Politique

À Mahébourg : l'histoire d'un Bangladais vivant dans une boîte

L'endroit où s'abrite Rahman la nuit.

Originaire de Noakhali, un district sis au sud-ouest du Bangladesh, Rahman est âgé de 31 ans. Gardien, il travaille pour la compagnie qui a été contractée par l’État pour la construction de drains dans le Sud. Et depuis trois semaines, c’est dans une caisse en bois que le jeune homme dort à la tombée de la nuit. « Comment un être humain peut-il vivre dans une boîte ? » C'est ce que certains habitants de la localité, qui lui offrent à manger et qui ont signalé ce cas particulier au Défi Plus, se demandent.

Le mercredi 13 octobre, nous nous sommes rendus sur place histoire de voir de visu les conditions dans lesquelles vit actuellement Rahman. Dans cette rue déserte, un homme est vêtu d’un short et d’un t-shirt. Il a une casquette vissée sur la tête. En sortant d’une maison, tout en nous lançant un regard inquiétant, il transmet de loin son angoisse de notre présence sur les lieux. Puis, il continue sa route. Tandis que nous nous approchons de la fameuse boîte noire, joliment habillée en une maison avec les moyens du bord. Devant cet habitat particulier, trône une chaise vide.

Nichée sous l’ombre d’un grand badamier, cette boîte en bois, perchée vers le haut des drains récemment aménagés, attise depuis trois semaines la curiosité des usagers de cette partie du Sud. Face à un rideau tiré, une savate trainant à l’entrée et des bougies qui ont été sans doute consumées pendant la nuit, nous frappons sur la caisse pour savoir s’il y a quelqu’un. Mais, pas de réponse.

Après quelques minutes d’attente, nous tirons le rideau. Au fond de cette caisse, nous trouvons un matelas, des vêtements, du savon et quelques bouteilles en plastique. Parmi, d’autres babioles. Nous comprenons déjà que quelqu’un semble y vivre. Mais qui ? Et comment savoir le secret que referme cette boîte de Pandore ?

Pour obtenir une réponse, nous frappons à la porte de la voisine d’en face. Un parfum d’épices nous monte au nez. Sans l’ombre d’un doute, c’est un curry de poisson qui mijote sur le feu. Quelques secondes plus tard, une dame sort de sa maison pour nous parler à travers le portail. Elle nous indique que cette caisse appartient à un Bangladais qui travaille de l’autre côté de l’école primaire pour les travaux en cours. « Li appel Rahman », a-t-elle juste le temps de dire.  Agacé, son mari, qui l’a rejoint, affirme d’une voix hautaine : « Nous n’avons rien à dire. » 

Ces informations recueillies auprès de la voisine suffisent pour nous conduire cette fois-ci sur un chantier où le chef supervise des employés en plein travail. Au loin, nous repérons l’homme avec la casquette que nous avons vu il y a une quinzaine de minutes. Nous nous approchons du foreman qui s’enquiert de notre venue. « Contrairement à ce qui a été publié sur les réseaux sociaux et par des organes de presse, ce jeune homme ne vit pas dans une boîte. Il a sa maison. Il travaille pour le contracteur chargé de ces travaux publics. Il vit à Goodlands et est sur place de 16 heures jusqu'à 7 heures le lendemain », énonce-t-il.

Une caisse à outils pour se reposer 

« En tant que gardien, il doit veiller sur les machines et les équipements. Il devrait rester dans le JCB que vous voyez là, lorsqu’il est en poste. Il a peut-être aménagé cette caisse d’outils pour se reposer de temps en temps. Mais il n’est pas censé faire cela », dit-il. Il va sans dire que nous bombardons le foreman de questions. Le chef de chantier sourit tout en disant : « Rs 100 lui sont offertes tous les jours pour s’acheter à manger. Le matin, un transport le récupère pour le ramener chez lui. Je répète, il est un gardien qui travaille pour la compagnie. Demandez-lui ! »

Il pleuvait et Rahman était caché dans la caisse. Pendant les élections, il s’est retrouvé sans nourriture."

Au cri du foreman, Rahman avance d’un pas timide en notre direction. La barrière de langage oblige une traduction de nos questions dont il répond innocemment en hindi. « D’où sortez-vous ? Quel âge avez-vous ? Pourquoi dormez-vous dans une boîte ? Pourquoi ces bougies… » Le jeune homme indique qu’il a 31 ans. « Je viens de Noakhali. Je suis marié et père d’un enfant. Je travaille comme gardien pour cette compagnie et je suis arrivé à Maurice il y a trois ans. Cette caisse, je l’ai mise pour me reposer de temps à autre. Les bougies, je les allume le soir pour ne pas manger dans le noir. » Puis il retourne vaquer à ses occupations sur le chantier.

A-t-il vraiment à manger ?

Nous revenons sur nos pas pour prendre une nouvelle fois la direction de la caisse en bois. En cours de route, nous sommes sollicités par le gardien de l’école primaire. Ce dernier nous partage, lors d’un brin de causette, que depuis que le Bangladais travaille dans les environs, il vient souvent utiliser les toilettes de l’école. « Il se lave souvent les mains et les pieds sous le robinet », dit-il, tout en nous désignant un restaurant fermé. « Et c’est là que Rahman achète de la nourriture », renchérit-il, avant de tirer sa révérence. 

Avant de quitter les lieux, nous avons effectué un tour du voisinage. Nous avons appris, d’une habitante, que Rahman a été trempé jusqu’aux os lors des averses de la semaine dernière. « Il pleuvait beaucoup et Rahman était caché dans la caisse. Pendant les élections, il s’est retrouvé sans nourriture. Comme c’était férié et que personne ne travaillait, il s’est retrouvé sans le sou et sans rien à manger. » Sur une base humanitaire, certains voisins de la localité ont ainsi offert à boire et à manger au jeune homme. « Rs 100 pour manger par jour n’est pas évident, car une personne consomme au moins trois repas au quotidien. Il faut se demander aussi pourquoi il vit dans cette caisse ? Toute cette histoire n’est pas claire. C’est inhumain. Ce n’est pas parce qu’il est bangladais qu’on doit le traiter ainsi. Il faut que le contracteur assume ses responsabilités », martèle-t-elle.

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