Lutte contre la drogue - Rampersad Sooroojebally : «C’est un combat complexe, mais constant»

Par Nasif Joomratty, Kendy Antoine
Publié le: 28 février 2026 à 16:30

Dans cet entretien accordé au Défi Plus, le Commissaire de police, Rampersad Sooroojebally, reconnaît la complexité du trafic de drogue, mais fait part de sa volonté de le combattre. Il évoque aussi la corruption au sein de la force policière. L’heure, dit-il, est à la tolérance zéro.

En tant que Commissaire de police et ancien responsable de l’ADSU, quel constat faites-vous de la situation actuelle du trafic et de la circulation des drogues à Maurice ? Comment analysez-vous l’évolution de ce fléau au cours des dernières années ?
Lors de ma dernière conférence de presse, cette question m’a été posée. Je maintiens que les modes de fonctionnement des trafiquants ont évolué. Par ailleurs, la nature des substances en circulation change également, surtout en ce qui concerne les drogues synthétiques. Toutefois, il convient de souligner que les services de police ont également renforcé leurs capacités d’analyse, de renseignement et d’intervention afin de répondre à ces nouvelles réalités.

Les réseaux de trafiquants semblent souvent avoir une longueur d’avance, notamment sur le plan technologique (traceurs, méthodes de dissimulation, communication). Quels sont les principaux obstacles rencontrés par la police pour les identifier et les interpeller ?
Les réseaux criminels font preuve d’une grande capacité d’innovation, notamment sur le plan technologique et logistique.

Cependant, la police adapte continuellement ses méthodes d’investigation afin de maintenir une capacité d’anticipation.

L’ADSU et les autres unités policières souffrent-elles aujourd’hui d’un manque de moyens, d’équipements, de personnel ou de technologies face aux barons de la drogue ?
Des efforts continus sont entrepris pour moderniser les équipements, former davantage le personnel et intégrer de nouvelles technologies. La question n’est pas uniquement celle des moyens, mais aussi celle de leur utilisation stratégique et coordonnée. Depuis ma prise de fonction, nous misons sur une coordination optimale. Les récentes arrestations de l’ADSU démontrent cette approche.

Le port et l’aéroport demeurent les principaux points d’entrée des drogues à Maurice. Comment l’ADSU renforce-t-elle ses actions et sa stratégie à ces niveaux sensibles ?
Les points d’entrée constituent une priorité stratégique. Nous renforçons les contrôles et la coordination avec les autres services sur place.

Quel rôle joue la coopération internationale dans la lutte contre les réseaux de drogue opérant à Maurice, notamment avec les pays d’origine ou de transit ?
La coopération internationale est indispensable face à un trafic transnational. La police mauricienne collabore étroitement avec des partenaires régionaux et internationaux à travers l’échange de renseignements et diverses formes de partenariat. Cette dimension internationale renforce d’ailleurs l’efficacité des actions locales.

Ces derniers temps, on observe une recrudescence des drogues de synthèse à travers le pays, avec des conséquences dramatiques, notamment le phénomène dit des « zombies ». Peut-on dire que la bataille contre les drogues de synthèse est en train d’être perdue ?
La recrudescence des drogues de synthèse est une réalité préoccupante. Ces substances présentent des effets particulièrement destructeurs. Cependant, au niveau de la police, nous demeurons déterminés dans notre lutte. C’est un combat complexe mais constant.

Les opérations menées dans les quartiers dits « chauds » exposent fréquemment les policiers à des actes de violence.

Comment la force policière se prépare-t-elle à ces situations et quelles mesures sont prises pour mieux protéger les hommes et les femmes sur le terrain ?
Les interventions dans des zones sensibles demandent une préparation rigoureuse. Avant chaque opération, il y a des briefings opérationnels détaillés avec des consignes claires en matière de sécurité. Des unités de soutien sont également souvent engagées. La sécurité des hommes et des femmes en uniforme demeure une priorité absolue.

La lutte contre la drogue ne repose pas uniquement sur la répression. Quel message adressez-vous aux familles, aux jeunes et à la société civile dans ce combat national ?
La lutte contre la drogue est un combat national. La vigilance des familles, l’encadrement des jeunes et l’engagement de la société civile sont essentiels. La prévention commence au sein du foyer et dans les établissements scolaires. La police reste un partenaire engagé, mais elle ne peut agir seule.

Dans quelle mesure la corruption constitue-t-elle un obstacle dans la lutte contre le trafic de drogue, et quelles mesures internes sont mises en place au sein de la police pour y faire face ?
La corruption constitue un risque pour toute institution confrontée à des enjeux financiers importants. La police mauricienne applique une politique de tolérance zéro. Des mécanismes internes de contrôle, d’enquête et de discipline sont en place afin de préserver l’intégrité de l’institution. Bien évidemment, la crédibilité de la lutte contre la drogue repose sur l’exemplarité et la transparence.

Quelle est votre réaction ?
0
Publicité
À LA UNE
defiplus