Marie-Monique Laurianne qui a perdu son enfant de 11 mois : «Tu est parti trop tôt mon bébé, mais tu vivras toujours en moi»
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, alors que les feux d’artifice illuminaient le ciel et que les familles célébraient l’espoir d’un nouveau départ, Marie-Monique Laurianne, 23 ans, vivait la pire tragédie qu’une mère puisse avoir à affronter. Son fils, Ewen Skandaya Ragavaloo, âgé de 11 mois, s’éteignait après une chute, suivie d’une prise en charge médicale qui soulève aujourd’hui de nombreuses questions.
Mère de trois enfants, déjà marquée par des pertes antérieures, cette jeune Mauricienne témoigne avec une dignité bouleversante. Entre douleur intime, foi comme ultime refuge et quête de vérité, elle livre un récit qui serre le cœur et interpelle.
Marie-Monique parle sans hausser la voix. Ses mots ne cherchent pas à provoquer l’émotion, et pourtant ils frappent de plein fouet. Elle raconte parce qu’elle en a besoin. Parce que se taire serait laisser son fils disparaître une seconde fois. « Une maman ne s’attend jamais à survivre à son enfant. C’est contre l’ordre de la vie », lâche-t-elle.
À 23 ans seulement, elle porte déjà une douleur que certains ne connaissent pas au cours de toute une existence. Dans sa maison, le temps semble figé. Les vêtements de bébé sont toujours pliés. Les jouets sont restés là où ils étaient. Rien n’a été déplacé depuis ce soir-là. « Je n’ai pas la force de ranger. Tant que tout est là, j’ai l’impression qu’il n’est pas vraiment parti », confie-t-elle.
Le 20 janvier 2025, Marie-Monique donne naissance à des jumeaux : Ewen Skandaya Ragavaloo et Ethan Skanda Ragavaloo. Deux garçons en parfaite santé. Deux vies qui arrivent ensemble, comme un miracle. À leurs côtés, leur grande sœur Siana, deux ans, première enfant du couple. « Siana est arrivée avant eux. Elle m’a appris à être maman », partage-t-elle.
Très vite, les jumeaux développent une relation fusionnelle. « Ils étaient toujours ensemble. Toujours. Ils dormaient collés, se calmaient l’un l’autre. Même leurs pleurs n’étaient jamais pareils quand ils étaient séparés », raconte-t-elle.
Marie-Monique les habille de la même manière, rit de leur ressemblance, s’émerveille de leurs regards. « Quand je les regardais, je me disais que Dieu m’avait donné plus que ce que j’avais demandé », se remémore-t-elle.
Mais derrière ce bonheur, l’histoire de Marie-Monique est déjà marquée par la perte. « Avant Ywen et Ethan, j’ai déjà perdu deux bébés », confie-t-elle. Une fausse couche, d’abord. Une douleur silencieuse, intime, que l’on porte seule. Puis un autre drame : un bébé né prématurément à 24 semaines, hospitalisé en soins intensifs. « Il s’est battu. Il a vraiment essayé. Mais il est parti », soupire-t-elle.
Ces épreuves auraient pu la briser. Elles l’ont rendue plus vigilante, plus consciente de la fragilité de la vie. « J’ai appris que rien n’est jamais acquis », souligne-t-elle.
Marie-Monique a grandi trop vite. À 13 ans, elle commence déjà à travailler. Ses parents se séparent. L’adolescence est rude. « Je n’ai pas eu une jeunesse facile. J’ai dû apprendre très tôt à me débrouiller seule », relate-t-elle. Cette maturité précoce forge son caractère. « Ça m’a rendue forte. Même quand la vie me frappe, je me relève », concède-t-elle. Aujourd’hui, elle a fait un choix clair : être présente pour ses enfants. « J’ai arrêté de travailler. Je voulais être une maman à 100 % », explique-t-elle.
Dans son récit, la foi revient sans cesse. Non pas comme une réponse, mais comme un appui. « Sans la foi, je n’aurais pas survécu », affirme-t-elle. Mais, elle ne cache pas ses questionnements. « J’ai demandé à Dieu pourquoi. Je lui demande encore. Mais je sais que sans Lui, je serais tombée », croit-elle.
Son mari, Avishen, 35 ans, chef boulanger, est son pilier silencieux. Ils se sont rencontrés au travail et mariés le 15 septembre 2022. « Il commence à travailler à 4 heures du matin et rentre vers 8 heures. Il se bat pour sa famille », dit-elle.
Dans le drame, il est resté là, solide et présent. « Sans lui, je ne sais pas comment j’aurais tenu », soutient-elle.
Le 31 décembre, vers 18 h 30, la maison est animée. On se prépare à passer le réveillon en famille. « Je voulais quelque chose de simple. Un moment normal », raconte la jeune mère. Elle installe les jumeaux sur le lit. « J’ai collé deux lits. J’ai mis une couette au milieu, des oreillers autour. Je pensais vraiment bien faire », indique-t-elle.
Elle s’absente quelques minutes pour aller à la cuisine. Puis tout bascule. « J’ai entendu un bruit sec. Un bruit que je n’oublierai jamais », relate Marie-Monique. Elle accourt. « Ywen était tombé. Il pleurait. Je l’ai pris dans mes bras. Et puis, d’un coup, son corps est devenu mou », ajoute-t-elle.
La panique envahit la pièce. Sa belle-mère tente de le ranimer. « Moi, je priais. Je demandais à Dieu de me le laisser », confie-t-elle.
Ils foncent à l’hôpital de Candos. « Je ne sentais plus mes jambes. Je répétais son prénom sans arrêt », indique-t-elle. Les médecins prennent le relais. Une opération est pratiquée. « On m’a dit que l’opération avait réussi. Ces mots m’ont donné de l’espoir », relate la maman.
Les heures passent. Les explications deviennent floues, techniques. Elle se souvient de chaque détail : « J’étais une maman en état de choc. L’opération a commencé vers 20 h 30 et s’est terminée à 21 h 26. Je n’oublierai jamais ces heures ». On lui annonce que son fils est maintenu artificiellement en vie. « On m’a dit que le 2 janvier, on enlèverait les machines », lâche-t-elle.
Un nouvel examen est demandé. « J’ai demandé une ambulance. On m’a dit non », soutient-elle. Avec son mari, elle prend la voiture : « J’avais l’impression qu’on nous laissait seuls avec notre détresse. » Après les examens, ils repartent.
« Cinq minutes après notre départ, le téléphone a sonné », ajoute-t-elle. À l’autre bout du fil, une voix annonce l’impensable. « On m’a dit que mon enfant avait fait un arrêt cardiaque », sanglote la mère. Elle s’effondre. « À ce moment-là, je suis morte avec lui », explique-t-elle.
Elle retourne à l’hôpital. « J’ai récupéré le corps de mon bébé. Aucun parent ne devrait vivre ça », affirme-t-elle. Elle le serre contre elle : « Il était froid. Mais c’était encore mon fils. »
L’autopsie évoque une hémorragie. « Mais comment ? On m’avait dit que l’opération était réussie », s’interroge la maman. Marie-Monique ne prétend pas tout comprendre : « Je suis une maman, pas une médecin. Mais j’ai le droit de poser des questions. » Elle se rend à la police de Vacoas pour déposer une déposition : « Je dénonce ce que je considère comme une négligence. »
À la maison, le silence est lourd. « Ethan cherche son frère. Il ne dort plus comme avant », dit Marie-Monique. Les jumeaux dormaient collés : « Maintenant, il se réveille en pleurant. »
Siana, la grande sœur, pose des questions. « Comment expliquer l’absence à une enfant de deux ans ? », demande la maman.
Marie-Monique ne cherche ni vengeance ni haine : « Je veux la vérité. Pour Ywen. Pour que cela n’arrive plus. » Elle envisage des démarches légales. « C’est ma responsabilité de mère », fait-elle ressortir.
Le passage du 31 décembre au 1er janvier restera gravé à jamais pour Marie-Monique et sa famille : « Pendant que le monde célébrait, moi je perdais mon enfant. »
Aujourd’hui, elle survit. « Je me lève pour mes enfants vivants. Mais mon cœur est brisé », partage-t-elle.
Ewen Skandaya Ragavaloo avait 11 mois. Il laisse derrière lui une mère à jamais marquée, un frère jumeau qui le cherche encore, et une sœur qui grandira avec son souvenir.
« Tu es parti trop tôt, mon bébé. Mais tu vivras toujours en moi », affirme la maman.
Le ministère de la Santé explique que lorsqu’un cas de négligence est signalé, un audit est immédiatement enclenché. Les équipes techniques sont alors chargées de rassembler l’ensemble des documents nécessaires à l’élaboration d’un rapport. Sur la base de ce rapport, une enquête préliminaire est menée afin de déterminer s’il y a eu négligence ou non.