Louise Tai Kie : «La Fête du Printemps resserre les liens de la famille»
Par
Marjoreland Pothiah
Par
Marjoreland Pothiah
À 76 ans, Louise Tai Kie incarne la mémoire vivante de la Fête du Printemps au sein de la communauté chinoise. Entre traditions ancestrales et retrouvailles familiales, elle raconte une célébration où l’essentiel reste la reconnexion des cœurs.
Louise Tai Kie, 76 ans, compte les jours avant de plonger dans l’effervescence du Nouvel An chinois. Maman de quatre enfants et grand-mère de deux petits-enfants, elle vit cette période comme le moment le plus important de l’année. « Pour moi, la Fête du Printemps, c’est la plus grande fête du calendrier lunaire chinois », confie-t-elle, rappelant que cette célébration est aujourd’hui reconnue au niveau international par l’Unesco.
Mais au-delà de son importance culturelle, la Fête du Printemps revêt pour elle une dimension profondément personnelle. Deux de ses enfants vivent à l’étranger, en Australie et en Nouvelle-Zélande, mais pour la Fête du Printemps, ils retournent à Maurice. « C’est un temps de réunion et de réconciliation pour la famille », explique-t-elle.
Chaque année, Louise Tai Kie se fait un devoir de transmettre le sens de cette fête, surtout à ses petits-enfants. « Quand ils sont à Maurice, toute la famille se retrouve sous mon toit. On passe la journée ensemble, on dîne ensemble le soir. C’est le temps de la reconnexion », fait-elle ressortir.
Rien, selon elle, ne remplace la présence physique. « On peut se téléphoner, s’envoyer des messages, mais ce n’est pas la même chose que de les avoir avec moi », insiste-t-elle. Une complicité qui la touche particulièrement lorsqu’elle voit grandir sa petite-fille. « Elle est aussi grande que moi… Un jour, elle m’a dit : “Popo, I’m a preteen now.” Je lui ai répondu : “Yes, yes, my dear.” »
Pour Louise Tai Kie, la Fête du Printemps lui rappelle avec nostalgie les traditions de son enfance. « La veille de la fête, la famille faisait des offrandes pour remercier le ciel, la terre et les ancêtres. On préparait de petits plats : du porc, du poulet, du poisson. Le dîner familial restait le moment central. C’est la réunion la plus importante dans la vie d’une famille chinoise », indique-t-elle.
Parmi les mets incontournables, le poisson entier occupe une place sacrée : « Les Chinois misent beaucoup sur la phonétique. En mandarin, ‘yú’ veut dire poisson, mais aussi abondance. Le poisson est donc le signe de l’abondance. » Après le repas, vient le rituel des « fung pao ». « À l’époque où j’étais enfant, mes parents me donnaient des ‘fung pao’. En réalité, il n’y a pas grand-chose à l’intérieur, mais ils symbolisent surtout un gage de bonheur. Plus tard, lorsque les enfants se marient, ce sont eux qui offrent à leur tour des ‘fung pao’ à leurs parents, dans un esprit de respect et de transmission », explique-t-elle.
La Fête du Printemps s’étend traditionnellement sur quinze jours, jusqu’à la fête des Lanternes. Autrefois, les préparatifs commençaient bien avant. Outre le « grand nettoyage » de la maison, il y avait la préparation des gâteaux. « C’était plus fun à mon époque. Deux ou trois semaines avant, on faisait des saucisses qu’on laissait ensuite sécher pendant une semaine. Après les saucisses, c’était au tour du gâteau cravate. Ma maman préparait la pâte et la coupait en lamelles, et nous, les enfants, nous formions les ‘cravates’ avec ces lamelles. Nous participions pleinement à la préparation des gâteaux et vivions intensément les préparatifs de la fête du Printemps », se souvient-elle. Aujourd’hui, regrette-t-elle, « c’est devenu très commercial, on achète tout ».
Autre tradition disparue : les visites familiales du Nouvel an. « On allait voir tonton, tantine, on faisait la tournée. S’il y avait des petits conflits, c’était l’occasion de se réconcilier. On ne le fait plus maintenant », dit-elle avec un brin de regret.
Pour Louise Tai Kie, malgré ces changements, l’essence demeure : « La Fête du Printemps, c’est la fête de la famille, de la réunion et de la réconciliation. » Une philosophie de vie qu’elle continue de transmettre, année après année, autour de sa table familiale.
La danse occupe aussi une place importante dans la vie de Louise Tai Kie. Elle pratique le « line dance » depuis plus de vingt ans. Plus jeune, Louise Tai Kie était même performeuse, se produisant lors de festivals et d’événements à Chinatown.
Très investie dans le social depuis 2010, Louise Tai Kie consacre une grande partie de sa vie à l’engagement communautaire. Elle est l’un des membres fondateurs de l’United Chinese Associations, une fédération créée en 2017 qui a su, en seulement huit ans, s’imposer sur le plan national. Elle est très impliquée au Centre culturel chinois et elle participe activement à l’organisation d’événements culturels. Elle siège également comme membre de la Chinese Speaking Union. « Le social me donne un ‘drive’. Je ne suis jamais fatiguée », confie-t-elle, se disant pleinement satisfaite de sa vie actuelle.
Avec la fin de l’année du Serpent le 16 février, s’ouvrira celle du Cheval le 17 février. Pour Louise Tai Kie, cette nouvelle année est porteuse d’espoir. « Le Cheval symbolise l’énergie, la vitalité, l’indépendance, mais aussi l’innovation et la réalisation des objectifs », explique-t-elle. Son vœu le plus cher reste toutefois universel : « Je souhaite la paix et l’unité dans le monde. La paix est très importante, surtout dans un monde au bord de la catastrophe. »