Mise à jour: 17 janvier 2026 à 09:51

Malgré l’insécurité grandissante - Khushal Lobine persiste : «Maurice est le pays le plus sûr de la région»

Par Kinsley David
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Khushal Lobine

Alors que les violences, la criminalité liée à la drogue et les féminicides alimentent un sentiment d’insécurité croissant à Maurice, l’émission Au cœur de l’info du vendredi 16 janvier a posé la question : Maurice est-il toujours un pays sûr ? 

Face aux inquiétudes de la population et aux travel advisory notices internationales, deux lectures se sont croisées.

L’avocat parlementaire et leader des Nouveaux démocrates, Kushal Lobine, soutient que le law and order n’est pas en dégradation et que Maurice demeure un des pays les plus sûrs au monde. Le commissaire adjoint de la police Rajkumar Seebah, patron du Central Criminal Investigation Department, reconnaît, pour sa part, l’augmentation de certaines formes de criminalité. Mais il défend une approche stratégique, technologique et communautaire pour restaurer durablement la confiance.

Pour Kushal Lobine, il est essentiel de ne pas confondre law and order et insécurité ressentie. Selon lui, il n’y a pas de dégradation structurelle du law and order à Maurice. Il met en garde contre les amalgames entre crimes passionnels, souvent commis dans le cercle familial ou proche, et une supposée insécurité généralisée.

Violence

Il reconnaît toutefois que la hausse de la violence, notamment envers les femmes, est préoccupante et nécessite une analyse approfondie des causes sociales. Il évoque l’évolution des mœurs, les conflits familiaux, la pression économique et surtout la consommation de drogues.

Il insiste également sur le rôle des réseaux sociaux dans la dramatisation des faits divers. « L’émotion et la viralité ne doivent pas remplacer l’analyse. Maurice reste, selon les classements internationaux comme le Global Peace Index, l’un des pays les plus sûrs au monde et le plus sûr d’Afrique. Les flux d’investissements étrangers et les demandes de résidence montrent que l’île conserve son attractivité et son image de pays stable », souligne-t-il. 

Sur la question de la confiance envers la police, Kushal Lobine admet que des critiques existent, mais il demande de ne pas généraliser. Il indique que les policiers travaillent dans des conditions difficiles, avec un manque d’équipements et une pression constante. Il plaide pour une réforme structurelle : amélioration des conditions de travail, prise en compte de la santé mentale des policiers, retour de certaines allocations et révision des décisions ayant fragilisé la force policière.

Rajkumar Seebah fait observer que l’idée que la confiance n’est jamais acquise définitivement. Il affirme que la police doit continuellement faire preuve d’intégrité, de transparence et de sa capacité à se remettre en question. Il rappelle que la police et la population sont indissociables et que la sécurité repose sur une collaboration active avec les citoyens.

Drogue

Les deux intervenants s’accordent sur un point : la drogue est au cœur de la criminalité actuelle.

Kushal Lobine estime que le combat contre la drogue doit passer par un renforcement du community policing. Il appelle les citoyens à dénoncer les trafics et insiste sur la nécessité d’équiper les policiers, notamment avec des body cams, et de renforcer la field intelligence pour anticiper les risques. Il reconnaît que la loi a été modifiée pour permettre une collaboration avec des enquêteurs étrangers, face à des réseaux de plus en plus technologiques et sophistiqués.

Le commissaire adjoint Seebah ajoute, quant à lui, que la police n’a pas perdu la bataille contre la drogue, malgré les tensions observées lors de certaines opérations. Il rappelle que les provocations lors des descentes policières proviennent souvent de fauteurs de troubles liés au trafic et que la politique de zéro tolérance sera appliquée.

La nouvelle stratégie 2026–2028 prévoit un renforcement des contrôles aux points d’entrée du pays (aéroport, port, côtes), une lutte accrue contre le blanchiment d’argent, l’accélération du traitement des dossiers et la saisie systématique des biens liés au trafic. Sur la question de la violence domestique et des féminicides, les deux intervenants reconnaissent l’urgence d’une réponse plus efficace. Kushal Lobine plaide pour une prise en charge holistique, intégrant technologie, crime mapping et une meilleure protection. Il insiste sur l’importance de l’éducation civique, du rôle des parents et de la transmission des valeurs.

Le commissaire adjoint reconnaît que les forces de l’ordre doivent encore progresser dans la prise en charge des personnes touchées par la violence basée sur le genre. Il appelle à davantage de formation pour les policiers, mais aussi à une meilleure information des personnes sur leurs droits et sur les mécanismes de dénonciation. La collaboration avec les communautés et les travailleurs sociaux est, selon lui, essentielle pour prévenir plutôt que de subir.

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