Maladies non-transmissibles : une réforme ambitieuse face à des obstacles structurels

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 22 février 2026 à 16:30
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Selon le Dr Keyboobalen Pauvaday, les propositions de l’IAC pourraient repositionner Maurice comme un modèle régional en matière de santé publique.

Alors que les maladies cardiovasculaires, le diabète et les affections rénales continuent de peser lourdement sur le système de santé, Maurice s’apprête à engager une réforme d’ampleur. Portée par des experts médicaux et validée au plus haut niveau de l’État, cette stratégie entend changer durablement l’approche des maladies non transmissibles, non sans soulever d’importants défis de mise en œuvre.

Les recommandations de l’International Advisory Committee, validées par le Conseil des ministres, tracent une transformation profonde de la lutte contre les maladies non transmissibles. Prévention, transparence et innovation sont au cœur du projet, mais sa mise en œuvre s’annonce complexe.

Face à l’augmentation constante des maladies cardiovasculaires, du diabète et des maladies rénales à Maurice, l’International Advisory Committee (IAC) a formulé, en octobre 2025, une série de recommandations stratégiques. Ces propositions, avalisées par le Conseil des ministres, visent à transformer en profondeur la prévention et la prise en charge des maladies non transmissibles (MNT).

« La feuille de route repose sur un principe central : passer d’un système essentiellement curatif à une approche préventive, coordonnée et fondée sur des données scientifiques solides », explique le Dr Keyboobalen Pauvaday, membre de l’IAC. Parmi les priorités figurent le renforcement de la gouvernance sanitaire, la modernisation des politiques de prévention, la création d’un Centre national d’excellence pour le diabète et les maladies cardio-rénales, ainsi que la mise en place d’un fonds de recherche dédié aux essais cliniques et à l’innovation médicale.

L’IAC préconise aussi une coordination interministérielle accrue afin d’agir sur les déterminants sociaux de la santé, notamment l’alimentation, l’activité physique et la promotion d’un mode de vie sain dès l’école. Selon le Dr Pauvaday, un accent particulier est mis sur la prévention et la rémission du diabète. « L’inversion du prédiabète à travers des programmes structurés et multidisciplinaires constitue un axe majeur » dit-il.

Inspirées de modèles internationaux comme le programme DiRECT du NHS, ces initiatives visent à réduire la progression vers le diabète de type 2 et à améliorer la qualité de vie des patients nouvellement diagnostiqués, souligne-t-il. La création de centres régionaux du diabète est également proposée afin d’assurer une prise en charge homogène sur l’ensemble du territoire et de renforcer les capacités des laboratoires et des services de dépistage.

Réseau national

La transparence et la qualité des soins occupent aussi une place centrale. L’IAC recommande la mise en place d’un « Mauritius Scorecard » prévoyant la publication régulière des résultats des procédures invasives cardiaques et rénales. Elle propose en outre le déploiement d’un réseau national STEMI et AVC avec un accès 24 heures sur 24 à l’intervention coronarienne percutanée primaire (PCI) et à la thrombolyse, ainsi que le développement de services spécialisés, dont la neuroradiologie interventionnelle et la transplantation rénale.

Si ces recommandations sont jugées pertinentes, leur mise en œuvre soulève plusieurs défis. La création de nouvelles structures, le recrutement de professionnels hautement qualifiés et la modernisation des infrastructures numériques exigent des investissements conséquents, dans un contexte budgétaire contraint.

La pénurie de spécialistes – néphrologues, cardiologues interventionnels, podiatres, diététiciens, infirmiers spécialisés ou chirurgiens vasculaires – constitue un obstacle majeur, dans un pays confronté à la migration des talents et à une capacité limitée de formation locale.

À cela s’ajoutent les enjeux de coordination interministérielle, les risques de résistances institutionnelles face aux nouvelles exigences de qualité, ainsi que la complexité de l’intégration des systèmes de santé numériques à l’échelle nationale.

Malgré ces contraintes, les recommandations de l’IAC dessinent les contours d’une modernisation ambitieuse de la stratégie nationale contre les MNT. « Si ces conditions sont réunies, Maurice pourrait s’imposer comme un leader régional dans la prévention et la prise en charge intégrée des maladies cardiovasculaires, du diabète et des maladies rénales, contribuant ainsi à réduire durablement la charge des maladies non transmissibles dans la population » affirme-t-il. Pour lui leur succès dépendra d’une mise en œuvre progressive, appuyée par des ressources adéquates et une volonté politique soutenue.

À noter que c’est un comité avait déjà mis en place par le Premier ministre pendant son ancien mandat. Le Dr Pauvaday y a été membre en tant que Directeur Général des services de santé. Le comité qui a été réinstauré après plus de dix ans, « est primordial », selon le Dr Pauvaday, Senior Adviser in Medical and Health Matters.

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