À Ville-Noire, Mahébourg, la vie de Maria Bauluck s’est resserrée autour d’une économie de la survie. Pour cette retraitée âgée de 67 ans, chaque repas est devenu un calcul. « Avec toutes les dépenses à gérer, je ne peux plus viser que l’essentiel. » D’autant que la liste des produits devenus inaccessibles pour elle ne cesse de s’allonger.
Ce qui était hier ordinaire est devenu, pour Maria, une exception hors de portée. Aujourd’hui, sa stratégie est de réduire ses achats face à l’envolée des prix. Le passage en caisse est devenu un moment de tension au supermarché. Avec la valse des prix sur les étiquettes en rayons, il n’est pas rare qu’elle doive reposer un article devant le montant total. Revoir ses choix, c’est son nouveau rituel lorsqu’elle fait ses courses.
Si Maria n’a plus d’enfants à sa charge, sa générosité se déporte sur sa petite-fille. Lorsque celle-ci lui rend visite, la priorité de Maria change de visage. « Je préfère qu’elle mange bien même si je dois me priver. L’essentiel est qu’elle puisse savourer ce qu’elle aime. »
Je préfère que ma petite-fille mange bien même si je dois me priver»
Pour sa propre survie, Maria gère ses provisions avec une rigueur militaire, calculant chaque portion pour s’assurer que ses réserves tiendront jusqu’au dernier jour du mois. Elle ne mange pas à sa faim, elle mange pour durer.
Parmi les sacrifices, il en est un qui symbolise toute la dureté de l’époque : sa marque de lait habituelle. C’était son petit luxe, celui qui donnait de la rondeur à son thé quotidien. Aujourd’hui, elle ne peut plus se le permettre. Ce qui lui manque le plus sur sa table, ce ne sont pas des festins mais simplement cette tasse de thé partagée avec elle-même, sans le goût amer du renoncement.
Le week-end n’offre plus de répit. C’est le même combat que le lundi, avec une angoisse qui grimpe à mesure que la fin du mois approche. Son astuce ? Elle raye, elle élimine, elle retire de sa liste de courses tout ce qui devient trop lourd pour son porte-monnaie.
La fatigue est là, physique et mentale. Gérer seule les factures d’eau, d’électricité, de téléphone, les médicaments et la nourriture est un poids qui s’alourdit chaque matin. Maria s’inquiète aussi pour les siens car elle voit sa propre fille manquer d’énergie face à un travail épuisant et aux responsabilités de maman. Dans ce contexte, la fatigue n’est plus seulement la sienne, elle est familiale.





