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Maisons contenant de l’amiante à grand-port : panique et colère après un ordre d’évacuation «raté»

Par Sharone Samy
Publié le: 14 June 2026 à 11:59
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shakeel rajni
Selon le ministre Shakeel Mohamed, l’émission des notices d’évacuation était prématurée. Pour Rajni Lallah, aucune évacuation ne devrait être envisagée sans garanties claires de relogement.
  • Shakeel Mohamed recadre les autorités locales

L’avis d‘évacuation, suspendu en catastrophe, a plongé soixante familles de Grand-Port dans l’angoisse. Entre couac gouvernemental et danger sanitaire, récit d’un dossier hautement inflammable.

L’annonce de l’émission d’avis d’évacuation visant une soixantaine de familles vivant dans des maisons contenant de l’amiante dans le district de Grand-Port a provoqué une onde de choc parmi les habitants concernés. Si la mesure a été suspendue, l’épisode a laissé un goût amer à de nombreuses familles qui ont eu le sentiment d’être placées devant un choix impossible : quitter leur logement sans solution de relogement clairement définie ou continuer à vivre dans des habitations dont les risques pour la santé font l’objet de préoccupations depuis plusieurs années.

Pour le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, qui préside le comité interministériel chargé d’examiner la question des anciennes maisons CHA/EDC, la démarche entreprise par les autorités apparaît non seulement prématurée, mais également en contradiction avec le travail en cours. Selon lui, les avis d’évacuation émis aux habitants découleraient d’instructions basées sur un rapport du ministère de l’Environnement datant de novembre 2025.

« Le Conseil de district a agi sur la base de ces instructions. Toutefois, il aurait dû faire preuve de discernement et tenir compte des travaux actuellement menés par le comité interministériel sur les maisons en amiante ex-CHA/EDC. Il est regrettable que des mesures aussi importantes aient été prises sur la base d’un ancien relevé, alors même qu’un nouveau rapport de Statistics Mauritius vient d’être reçu et doit être examiné par le comité », affirme Shakeel Mohamed.

Climat d’incertitude

Au-delà de la polémique suscitée par ces avis, c’est surtout la méthode employée qui semble avoir été mal perçue par les habitants concernés. Depuis plusieurs mois, les familles vivant dans ces logements suivent avec attention les travaux du comité interministériel mis en place afin d’étudier leur situation et d’élaborer un plan d’action. L’émission soudaine d’avis d’évacuation a ainsi créé un climat d’incertitude et d’inquiétude, certains habitants craignant de devoir quitter leur domicile sans savoir où ils seraient relogés.

Le ministre du Logement et des Terres rappelle d’ailleurs qu’à ce stade, aucune décision définitive n’a encore été prise concernant l’avenir des habitations concernées. Lors de son intervention à l’Assemblée nationale le 12 mai dernier, Shakeel Mohamed avait indiqué que « the Ministry of Local Government will expedite legal notices on abandoned units ». Une déclaration qui, selon lui, a pu être interprétée de manière erronée. « Cette référence concernait exclusivement les logements abandonnés et inoccupés, et non les maisons actuellement occupées par des familles », précise-t-il.

Pour le ministre Mohamed, l’émission des avis d’évacuation apparaît d’autant plus problématique que les consultations engagées par le gouvernement sont toujours en cours. « Dans ce contexte, l’émission d’avis d’évacuation apparaît non seulement précipitée, mais également contraire à l’esprit des consultations actuellement menées par le gouvernement », soutient-il.

Le dossier des maisons en amiante est particulièrement complexe. D’un côté, les autorités doivent prendre en considération les risques sanitaires potentiels associés à la présence de ce matériau. De l’autre, elles doivent également tenir compte de la réalité sociale et économique des familles qui occupent ces logements depuis parfois plusieurs décennies. Conscient de cette réalité, le comité interministériel poursuit actuellement ses travaux afin d’obtenir une image aussi précise que possible de la situation, avant de soumettre ses recommandations au gouvernement.

Analyses spécialisées au Royaume-Uni

Parmi les développements récents figure la réception d’un nouveau rapport de Statistics Mauritius qui doit être examiné par les membres du comité. Ce document est appelé à jouer un rôle important dans l’évaluation de l’ampleur du problème et dans la définition des solutions qui pourraient être envisagées. Parallèlement, des prélèvements ont été effectués dans 11 maisons contenant de l’amiante par le Mauritius Standards Bureau. Les échantillons ont été envoyés au Royaume-Uni pour des analyses spécialisées, dont les résultats sont attendus au cours de la semaine prochaine.

Ces données scientifiques devraient permettre aux autorités de mieux évaluer l’état réel des structures concernées et d’orienter les décisions futures sur des bases techniques solides. Le volet financier constitue également un élément central de la réflexion en cours. Toute opération de relogement ou de remplacement des habitations concernées implique des coûts importants qui nécessitent une planification minutieuse.

Dans cette optique, de nouvelles consultations doivent avoir lieu avec le ministère des Finances avant la finalisation des recommandations du comité. Les discussions porteront notamment sur les implications budgétaires, les modalités de mise en œuvre, ainsi que les différentes options envisageables pour les familles concernées.

Shakeel Mohamed tient également à clarifier le rôle exact du comité interministériel dans ce dossier. Il souligne que cette instance n’est ni mandatée ni habilitée à suspendre un éventuel processus d’évacuation et qu’elle n’est pas chargée de mettre en œuvre les décisions qui pourraient être prises ultérieurement. Il affirme, par ailleurs, ne pas avoir été informé de l’émission d’un quelconque ordre d’évacuation avant que l’affaire ne fasse polémique. « Mon rôle consiste à présider le comité interministériel chargé d’examiner la situation des anciennes maisons CHA/EDC et de formuler des recommandations au gouvernement », rappelle-t-il.

Si la suspension des avis d’évacuation a permis d’apaiser temporairement les tensions, elle ne règle pas pour autant les nombreuses questions qui demeurent en suspens. Les habitants attendent désormais des réponses concrètes sur leur avenir. Ils veulent savoir si leurs maisons présentent réellement un danger, quelles solutions seront proposées et selon quel calendrier elles seront mises en œuvre. Pour beaucoup, l’incertitude est devenue presque aussi difficile à supporter que le problème lui-même.

Rajni Lallah : « Pas d’évacuation sans solution de relogement »

L’annonce de l’émission de notices d’évacuation à une soixantaine de familles vivant dans des maisons contenant de l’amiante a également suscité l’incompréhension de Rajni Lallah, membre de Lalit. Engagée depuis de nombreuses années auprès des habitants de Cluny et de plusieurs localités de Grand-Port concernées par cette problématique, elle estime qu’une telle démarche ne peut être envisagée sans qu’une solution concrète de relogement soit préalablement proposée aux familles.

Selon elle, la réception des avis d’évacuation a provoqué un véritable sentiment de panique parmi les résidents concernés, déjà confrontés depuis plusieurs années à l’incertitude entourant l’avenir de leurs habitations.

« Cette notice d’évacuation a été un moment de panique pour les habitants. Ils sont une soixantaine à avoir reçu leur lettre, mais nous ne comprenons pas comment cela a pu se faire, alors qu’il n’y a pas de plan de relogement dans l’immédiat », déplore-t-elle.

Si l’exercice a finalement été suspendu après des consultations avec les différentes parties concernées, Rajni Lallah estime que cet épisode démontre l’importance d’une meilleure coordination entre les autorités et les habitants directement touchés par le dossier.

Pour elle, toute décision concernant les maisons en amiante doit impérativement tenir compte de la réalité des familles qui y vivent et des conséquences sociales qu’un déplacement forcé pourrait entraîner. « Même si l’exercice a été annulé après concertation, nous espérons que le ministre du Logement et des Terres prenne cette situation très au sérieux », souligne-t-elle.

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