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Marjolaine André : une femme sous haute tension

Un caractère bien trempé pour un métier à hauts risques. Marjolaine André, 35 ans, est la toute première femme en ‘bleu’ du Central Electricty Board (CEB). Elle est chargée de tout type d’intervention sur les lignes à haute et très haute tension. Portrait d’une femme qui a mis de côté les stéréotypes pour faire ce qui lui plaît…

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Travailler dans un bureau ? Très peu pour Marjolaine André. Toute la semaine, elle sillonne la région de Pamplemousses pour des interventions de contrôle, réparation et maintenance du réseau électrique. C’est fièrement et sans complexe qu’elle coiffe son casque jaune, enfile ses lourdes chaussures de sécurité et endosse sa grosse veste bleue pour une journée d’action. Seule femme parmi les hommes, la lignarde grimpe aux côtés de ses coéquipiers masculins pour entretenir ou dépanner les lignes à haute tension qui jalonnent le réseau électrique. Cela fait huit ans que cette jeune Rodriguaise, affectueusement prénommée Mamie au travail, affronte le vide au quotidien.

Tout la prédestinait à embrasser une carrière hors des sentiers battus. « J’ai toujours été un garçon manqué. Si bien que mon père se plaît à dire qu’il a trois fils et deux filles au lieu de trois filles. » Pas étonnant qu’à 20 ans et son School Certificate en poche, Marjolaine André débarque à Maurice et envisage d’entreprendre une formation d’un an en électrique (NT3) au Mauritius Institute of Training ans Development (MITD). « Au départ je souhaitais faire de la mécanique mais puisque le cours affichait complet, j’ai opté pour l’électrique en dépit des conseils qui… m’aiguillaient vers la couture. Je voulais faire quelque chose de différent. »

Après son certificat, elle est embauchée comme électricienne chez Manser Saxon où elle est la seconde femme employée dans ce domaine. Insatisfaite de l’ambiance, elle abandonne le poste pour seconder son compagnon, Gopal, chauffeur de camion. Un an après, Marjolaine décide de se perfectionner dans le domaine électrique afin de se mettre à son propre compte. Elle reprend alors le chemin du MITD pour le NTC2, une formation de deux ans. Elle a ainsi l’occasion de faire un stage de deux mois au CEB.

Faire ses preuves

Une mère de famille qui n’a pas peur du vide.

Le déclic arrive aussitôt : sa voie est toute trouvée. Sauf qu’au moment de se faire embaucher, elle se heurte aux préjugés. « J’ai dû passer quatre fois l’interview avant d’être prise à l’école de formation du CEB. J’étais la seule femme d’un groupe de 30 reçus pour la formation de deux ans. » Marjolaine passe ce cap haut la main, devançant même certains de ses collègues masculins. Elle est alors titularisée comme cadet technician.

« J’ai toujours été bien accueillie dans les différentes unités et depuis qu’il y a une fille dans l’équipe, je pense qu’ils sont plus calmes et moins virulents dans leur propos. »  Finalement, loin d’être un handicap, le fait d’être une femme, s’avère un atout pour la lignarde. De plus, c’est une valeur ajoutée sur le plan relationnel. « Mes coéquipiers en sont fiers et ne tarissent pas d’éloges à mon sujet en public. »

Ceci dit, « l’arrivée de Madame CEB au lieu de ‘Missié CEB’, ça étonne encore ». Et pour cause, elles ne sont pas légion dans ce secteur d’activité majoritairement masculin. « J’ai été la toute première femme à intégrer le service comme technicienne mais depuis, l’effectif du CEB s’est enrichi de cinq éléments féminins », se réjouit la Mamie. « Cependant pour s’intégrer dans un milieu d’hommes, il faut s’attendre à rencontrer certaines difficultés, reconnaît Marjolaine. Ce n’est pas du jour au lendemain que les mentalités vont changer et je rencontre encore des machos qui ont du mal à accepter de recevoir des ordres d’une femme. »

Loin de se laisser démonter, la Mamie force le respect par son efficacité, sa rigueur et sa connaissance du métier. « Pour faire ses preuves, il faut en faire plus que les hommes, montrer que l’on sait de quoi l’on parle, mais une fois passée cette étape, il devient facile de se faire une place. Sur le terrain, ça se passe très bien avec mes collègues. Je ne demande rien et je suis autonome. Conduire la camionnette, porter la grande échelle, grimper jusqu’à dix mètres du sol, ça ne me fait pas peur ! »

Aujourd’hui, Marjolaine André vit pleinement son choix. Cette mère d’une petite fille de trois ans troque facilement veste et pantalon contre robe du soir ou sari. « Mon compagnon, depuis plus 15 ans, est de confession tamoule et pour les fêtes et les prières au temple, je porte le sari. La robe c’est surtout pour les grandes occasions. Autrement, par habitude, j’opte pour le short ou le pantalon. »

La jeune femme arrive à concilier sans grande difficulté vie professionnelle et vie familiale. « L’essentiel, c’est de faire ce qu’on aime et d’aimer ce que l’on fait. J’ai la chance d’avoir trouvé le métier de mes rêves et je n’en changerai pour rien au monde. » La Mamie du CEB encourage davantage de femmes à se lancer dans la filière technique. « Il n’y a pas de métier réservé aux hommes. Il faut avoir une réelle envie d’exercer le métier, croire en soi et persévérer. Le reste est sans importance, tant que c’est pour gagner dignement sa vie ! »

Pour l’anecdote...

Même en allant chercher loin dans sa mémoire, Marjolaine André ne garde aucun mauvais souvenir de son emploi au CEB depuis 2009. Pour elle, chaque jour est un cadeau. « Il y en a des petits et des plus gros comme ce coup de fil récent du ministre Ivan Collendavelloo », relate la technicienne. Un mardi soir, elle est appelée pour une intervention chez une habitante de Balaclava. Sur place, elle doit couper les branches d’un arbre puis grimper au pylône pour réparer une panne. Le courant est vite rétabli. « La femme qui avait signalé le problème était tellement étonnée et émerveillée de me voir à l’œuvre avec mon équipe qu’elle a appelé le ministre pour lui en parler  », rigole Marjolaine. À la grande surprise de la lignarde, le ministre a fait le tour des bureaux du CEB le lendemain pour l’avoir au téléphone et la féliciter personnellement pour son dévouement et son bel exemple. « Vous êtes la fleur du CEB, m’a-t-il dit ! »

 

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