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Me Dev Ramano : «Ne plus tolérer l’ego et les caprices de certains syndicalistes»

Me Dev Ramano

Il risque de s’attirer le courroux de ses camarades syndicalistes, mais Dev Ramano assume. Pour lui, il faut mettre de côté l’ego, les tiraillements de certains, afin qu’il y ait une plate-forme unitaire syndicale pour le bien des travailleurs. Il se dit pour l’introduction du Workers’ Retirement Fund, exigé depuis des lustres.

Qu’est-ce qui a changé avec l’Employment Workers’ Act (EWA) pour le boni de fin d’année ?
Auparavant, le bonus se payait sur le salaire de base uniquement. Puis, il y a eu des modifications à la loi.  Sous l’Employment Worker’s Act (EWA), un employé sous contrat déterminé ou qui a travaillé, mettons à hauteur de 80 % pour l’entreprise, est éligible, sous la section 53 (1) de l’EWA, à un douzième de ses revenus annuels et cela, en ne prenant en compte que  le salaire de base. Or, sous la section 54 de la Worker’s Right’s Act (WRA), il est précisé que tout travailleur ayant travaillé en continu, sur une partie de l’année jusqu’au 31 décembre, a droit à un boni d’un douzième de ses revenus comprenant son salaire de base, ses heures supplémentaires, ses allocations diverses, dont les commissions. Soit ce montant sera la somme totale de ce qu’il a perçu, durant son temps de travail, sur l’année. 

Serait-il alors possible qu’un employé se retrouve avec un boni de fin d’année dépassant son salaire de base ?
C’est dans le domaine du possible qu’un employé reçoive un boni de fin d’année dépassant son salaire de base. Comment ? Ici, on parle de total earnings – heures supplémentaires, allocations, commissions...) sur un temps donné divisé par douze, ce qui donne alors une moyenne qui pourrait être au-delà de son salaire de base.

Si un employé a travaillé, disons sept mois, ou est remercié après quelques mois durant une année calendaire, a-t-il droit aussi à un boni ?
Si un employé a travaillé durant sept mois et on le remercie pour une raison quelconque ou alors un employé démissionne après avoir travaillé, mettons entre janvier et août d’une année calendaire, son patron a l’obligation de lui payer un boni sur un système pro-rata, mais basé sur la totalité de ses revenus durant sa présence au sein de l’entreprise.

Il est plus que temps que les syndicats revoient leur stratégie, leur approche»

Il se pourrait que des employeurs se trouvent dans l’incapacité financière de payer le boni. Qu’est-il prévu ?
Il est trop facile de mettre de l’avant l’incapacité de payer, parce que les finances de l’entreprise ne le permettent pas. Voilà une entreprise qui a fonctionné une année calendaire durant et qui est incapable de payer le boni de fin d’année à ses employés ? Il court le risque de poursuites au criminel.

Venons-en à un sujet qui semble quelque peu irriter le patronat : le Portable Retirement Fund (PRF). Qu’est-ce qui dérange dans cette loi rendue obligatoire ?
Ce Portable Retirement Fund, les syndicalistes le réclament depuis des années et c’est une bonne chose que ce soit enfin en vigueur. L’Employment Workers’ Act a déjà force de loi depuis octobre 2019. Quand un employé quitte l’entreprise, la pension que doit obligatoirement verser son patron à ce RPF pour son temps de service le suit. Ce fonds est géré par la Mauritius Revenue Authority (MRA), qui le donnera à l’employé à sa retraite. Si le patron fait des siennes, il aura affaire à la MRA, tout comme cela l’est pour la taxe sur les revenus pour tout citoyen. Ce fond n’est pas retroactif et n’est en vigueur que depuis octobre 2019.  Ainsi, les années précédant cette date, effectuées par l’employé au sein de l’entreprise, ne seront pas tenues en ligne de compte. 

N’est-ce pas un lourd fardeau pour le patronat que de devoir contribuer à ce fonds de pension pour un employé remercié ou qui le quitte ? N’est-ce pas la politique de Robin des Bois ?
Depuis quelques années, les travailleurs de ce pays étaient asphyxiés. Mais avec le salaire minimum et ce fonds de pension jusqu’à sa retraite, il respire un peu. Quant au patronat, qui crie au loup, qui estime qu’on les prend pour des vaches à lait, je lui rappelle que la Corporate Tax est passée de 65 % à 15 % actuellement. Ce fonds de pension n’est pas une politique de Robin des Bois envers le patronat, ce n’est pas un privilège fait aux employés, c’est enfin reconnaître leurs droits.

Auparavant, chaque parti politique avait sa centrale syndicale. Maintenant, il y a un vide à combler»

Soit au même taux que toute la population, qui paie la TVA à 15 % sur des denrées d’usage quotidien ?
Exactement. Le patronat ne paie que 15 % de Corporate Tax, ce depuis des années. Combien de bénéfices en ont-ils tiré sur la tête de leurs employés durant des années ?

Contrairement à d’autres pays, on a l’impression que les travailleurs ne sont pas au courant de leur avancée avec ce fonds de pension. Pourquoi ?
Les travailleurs doivent rester soudés derrière leurs syndicats et se tiennent au courant des avancées dans le monde du travail. Ce faisant, les syndicats protégeront leurs droits acquis, qui peuvent être éliminés d’un trait de plume avec un changement de régime, par exemple.

Il n’est un secret pour personne que la classe syndicale est divisée, chacun défendant sa chapelle, sans une cause commune comme cela existe en France, par exemple. Qu’est-ce qui cloche entre vous ?
Il est plus que temps que les syndicats revoient leur stratégie, leur approche. Il ne faut plus tolérer les tiraillements, l’ego et les caprices de certains syndicalistes. Il faut une plate-forme unitaire pour les travailleurs et non pas pour des gains personnels. Il faut mettre nos différences de côté.

N’est-ce pas utopique, ce que vous avancez là ?
Auparavant, chaque parti politique avait sa centrale syndicale. Maintenant, il y a un vide à combler. Je constate que Resistans ek Alternativ travaille avec la GWF, la FPU ou le CTSP, qui abattent un excellent travail. Si tout le monde marye pike, nou manz ar bann la.

Le phénomène des gilets jaunes inquiète dans certains pays...
Je vous réponds par une question : est-ce que les esclaves et les coolies croyaient qu’ils allaient un jour retrouver la liberté ? Il y a une urgence que les syndicats s’unissent sur une seule plate-forme et non pas chacun tirant le drap sur lui, au contraire de ce qui existe ailleurs, comme les gilets jaunes. Il existe des tares au sein de la classe syndicale qu’il faut éliminer, sinon cette classe deviendra amorphe, entraînant dans son sillage ses membres.

 

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