Interview

Lobin Unmole, Managing Director de la DBM : «Nous avons un programme de création de parcs industriels pour les PME»

Lobin Unmole

Pour aider les petites et moyennes entreprises (PME) à se développer, on ne doit pas se limiter à l’accès aux crédits. Lobin D. Unmole,  Managing Director de la Development Bank of Mauritius (DBM), est d’avis que des espaces pour travailler revêtent autant d’importance.

Il semble que la Banque de Développement est investie d’un rôle majeur pour la réalisation du projet pour aider les PME. Comment comptez-vous vous y prendre ?
Il faut comprendre que, pour soutenir les PME, il ne s’agit pas uniquement de mettre des fonds à leur disposition. Il faut leur permettre de travailler dans un environnement favorable à leur épanouissement et avec l’encadrement technique nécessaire. La banque dispose actuellement d’espaces industriels de l,6 million de pieds carrés. Ces espaces sont concentrés dans le Nord-Ouest du pays ainsi qu’à Plaine-Lauzun, Coromandel, Triolet et Roche-Bois, entre autres. Le taux actuel d’occupation est de 90 %.

Êtes-vous en mesure d’accommoder tout le monde?
La DBM dispose du plus grand parc industriel du pays. Il y a 150 000 pieds carrés qui viendront s’ajouter aux espaces existants. L’opération a déjà commencé à Surinam dans le Sud du pays. La banque étendra graduellement son réseau dans les quatre coins du pays à la cadence de 7% d’espaces industriels créés annuellement.

Quelles sont les conditions attachées à la location de ces espaces ?
Le secteur d’activités de l’entrepreneur sera l’élément-clé et les PME paieront une location mensuelle d’environ dix roupies le pied carré. Cela, afin de respecter les différentes normes des divers secteurs d’opération. Je suis convaincu que la formule que nous proposons est susceptible de créer une dynamique propice au développement des PME, cela en ligne avec les objectifs du gouvernement.

Parlez-nous des sites proposés aux entrepreneurs. Sont-ils dotés d’infrastructures de base nécessaires ?
Nous avons l’eau et l’électricité et nous nous lançons en plus, dès cette année, dans un vaste projet de rénovation de tous nos espaces. Un budget de Rs l00 millions est prévu à cet effet et nous ne nous n’arrêterons pas là.

Nous avons fermement l’intention de faciliter la tâche des startups et des PME en général et, pour y parvenir, nous nous sommes mis dans la peau d’un entrepreneur.»

Les PME sont confrontées au problème d’écoulement de leurs produits. Vos efforts ne risqueraient-ils pas d’en pâtir ?
Cet élément a été pris en compte. C’est la raison pour laquelle nous avons pris la décision de produire un annuaire des PME où on pourra consulter une liste complète de telles entreprises. Les achats et les ventes pourront se faire aisément entre les PME elles-mêmes au lieu d’aller chercher les produits ailleurs. Les PME représentent 40% du Produit intérieur brut. Par ce moyen, nous comptons booster le rendement des entreprises et, à terme, dépasser ce cap de 40 %.

Un problème majeur auquel doivent faire face les petites entreprises : l’écoulement de leurs produits à travers les grandes surfaces. Elles sont payées trois mois après la livraison, selon une politique largement adoptée.
Sur ce plan, j’ai un autre projet appelé le ‘factoring’. Il sera rendu opérationnel à compter de janvier 20l9. Nous sommes conscients des difficultés des entrepreneurs, d’où l’idée de créer des produits adaptés à leurs besoins. Nous informerons nos clients en temps et lieu de nos démarches dans ce sens.

S’agissant des prêts aux PME, pour bon nombre, obtenir de l’aide c’est un véritable parcours du combattant.
Le délai de traitement d’un dossier en banque dépend effectivement de plusieurs éléments, dont le projet, la structure, les études menées et la sécurité, entre autres, mais cependant je peux aussi vous confirmer qu’il y a des demandes qui sont approuvées chez nous en deux jours. Nous avons fermement l’intention de faciliter la tâche des startups et des PME en général et, pour y parvenir, nous nous sommes mis dans la peau d’un entrepreneur. Ils seront en mesure de se présenter dans trois succursales qui seront créées à Bambous, Saint-Pierre et Rose-Belle d’ici la fin de l’année où tous les services seront disponibles.

Les intéressés seront aussi en mesure, grâce aux nouvelles dispositions, de faire leur application en ligne et ce sera réalisé d’ici décembre à travers un système informatique.

Il semble que vous avez un plan pour les pêcheurs que vous avez d’ailleurs déjà rencontrés.
C’est exact. Mes collaborateurs et moi avons rencontré des pêcheurs. Ceux-ci écoulent leurs produits à bas prix à travers des intermédiaires. Notre projet est de les soustraire de l’emprise de ces intermédiaires en leur offrant un meilleur prix pour leurs prises et, du coup, le poisson frais serait disponible à travers plusieurs points de vente dans des conditions hygiéniques aux normes internationales. Et les consommateurs paieront le poisson frais moins cher que le prix pratiqué actuellement.

L’accès au crédit n’étant pas toujours facile, qu’avez-vous l’intention de faire pour aider les entrepreneurs à contourner cette difficulté ?
Je vous dirai, qu’à la DBM, un projet bien présenté ne tarde pas pour être approuvé. Nous avons des cas où les choses ont été concrétisées en deux jours. Mais nous sommes également conscients que, qui dit entrepreneur, ne veut forcément pas dire connaissance approfondie, donc, pour palier cela, nous avons déjà commencé un travail en collaboration avec SME Equity Funds et SME Mauritius afin que nous puissions accompagner, éduquer et encadrer nos clients.

Très souvent, nous constatons que les entrepreneurs ont rarement un plan B dans l’éventualité des difficultés non prévues. Et, c’est comme cela qu’ils se retrouvent souvent au pied du mur sans la possibilité de déboucher sur autre chose. Donc, à la base, nous miserons sur l’encadrement de cette clientèle afin qu’elle puisse mieux gérer des situations complexes et imprévisibles. Une fois que l’éducation est faite, les demandes seront mieux structurées, plus viables et ce qui permettra à la banque d’accorder des prêts plus facilement.

Il est connu que les employés de la Banque de Développement, à un certain moment, craignaient pour leur sécurité d’emploi et se posaient même des questions sur l’avenir de la banque. Qu’en est-il maintenant ?
Actuellement les employés sont, non seulement, plus rassurés mais ont retrouvé la fierté d’appartenir à une institution qui est en passe de devenir une référence dans le domaine de financement des PME. Ils sont motivés à bloc et c’est cela qui fait la force de l’institution. Les bonnes idées à elles seules ne sont pas suffisantes pour réussir, c’est la volonté des gens qu’il y a derrière qui fait toute la différence et je peux vous dire que nos représentants sont motivés. Je n’en doute point qu’ils sauront relever les défis qui les attendent.

Et ma satisfaction personnelle c’est que je vois également un regain de confiance de nos clients envers l’institution car ils savent que nous sommes à l’écoute et faisons de notre mieux pour les aider et les accompagner.