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Mauriciens d’Outre-mer : le calvaire des Agaléens à Maurice

Arnaud henry Arnaud henry dit recevoir aucune allocation financière de l’état pendant son séjour forcé à Maurice.

L’accès aux soins pour les femmes enceintes sur l’île d’Agalega est très limité.

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Kurcia Henry a donc été envoyé à Maurice pour recevoir des traitements. La jeune femme de 21 ans, enceinte, et son mari Arnaud Henry, déplorent toutefois les conditions de ce séjour forcé. Depuis leur arrivée, en juin, les obstacles ne cessent de se dresser sur leur route.

Parent d’une fillette de quatre ans, c’est dans la plus grande misère que le couple Henry, originaire d’Agalega, dit survivre à Maurice.  « Nous avons été contraints de venir à Maurice pour que ma femme puisse recevoir des traitements adéquats et accoucher de notre deuxième enfant », raconte Arnaud Henry. « L’hôpital d’Agalega manque cruellement d’équipements et de médecins spécialistes. Accoucher dans ces conditions présente de graves risques : les femmes enceintes sont donc transférées à Maurice à leur troisième mois de grossesse.»

« Aucun logement n’a été mis à notre disposition. Nous avons sollicité un proche pour nous héberger. Le drame est survenu quand 80 % de mes revenus ont été déduits de ma paye. Ma famille n’a rien à manger. Je n’ai plus d’argent pour me rendre au bureau de mon employeur, l’Outer Islands Development Corporation (OIDC), à rue Edith Cavell à Port-Louis. J’ai souvent parcouru le trajet Baie-du-Tombeau -Port-Louis à pied. Ce n’est pas évident. J’ai un loyer à payer ici. Je ne savais pas que la vie était aussi dure à Maurice », se lamente Arnaud Henry.

« Mon travail à Maurice ? Il consiste à pointer régulièrement au bureau de l’OIDC pour marquer ma présence. Je suis payé pour ma présence au bureau de 9 heures à 16 heures. Ce n’est pas la mer à boire, mais mon épouse fait une grossesse difficile. Elle est souvent admise à l’hôpital. Pendant son absence, je dois veiller sur notre fille.

Je me rends régulièrement à l’hôpital, car il n’y a personne pour nous aider. Je veille à la fois sur ma femme et ma fille, de fait, il est parfois difficile de me rendre au bureau de l’IODC. D’ailleurs, je ne suis pas à Maurice pour travailler, mais pour accompagner mon épouse. Voilà ce qui m’a valu une déduction de salaire », révèle Arnaud Henry. Il précise ne recevoir  aucune allocation sociale du gouvernement.

La vie à Agalega selon le syndicaliste Jack Bizlall

La proximité des logements et des lieux de travail ne réclame pas de moyen de transport sur l’archipel. Les gens se déplacent à pied. « Avant, les Mauriciens allaient travailler dans l’île. Depuis, 2007, après discussions avec l’ex-ministre Hervé Aimé, Gawtam Davay, l’ex-directeur général de l´OIDC, le père Maurice Labour et moi-même, les choses ont changé. Les gens peuvent y vivre avec leur famille.

L’île est divisée en trois parties : Ste-Rita dans le sud, Village 25 dans le Nord, là où il y a le bureau administratif ; puis le village de La Fourche où accostent les bateaux », relate-t-il.  « Les Agaléens sont des gens simples qui ont une culture différente des Mauriciens. Ils s’entraident et le coût de la vie est meilleur. La pauvreté et l’exclusion sont des termes qui n’existent pas à Agalega. La préoccupation des Agaléens reste le secteur de la santé. Les autorités ont bâti un hôpital et un dispensaire (mal équipés), mais il n’y a pas de médecin spécialiste. C’est pourquoi les patients sont envoyés à Maurice pour des examens approfondis ». Le syndicaliste dénonce une discrimination à l’égard des Agaléens.

« Comment expliquer que quand un Mauricien se rend à l’étranger pour des traitements, le ministère de la Santé lui verse Rs 500 000. Alors que les patients d’Agalega qui viennent à Maurice pour des soins médicaux sont contraints de puiser de leur poche pour régler toutes leurs dépenses ? Ils ne bénéficient même pas d’un logement », déplore Jack Bizlall.

Le directeur de l’OIDC : « La déduction salariale est légitime »

Soobee Norungee, directeur de l’Outer Islands Development Corporation (OIDC) justifie la déduction salariale affectant d’Arnaud Henry. « C’est légitime. Il est souvent absent. Au mois de juin, il s’est absenté durant dix jours. Au mois de juillet, août, septembre, il n’a pas donné signe de vie. En tant que ‘public officer’, il aurait déjà dû être licencié, mais on ne l’a pas fait. On l’a d’ailleurs aidé dans tous les sens du terme. Il est venu se plaindre certes, mais à aucun moment il ne nous a décrit les misères qu’il rencontre à Maurice.

Ce sont les médias qui nous ont informé de ses problèmes. Nous sommes là pour aider Arnaud Henry. Je porterai cette affaire au comité de l’OIDC », assure-t-il. Concernant le soutien financier du ministère de la Santé, le directeur de l’OIDC concède effectivement que « les Agaléens ne bénéficient d’aucune aide de la Santé. Ils sont obligés de travailler pour être payés. J’évoquerai également ce point avec les autorités concernées », poursuit-il.

 

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