Mise à jour: 10 janvier 2026 à 14:30

Mahend Gungapersad : «Aucun changement n’est fait à la légère»

Par Annick Daniella Rivet
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Mahend Gungapersad

À la veille de la rentrée 2026, le ministre de l’Éducation, le Dr Mahend Gungapersad, promet une école plus inclusive et tournée vers l’avenir. Entre téléphones portables, intelligence artificielle et curriculum repensé, il aborde sans détour les sujets sensibles. Pour lui, la rentrée 2026 doit incarner une nouvelle ère éducative, fondée sur l’équité et l’innovation.

La rentrée scolaire 2026 se fera ce lundi. En tant que ministre de l’Éducation, comment sera-t-elle différente des précédentes ?
Déjà, nous commençons cette nouvelle année scolaire sans qu’il y ait de tensions entre le ministère de l’Éducation et nos partenaires. Cela n’a pas été le cas durant les dernières années. C’est déjà un changement et nous sommes à leur écoute. D’ailleurs, en regardant le calendrier scolaire, vous avez dû le constater : il est le même pour le primaire et le secondaire. Nous avons fait le maximum pour qu’il n’y ait pas de disparité. De plus, nous avons fait de notre mieux pour qu’il n’y ait pas les mêmes problèmes que l’année dernière au sujet de la distribution des livres scolaires.

Depuis votre élection comme ministre de l’Éducation en novembre 2024, vous avez annoncé une réforme dans le secteur. Pouvez-vous nous expliquer les grandes lignes que vous souhaitez mettre en place à long terme ?
Nous avons commencé à jeter les bases pour la réforme du secteur. Il y a eu des mesures urgentes que nous avons prises. Je peux vous donner quelques exemples : l’abolition de l’Extended Programme, qui a été remplacé par le Foundation Programme in Literacy, Numeracy and Skills (FPLNS). Les derniers résultats du National Education Certificate le démontrent. Sur 1 460 élèves issus de l’Extended Programme, seuls 78 ont un certificat. Il y a eu l’introduction du critère des trois crédits pour le School Certificate (SC) ; et, sans oublier, l’autorisation d’enseigner sans le Postgraduate Certificate in Education (PGCE), en attendant que l’enseignant termine ce cours spécifique. En somme, je veux un système éducatif qui ne laisse aucun enfant au bord de la route. Nous ne voulons rien faire pour les pénaliser ni leur faire du mal. De plus, nous ne voulons pas que les enfants apprennent uniquement à lire et à écrire, mais aussi à devenir des adultes responsables.

Notre objectif est également de produire des hommes et des femmes qui pourront servir le pays face aux défis mondiaux.

Quelles sont celles qui entreront en vigueur en 2026 ?
Nous espérons rendre public le Blueprint. Ce ne sera pas mon Blueprint, mais celui de tout le monde. C’est pour cette raison que nous prenons notre temps. Il y a certaines personnes qui ne croient pas au dialogue, et ce sont ces mêmes personnes qui critiquent. Nous ne voulons rien imposer. Il est faux de croire que ce document ne concerne que la mixité, les collèges nationaux et le passage du primaire au secondaire. Le Blueprint contient plus d’une centaine de points évoquant les problèmes d’indiscipline, le ratio professeur-élève, le curriculum, le bien-être des enfants et les examens, notamment. Ce document touche le préprimaire, le primaire, le secondaire et la formation technique et professionnelle. J’aurais aimé vous donner quelques propositions, mais je respecte mes collègues du cabinet.

Quelles mesures sont prévues pour améliorer les infrastructures et l’accueil des élèves dans les établissements primaires et secondaires ?
La rentrée est prévue pour le mardi 13 janvier. Les enseignants se sont rendus dans leur établissement respectif le vendredi 9 janvier pour une journée préparatoire. Il y a eu des réunions pour le personnel enseignant, des rencontres entre les chefs de section et les enseignants et les salles de classe ont été visitées pour voir si elles sont en bon état. Cette nouvelle approche vise à permettre un meilleur accueil des enfants. S’il y a des mesures urgentes à prendre, nous ferons le nécessaire. Concernant les mesures à moyen et long terme, il y a un audit qui est en cours.

Est-ce que la réforme va impacter la formation continue et l’accompagnement des enseignants ?
Aucunement. Nous sommes à l’écoute des syndicats. Le Mauritius Institute of Education (MIE) a un calendrier bien établi et, avec des changements à sa tête, je suis persuadé qu’il y a un nouveau dynamisme. Depuis l’arrivée de ce gouvernement, le ministère de l’Éducation a organisé des formations sur le harcèlement scolaire et l’intelligence artificielle. Nous abordons la formation continue dans le Blueprint, car il est nécessaire d’évoluer.

Quelle place occupent les outils numériques et l’innovation pédagogique, ainsi que l’intelligence artificielle, dans cette rentrée 2026 ?
Je vous l’ai dit plus tôt. Nous avons tenu des formations pour initier nos recteurs et enseignants à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Qu’on le veuille ou non, l’intelligence artificielle fera partie de notre quotidien bientôt. Nous devons préparer nos enfants pour qu’ils l’utilisent à bon escient. Je travaille étroitement avec mon ami et collègue, le ministre des Technologies informatiques, Avinash Ramtohul, sur l’IA. Nous travaillons également avec le ministère de l’Égalité des genres, dirigé par Arianne Navarre-Marie. Le ministère de l’Éducation a également signé un protocole d’accord avec Mauritius Telecom pour la mise en œuvre du projet pilote de plateforme éducative mytGPT, visant à accompagner les élèves, les enseignants et les parents dans le système éducatif.

Qu’en est-il de l’utilisation des téléphones portables à l’école ?
Vous allez sans doute me dire que l’utilisation des téléphones portables pendant les heures de classe n’est toujours pas interdite, malgré mon annonce.

Justement ?
J’aurais aimé introduire cette mesure le plus tôt possible, mais il y a des aspects légaux. Un portable est une propriété privée. Le ministère de l’Éducation est en contact avec le bureau de l’Attorney General pour voir dans quelle mesure on peut interdire son utilisation à l’école. Cependant, je précise que je ne suis pas contre le fait qu’un portable ou un ordinateur portable soit utilisé comme outil pédagogique. Savez-vous à quel point c’est dérangeant quand un élève perturbe toute une salle de classe avec son téléphone ? Il faut savoir qu’il y a même des parents qui m’encouragent à aller de l’avant avec cette mesure.

Quels sont les projets pour moderniser le curriculum afin de mieux préparer les élèves aux métiers d’avenir ?
Nous proposons déjà de nouvelles matières dans le Blueprint, telles que l’agriculture et les sciences marines. Je vous ai également parlé de préparer nos enfants à maîtriser de manière éthique l’intelligence artificielle. De plus, le ministère de l’Éducation et des ressources humaines ainsi que le Mauritius Institute of Training and Development (MITD) travaillent déjà avec l’Australie grâce au soutien de la Haute-Commission australienne pour la formation technique. Nous avons reçu des formateurs qui étaient à Maurice tout récemment. Lors de ma mission à l’île de La Réunion dernièrement, notre délégation a eu des séances de travail avec nos voisins, toujours sur la formation technique. Nous avons reçu des demandes pour préparer nos jeunes à la maintenance des voitures hybrides. C’est un métier d’avenir. Nous devons également travailler sur la création du National Curriculum Advisory Board, qui nous conseillera pour le développement du curriculum, du préprimaire au secondaire.

De plus, une nouvelle stratégie en matière de Technical and Vocational Education and Training (TVET) sera élaborée afin de renforcer l’adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail. Cette stratégie vise à corriger les déséquilibres entre les compétences acquises et celles recherchées par les employeurs, tout en intégrant davantage le TVET dans le système éducatif traditionnel. Elle mettra l’accent sur des programmes de formation alignés sur les exigences réelles des secteurs économiques et industriels. L’objectif est de valoriser les parcours techniques et professionnels, d’améliorer l’employabilité des apprenants et de répondre plus efficacement aux besoins de développement du pays.

Y aura-t-il des changements dans les programmes ou les méthodes d’évaluation des élèves en 2026 ?
Aucun changement n’est fait à la légère. D’où les consultations qui ont débuté en décembre dernier ; cet exercice prendra fin dans quelques semaines. Nous avons déjà évoqué la promotion automatique au « lower primary ». Nous étudions actuellement la meilleure méthode pour passer du primaire au secondaire. En tout cas, nous voulons que tout soit fait pour le bien-être des enfants et que ce soit aux normes requises.

Souvent, les acteurs de l’éducation évoquent la santé mentale des enseignants et des élèves. Comment le ministère compte-t-il intégrer cela dans cette réforme ?
Je le répète sans cesse depuis que je suis arrivé à la tête de ce ministère, et mon expérience comme recteur me permet de le dire : la santé mentale des enseignants est très importante. Les enseignants ont déjà leurs soucis personnels et familiaux. Quand ils arrivent à l’école, ils font face, quelquefois, à un environnement toxique en raison de certains collègues ou à cause de quelques élèves. Malgré leurs propres problèmes, ils doivent également assumer leur rôle d’éducateur, de conseiller et être à l’écoute des enfants qui ont des difficultés. Il ne faut pas attendre une réforme pour organiser des activités pour le bien-être des enseignants. Le ministère de l’Éducation avait récemment invité les recteurs à une demi-journée de formation animée par un expert indien. Je salue également l’initiative de la Government Services Employees Association, qui avait aussi organisé une journée d’activités pour le bien-être des psychologues scolaires et des travailleurs sociaux scolaires. Le budget présenté par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, alloue une importante somme d’argent pour la santé mentale des élèves, ainsi que pour soutenir le Social and Emotional Well-being Programme. Nous avons revu le « Connected Programme » et le « Rebound Programme ». Le harcèlement scolaire est l’une de nos préoccupations. D’où la formation de plus de 10 000 personnes, comprenant des éducateurs, des parents et des élèves.

Quelles initiatives sont mises en place pour soutenir les élèves en difficulté ou en situation de handicap ?
Il faut le dire haut et fort : il y a eu un certain laisser-aller dans ce secteur ces dernières années. L’éducation et l’épanouissement des enfants à besoins spéciaux tiennent une place particulière dans mon cœur. Cependant, il y a eu trop de laisser-aller. Ce secteur manque de personnel qualifié, comme des assistant teachers et des carers. La Special Education Needs Authority (SENA) n’a pas assez d’experts, tels que des psychologues et des orthophonistes. Le budget prévoit de venir en aide aux enfants à besoins spéciaux. Il y a également des enfants qui ont des difficultés scolaires. C’est la raison pour laquelle nous proposons de revoir le ratio enseignant-élève dans le Blueprint. C’est aussi la raison pour laquelle nous proposons d’abolir la promotion automatique au « lower primary ». C’est une demande faite par des enseignants. Nous travaillons également avec la communauté pour les écoles de la Zone d’Éducation Prioritaire (ZEP). Prochainement, je compte rencontrer des organisations non gouvernementales pour voir comment nous pourrons travailler main dans la main pour soutenir certaines écoles.
 

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