Loin de leurs pays d’origine - Drishtysingh et Tianyu : un amour sans frontières
Par
Waren Marie
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Waren Marie
Deux mondes, deux cultures, deux êtres que tout semblait opposer. Pourtant, une force invisible les a rapprochés jusqu’à ne former qu’un seul destin. C’est l’histoire, empreinte de romantisme, d’un Mauricien et d’une Chinoise, dont l’amour a pris racine au cœur de l’immense territoire canadien.
D’un côté, le Mauricien Drishtysingh Ramdenee, issu d’une tradition hindoue profondément ancrée dans les rituels hérités de l’Inde. De l’autre, Tianyu Shen, originaire de l’Extrême-Orient, façonnée par des coutumes différentes, fondées sur le respect de la famille et l’observance de règles strictes du vivre-ensemble.
Rien ne laissait présager que ces deux êtres, nés aux antipodes l’un de l’autre, verraient leurs chemins se croiser. Lui est originaire d’une petite île de l’océan Indien, peuplée d’environ 1,3 million d’âmes, tandis qu’elle est née en Asie de l’Est, une région vaste et densément peuplée de plus de 1,4 milliard d’habitants. Entre eux, un troisième territoire a joué un rôle décisif : le Canada, véritable carrefour de transition, d’apprentissage et de rencontres. Avec ses plus de 200 groupes ethniques, ce pays favorise l’ouverture d’esprit et forge une nation tournée vers le vivre-ensemble.
Drishtysingh a grandi à Vacoas, au sein d’une famille hindoue mauricienne soudée, où les liens dépassent le cadre du foyer pour inclure proches, voisins et générations qui se côtoient. Son enfance, chaleureuse et simple, baignée de valeurs de travail, d’honnêteté et de solidarité, continue de guider sa vie aujourd’hui.
Tianyu, de son côté, est née à Nantong, ville située dans le Sud-Est de la province du Jiangsu, sur la rive nord de l’estuaire du fleuve Yagntse, en Chine. Fille unique, elle grandit dans une famille d’éducateurs : un père professeur d’éducation physique et une mère qui enseigne la littérature chinoise. La jeune femme évolue dans un cadre éducatif structuré, ouvert et bienveillant, où l’importance de la famille et du soutien intergénérationnel est profondément ancrée, même si les émotions y sont exprimées avec retenue.
Tous deux quittent leur pays pour poursuivre des études à l’étranger. Drishtysingh arrive en premier au Canada en 2005, où il entreprend un long parcours universitaire en ingénierie. Il y obtient successivement son bachelier, sa maîtrise, puis un doctorat en génie aérodynamique. Tianyu le rejoint quelques années plus tard, après avoir complété toute sa scolarité en Chine. Animée par le désir de découvrir une autre culture et d’élargir ses horizons, elle choisit le Canada dans le cadre d’un programme de coopération entre villes jumelées, une coïncidence qui prendra plus tard une dimension presque symbolique.
Leur première rencontre se fait à l’université, sans éclat particulier. Drishtysingh est alors président de l’association des étudiants internationaux. Tianyu arrive comme nouvelle étudiante étrangère. Lors des présentations, chacun adopte un prénom occidental. Elle choisit « Barbie ». Le nom amuse, intrigue et marque les esprits. À ce moment-là, il n’est question que d’amitié entre les deux. Ils échangent, se voient de temps en temps, sans imaginer que cette relation allait progressivement se transformer.
Puis, avec le temps, l’amitié évolue. Leurs relations se construisent dans le quotidien, portées par une ouverture d’esprit commune et nourrie par la diversité culturelle qui les entoure. Le Canada joue ici un rôle essentiel. Entourés d’amis venus d’Afrique, d’Europe, du monde arabe ou d’Amérique du Nord, ils apprennent à relativiser les différences, à les comprendre plutôt qu’à les craindre.
Les contrastes culturels existent pourtant. Les langues, les habitudes, les diverses façons de vivre. Drishtysingh est méthodique, discipliné, attaché à la planification. Tianyu est plus spontanée, plus flexible. Ces différences donnent parfois lieu à des incompréhensions, mais deviennent peu à peu des sources d’équilibre. Chacun apprend à respecter le fonctionnement de l’autre, à trouver un terrain commun sans s’effacer.
La naissance de leur fils marque un tournant décisif. Plus qu’un événement familial, elle redessine leur trajectoire. Le couple se marie peu avant l’arrivée de l’enfant, porté par cette nouvelle responsabilité et par l’envie de bâtir quelque chose de stable. Ce rôle de parents accélère les décisions et donne un sens plus clair à leur avenir commun.
Après plusieurs années passées au Canada, la question du retour se pose : la Chine ou Maurice ? D’abord, sous la forme de vacances à Maurice, puis à travers l’émotion, la famille, les racines. Le départ du pays, vécu dans la tradition et les larmes, laisse une empreinte forte, notamment pour Tianyu, peu habituée à ces manifestations collectives d’attachement dans le pays natal de son époux. En Chine, l’amour familial s’exprime différemment, souvent dans la retenue et le silence.
Le choix est fait sans pile ou face : ils s’installent à Maurice. L’adaptation n’est pas immédiate. Pour Tianyu, intégrer une grande famille indo-mauricienne, comprendre les codes culturels, trouver sa place professionnelle demande du temps. « Slowly but surely », lui dira sa belle-mère. Une phrase qu’elle ne comprend pas tout de suite, mais qui résume aujourd’hui parfaitement son parcours.
Progressivement, chacun retrouve ses repères. Drishtysingh se réinsère dans la réalité mauricienne après de longues années à l’étranger. Tianyu construit sa carrière dans le secteur des télécommunications, au sein d’une entreprise chinoise implantée à Maurice. Le couple recrée un cercle social et d’amis, retisse des liens et ancre peu à peu sa vie sur l’île.
À la maison, leur fils grandit au croisement de plusieurs mondes. Le mandarin avec sa mère, le créole avec son père, le français en toile de fond, car ici on est tous francophones, sans le vouloir souvent. Le petit découvre la culture chinoise, suit la tradition hindoue, observe d’autres pratiques, libre de se forger sa propre identité. Pour Tianyu et Drishtysingh, l’essentiel est là : transmettre sans imposer, ouvrir sans contraindre. Il choisira sa voie à l’âge adulte, estime le couple.
Entre la Chine, le Canada et Maurice, leur parcours leur a appris que chaque pays et chaque culture portent une richesse et leur lot de surprises et de bienfaits. Leur histoire n’est pas celle d’un choix entre deux mondes, mais celle d’une construction patiente, fondée sur le respect, l’écoute et l’envie d’avancer ensemble. Une histoire humaine, tout simplement.