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Lutte pour les chagos : quel impact sur les relations internationales de Maurice ?

Suttyhudeo Tengur estime que Maurice a plus à gagner avec l’Inde, alors qu’Ashwin Baijnath est d’avis que l’île est mieux lotie avec l’Inde et la Chine en matière d’investissements.

L’affaire Chagos a relancé le débat sur les relations qu’entretient Maurice avec d’autres pays. Alors que nos agences de promotion préparent déjà leurs prochaines missions de prospection en France et en Allemagne – deux pays qui se sont abstenus lors du vote sur les Chagos à l’ONU – un député de la majorité a, lui, fait un appel au boycott des pays qui ne nous soutiennent pas. Alors, peut-on vraiment se passer d’eux ? 

Le soleil ne se couche jamais sur l’empire britannique, dit l’adage. Mais l’histoire a voulu que ce soit le fondateur et grand patron du parti soleil qui mène la bataille internationale contre les Anglais pour récupérer les Chagos. Alors que le patriotisme veut que tout le monde se rallie derrière la cause chagossienne, il existe aussi un courant de pensée qui craint les représailles économiques qui ne sauraient tarder. Le ministre du Tourisme Anil Gayan a toutefois dit dans une récente déclaration à Radio Plus qu’il est d’avis que ce combat n’affectera aucunement nos relations internationales. 

Arrivees touristiques

     

Pays

2015

2016

2017

Royaume-Uni

129,754

141,904

149,807

Chine

89,584

79,374

72,951

Inde

72,135

82,670

86,294

chagos

Le Royaume-Uni a toujours été un partenaire privilégié dans le développement socio-économique de Maurice. Il représente non seulement une source importante de touristes mais aussi un grand marché pour nos exportations, surtout textiles. Or, selon des observateurs, deux facteurs commencent à changer la donne : le Brexit et l’émergence des pays d’Asie qui affaiblissent le champ d’action de la Grande-Bretagne.

Entre-temps, les relations qu’entretient Maurice avec l’Inde et avec la Chine ont connu une ascension fulgurante, notamment avec divers accords de coopération économique. Pour Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs, Maurice a plus à gagner avec l’Inde parce que c’est l’Asie qui dominera l’économie globale pendant les prochaines décennies. Même si la Chine est également une économie émergente, l’Inde a un taux de croissance plus élevé, elle est moins endettée et elle a une population relativement jeune. 

« Même les Anglais concèdent que l’Inde a une vibrant economy. Les industriels et institutions éducatives britanniques s’implantent en Inde. Le pays a un système économique et politique stable. Sa démocratie est vivante », explique l’ancien syndicaliste. Il rappelle que le Brexit représente le divorce du Royaume-Uni d’avec l’Europe, qui était jusqu’ici le grenier des Anglais. « L’Angleterre sera confrontée à des difficultés économiques à l’avenir, tandis que les pays du Sud-Est asiatique consolideront leurs positions. » 

L’économiste Arvind Nilmadhub a une autre lecture de la situation. « Nous ne pouvons nous passer du Royaume-Uni car il est très important pour notre tourisme et notre secteur manufacturier. Même si Maurice a tout à gagner avec l’émergence de l’Inde et de la Chine, nous devrons toujours entretenir d’excellentes relations avec tout le monde, quels que soient les enjeux diplomatiques. » 

Nous devrons toujours entretenir d’excellentes relations avec tout le monde."

accords bilatéraux 

Prithviraj Fowdur, ancien haut fonctionnaire, dit qu’il a eu l’occasion de travailler sur différents accords bilatéraux avec les pays européens durant sa carrière. « En ma qualité d’économiste ayant évolué dans ce giron, je pense que le Royaume-Uni revêtait autrefois une importance capitale pour le développement économique de Maurice. Mais au fil des années, des pays comme la Chine et l’Inde sont devenus de grands partenaires économiques de notre petite île. Cela a quelque peu dilué l’importance des pays européens. » 

Il suggère que Maurice explore davantage l’Asie du Sud-Est en y plaçant davantage d’ambassadeurs et de consuls honoraires dans les grandes villes afin de mieux faire connaître ses atouts. « Le  monde de demain se trouve dans l’océan Indien. Notre politique étrangère doit se concentrer davantage à l’Est. » 

Ashwin Baijnath, un professionnel du secteur ICT/BPO,  trouve lui que Maurice est mieux loti avec l’Inde et la Chine concernant les investissements. Cependant, on ne peut négliger l’Europe et le Royaume-Uni au niveau des exportations, du tourisme et du secteur ICT/BPO.

exportations

Dev Chamroo

Dev Chamroo : « Le combat ne remet pas en cause les relations économiques »

Dev Chamroo a eu une longue carrière au sein de nos agences de promotion et d’investissement, tels que MEDIA, le Board of Investment, Entreprise Mauritius. Il reste convaincu que l’Europe et le Royaume-Uni sont toujours très importants pour notre économie, surtout par rapport à nos exportations. Il estime que la bataille diplomatique et juridique autour des Chagos ne remet nullement en cause les relations commerciales et économiques de Maurice avec d’autres pays. « Maurice est un petit pays qui s’est développé sur la base d’accords économiques. On ne peut faire d’amalgame entre l’aspect économique et l’aspect politique. Ce sont deux choses très distinctes », explique Dev Chamroo. Il pense que nous ne sommes pas encore arrivés au stade des conflits économiques. « Les intérêts économiques de Maurice ne sont pas menacés, même si à l’avenir les négociations avec le Royaume-Uni risquent d’être plus compliquées. Avec le Brexit, l’Angleterre peut prendre des décisions qui sont en conflit avec les lois européennes. » Il indique que le Premier ministre britannique fait sa tournée en Afrique pour signer plusieurs accords dans le but de trouver un équilibre face au Brexit. Elle a visité l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Kenya, le Nigeria, mais Chagos oblige, une visite à Maurice n’était pas à l’agenda.


Rajiv Servansingh

Rajiv Servansingh : « C’est l’Asie qui nous mènera à l’Afrique »

Rajiv Servansingh, observateur économique, ancien directeur régional du Board of Investment, pense qu’avec la mondialisation, le centre de gravité économique globale bouge rapidement vers l’Asie. Dans cette optique, Maurice a tout intérêt à consolider ses relations avec les différents pays émergents du Sud-Est asiatique. « Nos importations de la Chine et de l’Inde sont nettement supérieures à celles du Royaume-Uni. Par contre, nous exportons pour des milliards vers le Royaume-Uni, pays dont dépend grandement notre textile. Au niveau du tourisme aussi, le Royaume-Uni devance les pays d’Asie. » Rajiv Servansingh pense que c’est vers l’Asie que Maurice devra se tourner pour réaliser les grandes ambitions qu’elle a en Afrique.