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Maya Sewnath, directrice de SSS Furniture : «Le risque de faillite est bien réel pour les PME»

Chaque jour est une lutte pour les PME, lâche Maya Sewnath, directrice de SSS Furniture. Dans cet entretien, elle parle du parcours du combattant des entrepreneurs face à la crise, tout en évoquant ses craintes pour le mois de janvier quand les moratoires sur les prêts prendront fin.

Tel un ouragan, la Covid-19 a tout balayé sur son passage. Aujourd’hui, peu importe les secteurs d’activité, les entreprises font face à un sérieux problème de liquidités. Quel diagnostic faites-vous pour le secteur des PME ?
Nous n’étions pas préparés à faire face à une telle pandémie. Nous étions déjà affectés par le problème de cash-flow car nous devions attendre que les clients nous paient après chaque vente. La Covid-19 est venue empirer la situation. Toutes les PME vous diront la même chose : la trésorerie est un problème majeur. D’autant plus que les banques ne veulent pas nous aider car les PME sont perçues comme étant à risque. 

Du coup, bon nombre de PME ont du mal à payer les salaires dans un contexte où les ventes ont drastiquement baissé, soit de l’ordre de 60 % à 65 %. Celles qui se sont tournées vers l’exportation sont en plus grande difficulté et luttent pour leur survie. Contrairement aux grosses entreprises, qui ont des réserves, les PME n’en ont pas car elles sont tout le temps en train de lutter pour gagner leur vie. 

Vous faites partie de ces entrepreneurs qui ont réduit leurs salaires pour faire face à la situation. Comment avez-vous vécu cette crise ? 
Mon business est tout pour moi et je ne baisserai pas les bras (NdlR : l’entrepreneure travaille dès 6h30 le matin pour terminer parfois à 21h30). J’ai réduit mon salaire de 50 % depuis le début de la crise et je n'achète que l'essentiel. Au sein de l’entreprise, c’est la baisse des coûts à tous les niveaux. Nous éteignons la lumière quand nous sortons d’une pièce. Nous éteignons les machines quand nous passons en mode manuel. Nous veillons à faire toutes les livraisons prévues dans la même région. Nous ne faisons plus d’heures supplémentaires. D’ailleurs, la question ne se pose même pas car le travail a diminué. Les Mauriciens sont débrouillards de nature. Nous luttons et nous continuerons de nous battre.

Quels sont les principaux enseignements que vous tirez de cette pandémie ?
La première leçon apprise est la maîtrise des coûts. Si nous maintenons cette culture, nous pourrons améliorer notre productivité et ainsi devenir plus compétitifs. Nous sommes aussi devenus plus disciplinés. Nous pratiquons une politique de non tolérance par rapport aux gaspillages. Auparavant, nous avions l’habitude de jeter les chutes de bois. Depuis la Covid-19, nous les utilisons pour fabriquer des petites étagères pour le téléphone ou les fleurs. Nous participons davantage à des foires pour augmenter notre visibilité. Nous avons également revu notre « business model ». Nous faisons plus de meubles sur mesure pour les particuliers, car les commandes des magasins ont baissé. Notre avantage est que nous pratiquons des prix d’usine. 

Si les gens ont du travail, ils vont consommer et ce sont les business qui vont en bénéficier."

Avec tous ces changements,  les choses se sont améliorées pour vous ?
La situation est loin de s’être améliorée. Tout est mis en œuvre pour soutenir la compagnie. Je redoute sérieusement le mois de janvier. J’avais contracté un prêt pour construire mon bâtiment et un crédit-bail pour l’achat d'équipements et de camions pour la livraison. Le moratoire prend fin en décembre et il faudra rembourser ces dettes en janvier. La situation deviendra chaotique non seulement pour moi, mais pour bien d’autres entrepreneurs. Toutes les PME sont dans le même bateau. 

Le risque de faillite est-il bien réel dans le secteur des PME ?
Évidemment ! À partir de l’année prochaine, beaucoup de PME mettront la clé sous le paillasson car les moratoires prennent fin et il faudra rembourser les prêts. Comment le faire quand l’argent manque ?

La période festive est synonyme de forte consommation. Est-ce qu’elle va changer la donne ?
Tout va dépendre si les entreprises paient le boni entièrement et si les consommateurs dépenseront l’argent pour les fêtes ou économiseront pour les priorités. Ou bien constitueront des réserves pour les moments difficiles. Nous n’avons pas de visibilité là-dessus. 

Pour adresser le problème de trésorerie et de fonds de roulement, le gouvernement est venu de l’avant avec plusieurs aides, dont des facilités pour des prêts. Vous déplorez, toutefois, l’accessibilité à ces aides. Qu’en est-il ? 
Nous sommes des enfants abandonnés. L’État fait mention d’aides aux PME, mais dans le concret, les entrepreneurs sont loin d’être soulagés. On est venu nous imposer la Contribution Sociale Généralisée sans compter la compensation salariale. Autre exemple : quand le pays était en confinement, nous n’avons pas travaillé. L’État a, cependant, payé les salaires. Mais, on nous demande de payer le National Pensions Fund (NPF) pendant cette période alors que nous n’avions pas travaillé. Où trouver cet argent ? À la Banque de Développement (DBM), cela fait presque trois mois que j’ai fait une demande de prêt et on est encore à me demander de la paperasse. Pis, je ne suis même pas sûre d’obtenir le prêt. Est-ce que ces soutiens dont parle le gouvernement nous aident vraiment ? La question se pose. 

Les PME sont les plus gros pourvoyeurs d’emplois. Ont-elles toujours la capacité de créer des emplois ?
À l’heure actuelle, les PME sont en train de lutter pour maintenir leurs activités. La création d’emplois dépendra de comment évoluera le marché. Est-ce que les frontières vont s’ouvrir ? Est-ce que les touristes vont venir ? Est-ce que l’exportation va reprendre ? Quels seront les risques au niveau de la Covid-19 ? C’est très difficile de se prononcer là-dessus. 

L’État compte payer la compensation salariale pour les PME. Quelque 90 000 à 100 000 employés seront concernés. Cette aide est-elle la bienvenue et est-elle suffisante ? 
Dans la conjoncture actuelle, nous sommes dans l’incapacité de payer la compensation. Nous ne disons pas qu’il ne faut pas payer, mais nous demandons au gouvernement de nous subventionner. Parallèlement, il faudrait que les prêts qu’accorde la Banque de Développement (DBM) soient plus flexibles. Les procédures doivent être assouplies. La Contribution Sociale Généralisée n’est pas venue arranger les choses, car je me retrouve à payer plus d’argent. Il n’y aurait jamais dû avoir ce changement. Il faudrait aussi s’attaquer au problème du chômage. Si les gens ont du travail, ils vont consommer et ce sont les business qui vont en bénéficier. 

Comment voyez-vous l’horizon 2021 ?
C’est le brouillard. Nous marchons, mais nous ne savons pas où nous allons. Même en allumant une torche, nous ne sommes pas plus avancés.  

* SSS Furniture est une entreprise spécialisée dans la fabrication de meubles et elle compte une quarantaine d’employés.

À partir de l’année prochaine, beaucoup de PME mettront la clé sous le paillasson car les moratoires prennent fin et il faudra rembourser les prêts. Comment le faire quand l’argent manque ?"

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