Mise à jour January 3, 2026, 10:22 am

« Maman, bonne année, je t'aime » : 40 heures après le drame en Suisse, une mère en quête de son fils

Par Defimedia.info
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3.1.26 Arthur Brodard
Laetitia Brodard a diffusé largement le portrait de son garçon né en février 2009. Crédit : Laetitia Brodard

« Chaque lueur d'espoir, je vais la prendre. Chaque lueur d'espoir, je vais la vérifier », confiait vendredi la maman d'un adolescent suisse toujours porté disparu depuis l'embrasement du bar de la station alpine de Crans-Montana où il célébrait le Nouvel An.

Le dernier message que Laetitia Brodard, une Suissesse vivant près de Lausanne (ouest), a reçu de son fils disait à 00H03: « Maman, bonne année, je t'aime. » A 00H06, « je lui ai répondu : ‘je t'aime mon grand’. » « A 01H28 du matin, j'ai trouvé une vidéo éphémère qu'il a envoyée à ses copains, où ils avaient toute la tablée ensemble à faire la fête. »

A 01H30 la police a reçu le premier appel téléphonique signalant un feu. « Donc est-ce que c'est la tablée de mon fils qui a brûlé? Je ne sais pas. (...) Ca fait 40 heures. 40 heures que nos enfants sont disparus. Donc maintenant, nous devons savoir », martèle cette mère face à des journalistes devant le mémorial improvisé à quelques mètres du bar Le Constellation qui a brûlé dans la nuit de la Saint Sylvestre.

L'incendie a fait 40 morts et plus d'une centaine de blessés, essentiellement des jeunes, selon le dernier bilan vendredi soir.

« Si nos garçons sont décédés, OK, mais on ne doit pas nous donner des nouvelles dans trois, quatre jours. Imaginez que mon Arthur est actuellement dans un hôpital, seul ou en soins intensifs, parce qu'il n'a pas été recensé, qu'il est intubé et dans le coma. Comment on va savoir que c'est Arthur Brodard? »

Elle a diffusé largement le portrait de son garçon né en février 2009, visage juvénile et mèche brune sur le front.

Un des amis de son fils attablé avec lui a réussi à sortir du Constellation. « Il est brûlé à 45% de son corps, il est en soins intensifs à Zurich », dit-elle, et dans l'incapacité pour l'heure de raconter ce qui s'est passé.

Les autorités helvétiques répètent que le travail d'identification sera long.

« On a donné l'ADN. (...) On nous a demandé de donner (la description) des habits, mais comme on a pu voir dans les dernières vidéos, il n'y a pas d'habits (sur les corps brûlés, ndlr). Donc il n'y a que l'ADN, et on sait que l'ADN prend du temps, ça c'est OK aussi. Mais il y a d'autres moyens: une photo d'un orteil, on recenserait les photos des membres des vivants, on pourrait savoir lequel c'est », implore Mme Brodard.

« Je veux être à ses côtés »

Vendredi matin, « nous avons eu un rendez-vous à 10H00 au point parents », une cellule d'urgence établie par les autorités « qui nous ont très peu donné d'informations (...), et ils sont très vigilants avec les informations qu'ils donnent aux parents pour ne pas nous donner de faux espoir, ce qui est normal. Il faisait état de quatre humains non identifiés, mais vivants. A la conférence de presse de 15H00, le nombre a changé, on est à six », raconte-t-elle pour souligner son désarroi.

Elle s'active donc pour trouver par elle-même d'autres informations, et dit se "serrer les coudes" avec d'autres parents de disparus.

Grâce aux réseaux sociaux « j'ai eu des informations comme quoi il y aurait des civils de Crans-Montana (...) qui ont été les premiers à intervenir, qui ont sorti nos jeunes ».

Elle s'accroche à la moindre piste.

« Je suis partie aux CHUV » (Centre hospitalier universitaire vaudois) de Lausanne parce que quelqu'un lui a dit avoir vu son fils dans une chambre aux soins intensifs.

Fausse piste.

« Le papa d'Arthur a été à Berne (la capitale suisse à 100 km de Lausanne, ndlr), hier soir, jusqu'à 02H00 du matin, pour aller vérifier le pouce. On nous a montré un orteil d'un pied. J'ai reçu la photo de l'orteil d'un pied. On m'a demandé, est-ce que c'est votre fils? »

« Je ne reproche rien aux autorités. Ils font ce qu'ils peuvent au vu de cette situation tragique. (...) Mais par contre, nous devons maintenant savoir où sont nos enfants », implore-t-elle.

« On a perdu la chair de notre chair. Donc maintenant, nous devons trouver nos enfants. Et si on doit le trouver par nous-mêmes, et bien on se déplacera dans tous les hôpitaux où on nous annonce que peut-être il y a un de nos enfants. »

« On m'a parlé de Bruxelles, Stuttgart, Milan, on m'a parlé de Fribourg, de Lyon, de Liège. Ce sont des hôpitaux dont on n'avait pas parlé avant », énumère-t-elle.

« Mais ne nous laissez pas autant de temps comme ça, ne pas savoir et ne pas être avec notre enfant. S'il est a la morgue, je veux être à ses côtés. S'il est aux soins intensifs, (...) c'est ma place d'être à son côté. Ce n'est pas ma place d'être ici », tonne-t-elle.

AFP

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