Mauriciens bloqués dans le Golfe : quelles conséquences sur leur emploi ?
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Coincés en transit par le conflit, des Mauriciens craignent pour leur poste. Entre force majeure juridique et appel à l’humanisme du patronat, le point sur les droits des salariés absents.
Ils sont partis pour un pèlerinage ou quelques jours de vacances. Les voilà coincés dans un aéroport de Dubaï, d’Abu Dhabi ou d’un autre pays du Golfe, billet annulé en main, sans savoir quand ils rentreront. Pour les Mauriciens bloqués au Moyen-Orient depuis l’escalade militaire, l’angoisse du retour s’accompagne désormais d’une autre inquiétude, plus sourde : que se passera-t-il au bureau à leur retour, ou plutôt, en leur absence ?
La question est simple, mais ses réponses le sont moins. Les jours d’absence seront-ils payés ? L’employeur peut-il invoquer un abandon de poste ? Un salarié peut-il être sanctionné pour une situation qui échappe totalement à sa volonté ?
Pour les spécialistes du droit du travail, la réponse de principe est claire. L’avocat Dev Ramano rappelle que le droit mauricien reconnaît explicitement la notion de force majeure. « Lorsqu’une personne est bloquée dans le cadre d’une situation hors de son contrôle, comme la guerre au Moyen-Orient, nous faisons face à ce que l’on appelle un cadre de force majeure », explique-t-il. Il cite les articles 1147 et 1148 du Code civil mauricien, qui définissent la force majeure comme une situation à la fois imprévisible et indépendante de la volonté de la personne concernée. Dans ce cadre, sanctionner un salarié pour une telle absence serait juridiquement injustifié.
Une condition demeure toutefois indispensable : l’employé doit informer son employeur dès que possible, expliquer les circonstances et fournir des preuves : billets annulés, notifications des compagnies aériennes, attestations consulaires. Sans cette démarche, le bouclier juridique s’effrite.
Pour Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, le Workers’ Rights Act offre une protection réelle aux travailleurs concernés. « Un employé bloqué à l’étranger pour des raisons valables ne peut être licencié », affirme-t-il. Mais il reconnaît que tous ne sont pas égaux face à cette épreuve.
Les fonctionnaires et agents des entreprises publiques disposent d’un avantage non négligeable : l’État, à travers ses représentations diplomatiques, prend en charge une partie de la gestion de ces situations exceptionnelles. Pour les salariés du secteur privé, tout repose sur la qualité du dialogue avec leur employeur. « S’ils rencontrent des difficultés après avoir informé leurs supérieurs, ils peuvent référer leur cas au ministère du Travail, qui peut intervenir comme médiateur », précise le syndicaliste.
Sur la question des salaires, sa position est ferme : « Ils ne devraient pas être réduits. Cette situation ne dépend pas d’eux. »
Le ministre du Travail, Reza Uteem, appelle les entreprises à la mesure. Il reconnaît que la législation mauricienne ne mentionne pas explicitement les situations de guerre — contrairement aux cyclones, dont le régime est codifié —, mais estime que le contexte actuel relève sans ambiguïté de la force majeure. « Ce genre de situation, avec des Mauriciens bloqués un peu partout en raison de l’annulation de certains vols, constitue un cas de force majeure », dit-il, avant de lancer un appel direct au patronat : « Je fais appel aux entreprises pour ne pas sanctionner les travailleurs et pour adopter une approche humaniste. »