Lutte antidrogue : la NADC appelée à jouer les chefs d’orchestre
Par
Fernando Thomas
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Fernando Thomas
Suivant les annonces du Budget 2026-27 sur la lutte antidrogue, les attentes sont nombreuses quant à une meilleure synergie. Experts et acteurs de terrain convergent vers une même idée : la NADC doit devenir le pivot de cette mobilisation nationale.
La guerre contre la drogue ne pourra être gagnée sans une mobilisation collective, structurée et durable. Les annonces du Budget 2026-2027 concernant la lutte antidrogue ont relancé le débat sur l’efficacité des mécanismes actuels de prévention, de traitement et de répression. Si les mesures dévoilées par le gouvernement sont accueillies favorablement par plusieurs acteurs engagés sur le terrain, elles s’accompagnent aussi d’un appel pressant à une meilleure coordination entre toutes les institutions concernées.
Car au-delà du satisfecit, c’est bien la question de l’articulation entre acteurs qui s’impose. Pour Jamie Cartick, de l’ONG Collectif Urgence Toxida (CUT), la coordination des institutions est essentielle pour s’attaquer efficacement à toutes les problématiques liées à la drogue, à commencer par une collaboration renforcée entre le ministère de la Santé et la National Agency for Drug Control (NADC). Une coopération d’autant plus cruciale que la problématique dépasse largement le cadre sanitaire pour toucher aux dimensions sociales, familiales, sécuritaires et économiques.
Un diagnostic que partage Danny Philippe, chargé de plaidoyer au sein de l’ONG Développement-Rassemblement-Information-Prévention (DRIP). Il voit dans la NADC le chef d’orchestre naturel de cette coordination, avec pour mission de réunir toutes les institutions sous un même toit afin de favoriser une collaboration permanente et structurée.
Mais la lutte antidrogue ne saurait se limiter à un jeu d’acteurs publics. Le Dr Siddick Maudarbocus, addictologue, insiste sur un aspect souvent négligé : l’implication du secteur privé. « On ne peut pas travailler uniquement avec le public. Il faut amener le privé à bord », affirme-t-il, citant en exemple le ministère du Tourisme, qui devrait entraîner le secteur hôtelier dans cette dynamique de prévention et de sensibilisation. Un enjeu d’autant plus sensible que Maurice cherche à consolider son image de destination attractive, notamment à travers l’écotourisme, une ambition qui impose, selon lui, un renforcement de la sécurité intérieure. « Le fléau de la drogue n’est plus tabou de nos jours », rappelle-t-il, plaidant pour un « grand chantier » à mettre en place de toute urgence.
Le directeur de Les Mariannes Wellness Centre met également en avant un autre levier, celui de la formation : chaque professionnel évoluant au sein des institutions concernées devrait comprendre les effets destructeurs de la drogue sur le corps humain, une connaissance qui permettrait d’identifier plus rapidement les employés ou personnes vulnérables touchés par l’addiction, afin de les orienter vers une aide appropriée. « Il faut avoir tout cela en tête afin d’aider ceux qui sont dans le besoin », souligne-t-il.
À défaut, prévient-il, le pays risque de continuer à pratiquer la « politique de l’autruche », avec des conséquences lourdes : hausse des accidents, multiplication des dégâts sociaux et recrudescence de la violence, au point, avertit-il, de compromettre le statut de Maurice comme « safe area » pour les étrangers.
La drogue constitue un problème complexe et multidimensionnel auquel aucun acteur, qu’il soit public, privé ou associatif, ne peut prétendre répondre seul, insiste Danny Philippe : « Nous sommes condamnés à travailler ensemble face à la situation qui prévaut dans le pays. » Un constat qui résume l’enjeu central du débat : passer d’une approche fragmentée, faite de mesures ponctuelles et de bonnes volontés dispersées, à une stratégie nationale réellement intégrée et permanente, seule réponse à la hauteur d’un fléau qui ne connaît, lui, aucune cloison institutionnelle.
La National Agency for Drug Control (NADC) sera l’un des principaux piliers de la stratégie gouvernementale de lutte contre la drogue annoncée dans le Budget 2026-2027. Une enveloppe supplémentaire de Rs 80 millions lui est allouée afin de renforcer ses capacités d’action.
L’agence sera notamment chargée de déployer une vaste campagne nationale de sensibilisation sur les dangers de la consommation et du trafic de stupéfiants, tout en informant la population sur les sanctions encourues et les services de traitement disponibles.
Parmi les nouveautés figure la mise en place d’un « Early Warning System » reliant hôpitaux, laboratoires et services répressifs, afin de détecter rapidement l’apparition de nouvelles drogues synthétiques et d’alerter la population. La NADC jouera également un rôle accru dans la collecte et l’analyse de données pour permettre au gouvernement d’anticiper les nouvelles tendances du marché des stupéfiants.
Le gouvernement entend aussi faire de l’agence un acteur central de la coordination entre les forces de l’ordre, les ministères, les organismes publics et les ONG engagés dans la lutte antidrogue.
Sur le volet humain, la NADC pilotera, avec le ministère de la Santé, un programme national de prévention, de traitement, de réhabilitation et de réinsertion sociale. Une hotline nationale accessible 24h/24 et 7j/7 sera également mise en place pour accompagner les usagers et leurs proches.
Face à la montée des drogues synthétiques, le gouvernement entend renforcer à la fois son arsenal technologique et juridique. Le Budget 2026-2027 prévoit ainsi une enveloppe de Rs 85 millions destinée à l’acquisition d’équipements d’analyse de pointe pour le Forensic Science Laboratory. L’objectif est d’améliorer l’identification des substances saisies, alors que les nouvelles drogues de synthèse se caractérisent par des compositions chimiques en constante évolution, compliquant leur détection par les autorités.
Sur le plan législatif, l’exécutif annonce également une révision de la loi afin de criminaliser un éventail plus large de drogues synthétiques. Cette réforme vise à combler les lacunes du cadre juridique actuel et à permettre aux autorités d’agir plus rapidement face à l’apparition de nouvelles substances psychoactives.
Cette orientation suscite toutefois des inquiétudes parmi certains acteurs de la réduction des risques. Jamie Cartick se dit particulièrement préoccupée par le durcissement annoncé. Selon elle, une réponse essentiellement répressive risque d’aggraver les problèmes qu’elle prétend résoudre. « Nous le répétons tellement, les politiques de drogues plus répressives poussent les gens à se cacher », souligne-t-elle.
À ses yeux, la criminalisation accrue favorise des usages plus clandestins et donc plus dangereux, tout en renforçant la marginalisation des consommateurs. Elle craint également une hausse des incarcérations, susceptible d’enfermer davantage les personnes dépendantes dans un cycle d’exclusion dont il devient ensuite difficile de s’extraire.