Manisha Dookhony, économiste : «Vers une hausse de l’inflation et un ralentissement de la croissance»
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Dans quelle mesure la hausse des prix du carburant peut-elle alimenter l’inflation ?
La hausse du carburant, du gaz et du pain entraînera un effet en cascade sur l’ensemble de l’économie. Le diesel, utilisé par les camions de livraison, les chantiers et le transport de marchandises, joue un rôle central. Lorsqu’il augmente, les entreprises paient davantage pour leur carburant, ce qui accroît leurs coûts de production et de livraison. Ces hausses sont ensuite répercutées sur les produits transportés et les prix des produits dans les grandes surfaces.
De même, les consommateurs sont également directement touchés par la hausse de l’essence. Même si certaines catégories de salariés bénéficient d’allocations de carburant, celles-ci ne compensent pas entièrement la hausse des dépenses.
On observe déjà une pression sur les ménages avec le prix du pain qui a augmenté. Pour un ménage consommant environ dix pains par jour, le budget mensuel atteint environ Rs 1 170. Rapporté à un salaire minimum, cela représente près de 6 % de son revenu. À cette situation s’ajoutent d’autres hausses comme le gaz et le transport, ce qui alimente l’inflation et réduit le revenu disponible des ménages.
Dans les commerces, on observe déjà une baisse de la consommation. Les gens deviennent plus prudents ou n’ont plus les moyens de dépenser comme avant.
Qui dit augmentation de l’inflation dit ralentissement de la croissance. Doit-on s’attendre à ce scénario ?
Un ralentissement de la croissance est un scénario possible. Selon le Fonds monétaire international, la croissance mondiale va connaître un fléchissement cette année. L’économie mauricienne, fortement liée à l’international, ne sera pas épargnée. De plus, la consommation, qui représente près de 60 % du PIB du pays, diminue. Ce qui affectera directement la croissance économique.
Ces dernières semaines, des associations de consommateurs ont multiplié les appels pour une suppression des taxes sur l’essence et le diesel, afin de soulager les ménages, d’autant plus que certains pays ont déjà adopté cette mesure. Faut-il aller dans cette direction ?
C’est une bonne idée, mais elle doit être analysée avec prudence. La baisse ou la suppression des taxes sur les carburants permettrait effectivement de réduire les prix à la pompe. Cependant, la consommation est en train de diminuer, ce qui pourrait impacter la collecte des taxes et, par conséquent, les recettes de l’État.
D’autre part, on sait que les gouvernements hésitent généralement à revoir la fiscalité avant la présentation du Budget national. De plus, l’exécutif cherchera à maintenir un niveau de recettes suffisant pour financer les dépenses publiques. D’autant plus que les Rs 10 milliards attendues dans le cadre des Chagos ne seront pas disponibles pour soutenir le budget et le remboursement de la dette. Or, pour réduire le niveau d’endettement, il est nécessaire de mobiliser des ressources afin de rembourser une partie de cette dette.