Mise à jour: 10 janvier 2026 à 22:04

Mamta Nandaram Rughoonundun : «Mon père, qui est pandit, avait prédit la naissance de mes triplés»

Par Ajagen Koomalen Rungen 
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Mamta Nandaram Rughoonundun
La famille est d'un grand soutien aux parents. Les trois bébés se lèvent et dorment en même temps.

Son père, pandit respecté de Belle-Mare, avait prédit qu’elle aurait des enfants. Mamta Nandram Rughoonundun a attendu, espéré et cru, jusqu’au jour où la promesse s’est enfin réalisée en trois battements de cœur : Sonaya, Sorav et Sohansh. 

Il y a des phrases qui s’impriment dans l’âme comme une promesse silencieuse. Des mots qui ne font pas de bruit au moment où ils sont prononcés, mais qui résonnent pendant des années, parfois toute une vie. Pour Mamta Nandram Rughoonundun, cette phrase venait de son père.

«  Mon père qui est pandit avait prédit la naissance de mes triplés. Li ti dir mwa : après sept ans mariage, to pou gagne zanfan. Et pou ena enn grand surprise… »

À l’époque, Mamta avait souri. Pas par doute. Mais parce qu’elle ne mesurait pas encore le poids de ces mots. Aujourd’hui, lorsqu’elle regarde Sonaya, Sorav et Sohansh, endormis côte à côte, elle comprend que certaines vérités se murmurent longtemps avant de se révéler.

Foi et écoute

À Belle-Mare, le père de Mamta n’est pas un inconnu. Pandit respecté, homme de prière, de rituels et de traditions, il est surtout reconnu pour sa sagesse et sa bienveillance. On vient le voir pour une cérémonie, un conseil, un moment de doute. Certains viennent avec une demande précise, d’autres simplement pour parler.

« Mo papa finn toujours dire : la religion pas fer peur. La foi, li rassure », explique Mamta.

En plus des prières, il possède une connaissance approfondie de l’astrologie, héritée et affinée au fil des années. Non pas pour prédire à la légère, mais pour guider avec responsabilité.

Avec son épouse, il tient le Pandit Kailash Pooja Shop, un commerce devenu au fil du temps un véritable repère spirituel dans le village. « Monn grandi entourée de mantras, de bougies, de parfums d’encens », raconte Mamta. « Pour moi, c’était normal. C’était la vie. »

C’est dans cet environnement que Mamta apprend très tôt une chose essentielle : tout ne se contrôle pas. « Mo papa ti dire : ce qui doit arriver, arrive. To patience, c’est to la force. »

Mariage arrangé

Quand vient le temps de penser au mariage, ce sont les grands-parents qui jouent leur rôle. Ils observent. Ils écoutent. Ils proposent.

Santosh Nandaram entre alors dans la vie de Mamta. Un homme discret, posé, travailleur. À l’époque, il habite à Petit-Raffray et évolue dans le secteur hôtelier.

« Mo pas ti tomb amoureuse au premier regard », admet Mamta sans détour. « Mais mo ti ressenti enn grand respect. » Les discussions sont simples. Les attentes claires. Aucun rêve irréaliste. « Nou ti krwar dans construction. Pa dan illusion. »

Les deux acceptent ce mariage arrangé, mais choisi consciemment. « Mo krwar c’est la différence », insiste-t-elle. Ils se marient le 18 novembre 2018.

« Sa zour la, mo ti sereinement heureuse », raconte-t-elle. « Mo pas ti stresse. Mo ti confiante. »

Une maison

Après le mariage, Santosh quitte Petit-Raffray. Le couple construit sa maison à Belle-Mare, non loin des parents de Mamta. « Santosh jamais dire non », dit-elle. « Li finn konpran l’importance la famille pour moi. » 

Mamta, elle, gère une boutique touristique. Elle aime accueillir, expliquer, partager. Elle est dynamique, organisée, toujours en mouvement. « Monn touzour kontan travay », dit-elle. « Mo krwar travay donn lekilib. »

La vie s’installe doucement. Les projets prennent forme. Et très vite, un désir s’impose. Le désir d’avoir un enfant… « Première année mariage, nou ti krwar bébé pou vini naturellement », raconte Mamta.

Mais les mois passent. Puis les années. « Au début, mo pas ti inquiète » La deuxième année apporte son lot de questions intérieures. La troisième, de doutes. « Kan dimounn commence pose question, to commence krwar peut-être ena problème. »

Les regards, parfois innocents, parfois maladroits, deviennent pesants. « Zot pa ankor ena zanfan ? Sa phrase-la, li fatiguant. » Mamta et Santosh prennent alors une décision courageuse : consulter.

Parcours médical

Commence une longue période de traitements, de consultations, d’attentes. « Chaque rendez-vous était comme un examen », confie Mamta. Les résultats ne sont pas toujours ceux espérés. « Mo sourire devant dimounn, mais mo pleuré dans mo la chambre. » Santosh reste un pilier. « Li jamais accuse moi. Jamais », insiste-t-elle. « Li dire : Nou ansam. Peu importe. »

Cette phrase devient un refuge. Dans les moments de découragement, Mamta pense à son père. « Mo papa jamais finn sanz so version. » Toujours la même phrase. « Sept ans. » « Mo krwar li quand mo pas krwar moi-même », avoue-t-elle. Sa mère aussi est là, discrète, constante. « Mo maman finn soutenir moi sans faire de bruit. Par so présence. »

L’annonce

Puis vient cette journée inoubliable. « Quand docteur dire moi mo enceinte, mo leker finn batt fort. » Mais ce n’est que le début. « Quand li dire : triplés… monn sirpri. » La peur surgit aussitôt.

« Mo ti panique. Mo krwar: est-ce mo pou capable ? » Puis une pensée traverse son esprit, limpide. « Mo papa ti dir grand surprise… »

Le 5 octobre 2025, Mamta donne naissance à trois bébés. 

• Sonaya, la seule fille, douce et expressive.

• Sorav, curieux, attentif.

• Sohansh, calme, observateur.

« Quand monn trouv zot, monn pleure sans arrêt », raconte-t-elle. Le moment est intense. Spirituel. « Mo papa ti la. Linn pleure. C’était fort. »

Un foyer

Depuis ce jour, la maison de Belle-Mare n’est plus la même. « Tout tourne autour de zot », sourit Mamta. Les nuits sont courtes. Les journées rythmées par les biberons. « Zot leve ansam. Zot demann dile ansam. Zot dormi ansam. » Mais Mamta n’est jamais seule.

Le soir, chacun a son rôle. « Chaque adulte prend un bébé. » Santosh, malgré son travail exigeant à l’hôtel Veranda à Palmar, est présent. « Li fatigué, mais li toujours là. » La sœur de Mamta, 18 ans, aide avec amour. « Li krwar c’est so prop zanfan. » 

Mamta le dit avec simplicité : « Mo finn toujours croire mo papa ». Aujourd’hui, elle comprend pourquoi l’attente a été si longue. « Si mo fine gagne enn bébé plus tôt, peut-être mo pas ti prêt. »

Sept ans pour devenir femme, pour devenir épouse, pour devenir mère : trois fois.

Mamta ne parle pas de miracle avec arrogance. Elle parle avec gratitude. « Mo krwar dans destin, mais surtout dans patience. » Elle sait que son histoire résonnera chez d’autres femmes. « Mo envie dire zot : pas abandonner. » Quand elle regarde ses enfants dormir, elle murmure souvent une prière. « Merci. »

Astres

À Belle-Mare, sous un toit bâti avec amour, trois berceaux racontent aujourd’hui ce que les astres avaient déjà écrit.
Une histoire de foi, de famille au sein de laquelle l’attente n’a pas été vaine. « Quand bonheur vini… li vini parfois en silence. Chez moi, li fine vini en triple », dit Mamta.

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