L’UE prépare un nouveau partenariat de pêche avec Maurice

Par Patrick Hilbert
Publié le: 15 mars 2026 à 11:00

L’enjeu de cet accord est de maintenir l’accès des flottes européennes aux eaux mauriciennes et de préserver une filière qui emploie des milliers de personnes à Maurice.

Bruxelles ne veut pas se retrouver dans la même situation qu’avec les Seychelles. Depuis le 23 février 2026, l’accord de pêche durable entre l’Union européenne (UE) et l’archipel voisin a expiré sans qu’un nouveau texte ait été conclu ; les négociations sont toujours en cours. Pour éviter ce scénario à Maurice, la Commission européenne a adopté, ces derniers jours, une recommandation formelle au Conseil de l’UE, libellée sans ambiguïté : « La Commission recommande de négocier avec Maurice un nouvel accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable et son protocole de mise en œuvre. » L’objectif est de conclure ce nouvel instrument avant que le protocole en vigueur n’expire, le 20 décembre 2026.

L’accord, conclu initialement en 2013 et renouvelé par protocoles successifs, autorise jusqu’à 40 senneurs-thoniers et 45 palangriers de surface battant pavillon de quatre États membres – la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne – à opérer dans les eaux mauriciennes. Les espèces ciblées sont principalement les thonidés et autres espèces hautement migratrices, à l’exception des espèces protégées. Le protocole fixe un tonnage de référence de 5 500 tonnes, seuil à partir duquel la contribution financière européenne est calculée.

En contrepartie de cet accès, l’UE verse à Maurice une contribution financière annuelle de 275 000 euros (environ Rs 14,1 millions au taux de change du jour) correspondant au droit d’accès aux eaux mauriciennes. À cela s’ajoutent 450 000 euros supplémentaires (environ Rs 24 millions), alloués au soutien sectoriel de la politique nationale de la pêche. 

Au-delà de la contribution financière directe, l’accord revêt une importance stratégique pour l’économie mauricienne. Les captures des senneurs-thoniers européens alimentent les usines de transformation locales, dont Princes Tuna, qui exportent vers l’UE et le Royaume-Uni et emploient des milliers de personnes. C’est le rôle de Maurice comme hub régional de transformation du thon dans l’océan Indien qui est en jeu. Un positionnement qu’une interruption des activités de pêche viendrait directement fragiliser.

C’est précisément ce risque d’interruption que Bruxelles entend conjurer. Le précédent seychellois est dans tous les esprits : l’accord avec l’archipel sans qu’un successeur n’ait été finalisé, laissant la situation dans un vide juridique préjudiciable aux deux parties. En lançant les négociations avec Maurice plusieurs mois à l’avance, la Commission européenne entend éviter de reproduire ce scénario.

Une fois la recommandation approuvée par le Conseil, les négociations seront conduites en concertation avec le groupe de travail de l’UE sur la politique des pêches extérieures. Aucune date de début n’est fixée dans le document officiel, mais l’échéance du 20 décembre 2026 laisse peu de marge.

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thon
Maurice et l’Union européenne s’apprêtent à renégocier leur accord de pêche.
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