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Livre - Guy Dupuch : parfum de nostalgie

Guy Dupuch

Le nom de Guy Dupuch n’est familier qu’aux Mauriciens nés dans les années 40-50-60. Ce qui exclut le reste, d’autant qu’avec l’arrivée des chaînes satellitaires et radios privées, la MBC, où Guy Dupuch s’est fait connaître, il a perdu la majeure partie de son audience.

Dans un ouvrage publié par Pamplemousses Éditions, Prémices et Promesses, il entend se rappeler au souvenir des générations précitées, dans une langue, - le français -, qu’il tient des ‘classiques’, comme il l’a appris auprès de ses enseignants du collège Royal de Curepipe.Ce fut un autre temps, celui des ‘belles lettres’, du sens profond de l’amitié, de la valeur des petites choses, des minutes qui s’égrènent dans une certaine quiétude, des luttes sociales, avant l’arrivée de l’argent-roi, des réseaux sociaux, des ‘selfies’ débiles, du ‘productisme’ forcené et des 'foodcourts', bref de ce que Guy, visionnaire, appelait déjà ‘La société du spectacle’.

Bon, c’est aussi vrai que l’auteur en sera davantage un spectateur et tout francophone qu’il est ne sera jamais atteint par Mai-68 ou encore la Flower-Power Generation et les punks à la crête iroquoise et bariolée, appelant à  ‘détruire le royaume’. Rien qu’à se remémorer sa douce voix, à l’imaginer toujours propret derrière ses verres épais, on sait qu’il n’avait pas la tête à la ‘subversion’.

Sans doute parce qu’il pensait qu’il fallait qu’il s’élève au-dessus de cette ‘modeste famille d’ouvrier’ qui l’a vu naître et qu’il n’était pas question de fouler la bonne éducation servie par le RCC. Il n’a ni non plus l’ADN d’un grand fonctionnaire, malgré ce parcours secondaire qui le fera côtoyer quelques noms qui deviendront des personnalités. Guy Dupuch préférera la fréquentation de Jean-Claude d’Avoine, son condisciple au RCC, poète, hédoniste convaincu et rimbaldien, qui l’entraînera dans une de ces soirées torrides à Flic-en-Flac, ‘en  compagnie de quelques jeunes éphèbes’. Le souffre n’était pas bien loin.
Un des récits-phares du livre est sa réécriture d’un fait de société qui survint dans les années 80 et qui défraya la chronique. S’il a conservé les traits saillants de ce drame, il a toutefois choisi d’en modifier l’issue.

Ce petit livre, qu’il fait paraître à 83 ans, semble avoir été écrit d’une main légère, mais avec une rigueur descriptive qui devrait inspirer les élèves du français. En dos de couverture, ce propos qui résume bien l’état d’esprit de l’auteur et qui renvoie à une certaine idée de Maurice : « A la radio ou à la télévision, Guy Dupuch a eu ce niveau d’exigence et de professionnalisme que l’on n’ose même plus rechercher aujourd’hui. Ces récits racontent notre pays, sa fibre lumineuse, ses mystères non-résolus ou simplement cette douceur du temps arrêté qu’ont connu ceux qui ont pris le temps de croire en la nostalgie sans mépriser demain. »

Prémices et Promesses, récits
de Guy Dupuche (104 pp)
Pamplemousses Éditions