l’émotion passagère : « Un événement en couvre un autre. On est émus sur le moment, puis on passe à autre chose ». Selon lui, il faut également prendre en considération les pratiques frauduleuses. « Il faut enlever la corruption. Il semble que certains sont devenus experts pour contourner le système et se déresponsabiliser. Tant que cette mentalité persiste, aucune loi ne sera pleinement efficace », ajoute-t-il. 

En filigrane de ce débat, une conviction commune : la route ne peut plus être un espace d’impunité. Entre sanctions plus sévères, réforme de la formation et transformation des mentalités, c’est toute une culture de la conduite qui est appelée à évoluer. Reste à savoir si les nouvelles mesures marqueront un véritable tournant ou si elles ne seront qu’un épisode de plus dans une indignation collective trop souvent éphémère.
 

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