À l’issue de la réunion du comité central : le MMM reste au gouvernement… pour le moment
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Malgré des tensions internes, le comité central du MMM a voté pour le maintien au sein de l’alliance. Paul Bérenger mise sur les promesses fermes de réformes électorales d’ici mars.
Le Mouvement militant mauricien (MMM) choisit la poursuite de l’engagement gouvernemental. Réuni samedi après-midi à la mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill, le comité central du parti a arrêté sa position à l’issue d’une semaine de consultations politiques intenses et de discussions internes marquées par des divergences assumées. Au terme de la réunion, Paul Bérenger a recommandé le maintien du parti au sein du gouvernement, estimant que les engagements obtenus du Premier ministre et du Parti Travailliste justifient, à ce stade, la poursuite de la collaboration.
La réunion s’est tenue en l’absence du président du MMM, Reza Uteem, retenu à l’étranger pour accompagner son père pour des raisons médicales. Paul Bérenger a indiqué que le parti « souhaite un bon rétablissement à son père ». En l’absence du président, la séance a été présidée par la vice-présidente des mauves, Joanna Bérenger.
S’adressant à la presse à l’issue de la rencontre, Paul Bérenger a rappelé le contexte de cette nouvelle prise de parole. Une première réunion du comité central s’était tenue la semaine précédente, suivie d’un point presse. « Une semaine s’est écoulée », a-t-il souligné, ajoutant que cette période avait été « très fructueuse ».
Durant cette semaine, il s’est entretenu à trois reprises avec le Premier ministre Navin Ramgoolam. Selon lui, ces échanges ont permis des avancées sur l’ensemble des dossiers discutés, dans un climat qualifié de constructif. Il a également évoqué la tenue d’un Conseil des ministres « très bon » le vendredi 16 janvier, estimant que « la situation a évolué positivement ».
Paul Bérenger a ensuite décrit l’état des discussions internes au MMM, structuré autour de trois tendances distinctes. La première, qualifiée de « pur et dur », plaide pour une rupture immédiate avec le gouvernement. « Je ne suis pas loin de cette tendance, pour être franc », a-t-il reconnu, précisant que ce sentiment s’est renforcé ces derniers temps.
Une deuxième tendance, proche de la première mais plus nuancée, considère que le Premier ministre et le Parti Travailliste font des efforts réels, avec des progrès notables enregistrés au cours de la semaine écoulée. C’est cette tendance qui, selon lui, s’est imposée lors de la réunion du comité central.
Une troisième tendance regroupe des militants qui souhaitent « absolument rester au gouvernement ». Paul Bérenger a indiqué ne pas en connaître la force exacte, tout en précisant clairement : « Ce n’est pas la mienne. »
Au cœur de la décision du comité central figurent deux engagements politiques qualifiés de « fermes ». Le premier concerne la réforme électorale, qui, selon Paul Bérenger, sera présentée au Parlement à la rentrée parlementaire prévue le 17 mars. Le second engagement porte sur la création de la National Crimes Agency, incluant les questions liées à la police et à l’Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu), également annoncée pour cette même rentrée parlementaire. Ces deux textes sont présentés comme des étapes essentielles dans un processus de changements plus large.
Paul Bérenger a insisté sur le fait que ces engagements ne constituent pas une fin en soi, ni une condition automatique de retrait du gouvernement. « Il ne s’agit pas de dire que nous obtenons la réforme électorale et la National Crimes Agency et ensuite nous partons », a-t-il déclaré. Il a souligné que d’autres dossiers continueront d’être abordés dans les semaines et mois à venir. Le MMM a bien l’intention de durer au sein de l’alliance du changement, si tout continue à aller dans la bonne direction.
Le comité central, selon lui, s’est montré satisfait des éclaircissements fournis lors de la réunion. Aucun membre n’ayant proposé de motion pour un départ immédiat du gouvernement, cela signifie, de facto, que la deuxième tendance a prévalu. Paul Bérenger a formellement recommandé cette option, estimant qu’à la lumière des développements récents et des engagements obtenus, le MMM doit maintenir sa participation gouvernementale. « Pour le moment, je recommande que nous donnions le meilleur de nous-mêmes au sein du gouvernement », a-t-il déclaré, ajoutant que le travail se poursuivra « nuit et jour jusqu’en mars et au-delà de mars ».
Interrogé sur la question du ministère des Finances, Paul Bérenger a qualifié ce débat de « secondaire ». Il a répété n’avoir jamais été intéressé par ce portefeuille, ni avant ni après les élections. Il a rappelé que la Constitution prévoit un maximum de 25 ministres, un seuil déjà atteint. Dans ce contexte, la nomination d’un ministre des Finances à plein temps poserait un problème constitutionnel.
Paul Bérenger a précisé qu’en tant que Premier ministre adjoint et ministre sans portefeuille, il pourrait, techniquement, être nommé sans dépasser ce nombre. Et bien qu’il n’en ait « aucune envie », il était disposé à endosser cette responsabilité dans l’intérêt du pays. Le Premier ministre a décidé, « pour le moment », de conserver ce portefeuille, ce qui relève, selon lui, de sa prérogative.
Paul Bérenger a conclu en affirmant que depuis la crise traversée, notamment depuis novembre, des progrès significatifs ont été réalisés. L’objectif, a-t-il expliqué, est que les engagements sur la réforme électorale et la National Crimes Agency soient tenus, tout en continuant à avancer sur les autres dossiers après mars. « Arrivés à mars, nous verrons », a-t-il déclaré, tout en précisant que même en cas de réussite, le MMM ne souhaite pas quitter le gouvernement, l’objectif restant « le bien de Maurice ». Selon lui, « presque tous les ministres travaillistes » partagent sa manière d’évaluer la situation.
Le comité central du MMM se réunira de nouveau dans deux semaines, tandis que le bureau politique tiendra sa réunion habituelle, lundi après-midi.