Marina Ythier-Jacobsz : entrepreneure, mère et femme debout malgré les tempêtes
Par
Le Défi Plus
Par
Le Défi Plus
Marina Ythier-Jacobsz fait partie de ces femmes qui avancent dans la vie avec énergie, humour et une immense capacité à tenir debout même dans les périodes plus difficiles. À 56 ans, l’entrepreneure mauricienne dirige son entreprise, accompagne plusieurs dirigeants, reste très active dans le social, poursuit des études en neurosciences du changement et demeure profondément attachée à ses filles, à sa famille et à ce cercle précieux de femmes amies devenues une véritable famille de cœur.
Derrière ses “ayooooo” spontanés et son énergie communicative, il y a aussi le parcours d’une femme qui a choisi très jeune l’entrepreneuriat, dans un univers du business encore largement dominé par les hommes. Un parcours exigeant, fait de responsabilités, de pression, de remises en question et d’une nécessité constante de tenir bon, même dans les moments plus difficiles.
À l’occasion de la Fête des Mères, Marina partage un témoignage sincère sur l’amour maternel, le lâcher prise, la résilience et cette conviction qu’elle porte profondément en elle : « Une maman reste une maman pour toujours, même quand son enfant a 60 ans. »
Comme toute mère, une des étapes difficiles, a été le départ de ses enfants, il y quelques années. « C’est un mélange très bizarre et très beau,” confie-t-elle avec tendresse. Un peu comme quand tu retrouves un de leurs vieux uniformes d’école au fond d’une armoire. Il y a un “ayooooo” et un sourire en repensant au bazar des matins d’avant. Et deux minutes après, tu as une petite boule dans la gorge parce que tu réalises à quelle vitesse la vie a filé. »
Depuis plusieurs années, cette journée se passe auprès de sa propre mère, mais loin de ses filles. L’absence est encore plus lourde cette année, marquée par le décès de son père il y a tout juste un an. « Je suis une maman qui pense à ses filles loin, mais aussi une fille qui regarde sa maman continuer à avancer courageusement malgré le manque », dit-elle doucement.
Quand elle repense aux années où ses filles vivaient encore sous son toit, Marina Ythier-Jacobsz éclate de rire. « J’étais une espèce d’ourite hyperactive. CEO de la logistique, taxi gratuit, psychologue approximative, détective privée spécialisée dans “qui a fini le shampoing ?”, machine à laver émotionnelle et Banque de Maurice ouverte 24/7. »
Les années passent. Les petites filles deviennent jeunes femmes et le rôle de mère évolue. « Tu passes de “Mam décide” à “Mam, j’ai décidé”. Le vrai défi commence là. Apprendre à accompagner sans contrôler. Être un phare et pas une télécommande. » Un exercice qu’elle avoue encore apprendre aujourd’hui. Pourtant, malgré la distance et le « nid vide », le lien reste extrêmement fort avec ses filles, qu’elle décrit comme « très actives mais sages ».
S’il y a une phrase qui résume sa vision de la maternité, c’est celle-ci : « Une maman, c’est pour la vie, même si son enfant a 60 ans. » Une conviction née de sa relation avec ses filles comme de celle qu’elle entretient encore avec sa propre mère. « J’ai 56 ans. Je dirige une entreprise, je forme des gens, je gère mille responsabilités… mais quand je suis avec ma maman, encore plus depuis le départ de mon papa, je redeviens sa fille. »
Sa mère continue à s’inquiéter pour elle comme lorsqu’elle était adolescente. « Avant, elle cherchait dans ses livres des solutions contre mon acné. Aujourd’hui, elle cherche des remèdes pour mes bouffées de chaleur », raconte-t-elle en riant. Derrière l’humour, une vérité profonde : l’amour maternel ne s’arrête jamais. « Quand les enfants sont petits, on porte les sacs, les goûters et les crises. Plus tard, on porte autrement, plus en pensées, en prières et en inquiétudes silencieuses. »
Comme beaucoup de femmes, Marina Ythier-Jacobsz a traversé des périodes où elle pensait ne plus pouvoir tenir. Entre responsabilités familiales, inquiétudes financières, travail et la maladie de son père, les tempêtes n’ont pas manqué. Elle a trouvé refuge dans sa foi. « Pas une foi magique qui supprime les problèmes. Une foi qui aide à continuer quand même. »
Elle insiste aussi sur l’importance de son entourage. Sa « tribu » de femmes, ses proches, ses collegues, sa famille parfois « wild, bruyante et émotionnelle », mais toujours présente dans les moments difficiles. « Dans les tempêtes, tout le monde se serre. Et ça, c’est un trésor immense. »
Avec le temps, elle a compris qu’on ne pouvait pas vivre constamment sous pression. Après un sérieux « warning » physique il y a plusieurs années, elle a transformé sa manière de vivre. Respiration, mouvement, écriture, spiritualité, bains glacés inspirés de la méthode Wim Hof, puis une rencontre décisive avec les travaux du Dr Joe Dispenza. « Ses recherches sur les neurosciences du changement montrent comment notre cerveau peut rester coincé dans des schémas automatiques de stress, mais aussi comment on peut recréer de nouveaux circuits neurologiques. Ça a été un immense game changer pour moi. »
Aujourd’hui, elle regarde la société avec lucidité. « Les gens ont parfois de plus grosses voitures et de plus belles vacances Instagram, mais pas forcément plus de paix. Pour moi, le cerveau moderne ressemble à Jumbo un 24 décembre. Il y a du bruit partout, des lumières partout, et du stress partout. »
Si Marina parle avec autant de passion de ses filles, c’est parce qu’elles représentent bien plus qu’un parcours réussi. « Je voulais surtout qu’elles deviennent profondément elles-mêmes. » L’une étudie la psychologie et la santé mentale globale, l’autre l’architecture. Mais ce qui la touche le plus, ce sont les valeurs humaines qu’elles ont gardées. « Elles ont toutes les deux pris des gap years intelligents et profondément humains. Des pauses pour grandir, réfléchir et mieux se connaître. » Elle est surtout fière de leur humanité « dans un monde qui pousse beaucoup au superficiel et au bling ».
Parmi les souvenirs qui la bouleversent encore, un petit bracelet offert par sa fille Eva pendant une période très difficile. Dessus, un seul mot : « Fearless ». Marina l’a porté pendant des années avant de le perdre lors de l’ascension du Mont Sinaï, en Égypte. « J’étais bouleversée. Et quand j’ai raconté ça aux filles, elles m’ont juste dit : “Mam, peut-être que tu n’en as plus besoin. Et que c’est tombé exactement à l’endroit où il fallait.” » Une phrase simple, mais puissante. « Elles avaient raison », souffle-t-elle.
Pour Marina Ythier-Jacobsz, la définition d’une femme forte est loin des clichés. « Ce n’est définitivement pas une femme qui ne pleure jamais ou qui gère tout parfaitement. C’est une femme capable d’avancer même quand elle a peur. Une femme capable aussi de demander de l’aide, qui pour moi est l’acte le plus courageux qui soit. »
Aujourd’hui, elle porte un regard plus doux sur elle-même : « Pendant longtemps, je regardais surtout ce qu’il restait à accomplir. Aujourd’hui, je regarde davantage ce que j’ai construit humainement. »
À travers son vécu, elle lance un message fort aux femmes mauriciennes : « Je connais beaucoup de femmes qui vivent comme des multiprises humaines où tout le monde vient se brancher : enfants, boulot, parents âgés, WhatsApps, problèmes des autres… Et puis un jour, le corps ou le cœur dit stop. »
Pour elle, les mamans doivent apprendre à prendre soin d’elles-mêmes sans culpabilité. « On ne peut pas vivre éternellement comme des machines émotionnelles sous pression. »
En cette Fête des Mères, son message se veut profondément humain et réconfortant : « On fait toutes de notre mieux avec ce qu’on a. Et c’est OK. Même quand on doute, même quand on est fatiguée, même quand les enfants grandissent et partent loin, l’amour qu’on leur a donné reste profondément en eux. »
Elle élargit son regard à toutes les femmes qui maternent le monde autrement : « Il n’y a pas que les mamans biologiques qui maternent le monde. Il y a aussi toutes ces femmes sans enfants qui soutiennent, écoutent, encouragent et accompagnent les autres autour d’elles. »
Et de conclure avec simplicité : « Alors bonne fête à toutes les mamans… et à toutes les femmes qui aident les autres à grandir. »