L’OMS déclare une urgence sanitaire internationale face à l’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda : ce qu’il faut savoir
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Defimedia.info
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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que la récente flambée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et dans l’Ouganda voisin constitue une « urgence de santé publique de portée internationale » après que le virus a fait près de 90 morts.
L’épidémie, apparue dans la province de l’Ituri, dans l’est de la RDC, implique la rare souche Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin approuvé ni traitement spécifique.
Les autorités sanitaires estiment que le risque régional est élevé, des infections ayant déjà été détectées en Ouganda et des cas liés à l’épidémie ayant atteint Kinshasa, la capitale congolaise.
L’OMS n’a toutefois pas déclaré une pandémie mondiale, estimant que les critères requis ne sont pas réunis à ce stade. L’agence des Nations unies recommande également aux pays de ne pas fermer leurs frontières ni restreindre les échanges commerciaux.
Ce que l’on sait de l’épidémie
L’épidémie a été signalée pour la première fois vendredi dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC, près des frontières avec l’Ouganda et le Soudan du Sud, selon les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC).
À samedi, 88 décès et 336 cas suspects avaient été recensés.
L’épidémie a débuté à Mongwalu, une importante région minière. Des personnes infectées ont ensuite quitté la zone et se sont rendues dans d’autres localités pour se faire soigner, favorisant ainsi la propagation du virus.
Africa CDC avertit que les déplacements de population, la faiblesse des infrastructures sanitaires et les violences perpétrées par des groupes armés en Ituri compliquent les efforts de confinement.
Le « patient zéro » serait une infirmière arrivée dans un établissement de santé de Bunia, capitale de l’Ituri, le 24 avril, présentant des symptômes similaires à ceux d’Ebola, selon le ministre congolais de la Santé, Samuel-Roger Kamba.
Parallèlement, l’Ouganda a enregistré deux cas confirmés liés à des voyageurs en provenance de la RDC, dont un décès dans la capitale, Kampala.
Qu’est-ce qu’Ebola ?
Ebola est une maladie virale grave et souvent mortelle, identifiée pour la première fois en 1976 près de la rivière Ebola, dans l’actuelle RDC.
Le virus serait transmis à l’être humain par des animaux sauvages, notamment les chauves-souris, avant de se propager entre humains.
La maladie se transmet par contact direct avec des fluides corporels contaminés comme le sang, les vomissements ou d’autres matières infectées, y compris les vêtements et la literie.
Les symptômes comprennent la fièvre, les vomissements, la diarrhée, une grande faiblesse, des douleurs musculaires et, dans les cas sévères, des hémorragies internes et externes.
La souche actuellement en circulation, Bundibugyo, a été identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007.
Selon le ministre Samuel-Roger Kamba, elle présente « un taux de létalité très élevé pouvant atteindre 50 % ».
Que signifie la déclaration de l’OMS ?
La déclaration d’« urgence de santé publique de portée internationale » correspond au deuxième plus haut niveau d’alerte de l’OMS dans le cadre des règlements sanitaires internationaux.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, estime que les pays voisins présentent un risque élevé de propagation en raison des mouvements de population, des échanges commerciaux et des déplacements transfrontaliers.
L’OMS demande aux pays voisins d’activer leurs systèmes d’urgence, de renforcer les contrôles aux frontières et d’isoler immédiatement les cas confirmés.
L’organisation recommande également un suivi quotidien des contacts et conseille aux personnes exposées d’éviter les voyages internationaux pendant 21 jours.
Toutefois, l’OMS met en garde contre les fermetures de frontières, estimant que cela pourrait encourager des passages clandestins difficiles à contrôler.
Les précédentes épidémies d’Ebola
La RDC a connu au moins 17 épidémies d’Ebola depuis la découverte du virus en 1976.
La plus meurtrière s’est déroulée entre 2018 et 2020 et a causé près de 2 300 morts. Des cas avaient également été recensés en Ouganda.
Une autre flambée survenue l’an dernier a fait au moins 34 morts avant d’être déclarée terminée en décembre.
Depuis sa découverte, Ebola a causé environ 15 000 décès, principalement en Afrique.
Un contexte sécuritaire très instable
La lutte contre le virus pourrait être compliquée par les conflits impliquant plusieurs groupes rebelles actifs dans l’est de la RDC, notamment en Ituri.
L’OMS souligne que l’insécurité persistante, la crise humanitaire, la forte mobilité des populations et la présence de nombreux centres de santé informels augmentent considérablement le risque de propagation.
La région est notamment confrontée aux attaques des Allied Democratic Forces (ADF), un groupe lié à l’organisation État islamique, ainsi qu’au mouvement rebelle du M23, soutenu selon plusieurs sources par le Rwanda.
Depuis plus de trois décennies, l’est de la RDC, riche en minerais, est ravagé par des conflits opposant de nombreux groupes armés pour le contrôle des zones minières.
Source : Al Jazeera