L'Iran dirigé par un nouveau guide suprême, le pétrole s'envole

Par Defimedia.info
Publié le: 9 mars 2026 à 15:53
Image
ayatollah

L'Iran entre lundi dans une nouvelle ère, avec la désignation de Mojtaba Khamenei comme guide suprême pour succéder à son père, au dixième jour d'une guerre qui plonge les marchés dans la panique et fait s'envoler les cours du pétrole.

L'Iran, attaqué par les Etats-Unis et Israël il y a dix jours, poursuit ses frappes contre Israël et les infrastructures de ses voisins du Golfe, riches en hydrocarbures et qui abritent des bases militaires américaines.

Une frappe iranienne a ainsi provoqué un incendie en début de journée dans le complexe de raffinage pétrolier d'Al-Maameer, à Bahreïn, selon un média d'Etat.

Et entre blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), dommage aux infrastructures énergétiques et craintes sur la stabilité de la région, les marchés paniquent.

Les Bourses européennes ont ouvert en baisse, Paris perdant quelque 2% en fin de matinée, tout comme Francfort et Londres. En Asie, la Bourse de Tokyo a clôturé sur un plongeon de quelque 5% tandis que Séoul dévissait de 6%.

Le prix du baril a brièvement dépassé les 118 dollars, son plus haut niveau depuis l'été 2022, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Depuis le début de la guerre le 28 février, le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence du marché américain, a enregistré une hausse de 70%, du jamais vu sur une période aussi courte.

Les ministres des Finances des puissances du G7 se réunissent en visioconférence lundi à 12H30 GMT. Le recours aux réserves stratégiques de pétrole est une "option envisagée", selon une source de l'exécutif français.

Donald Trump, lui, considère que l'objectif de départ de la guerre - priver l'Iran de toute capacité à fabriquer l'arme nucléaire - justifie ces sacrifices. C'est un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde", a assuré le président américain sur son réseau Truth Social.


- "Celui que l'ennemi déteste"

L'Iran, qu'Israël et les Etats-Unis présentent comme à genoux, envoie en nommant un nouveau guide suprême dans la continuité "un signal d'extrême fermeté et de fuite en avant, à la population iranienne, aux voisins de l'Iran, mais aussi à leurs alliés" de la région pour "les encourager à poursuivre la lutte", analyse pour l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES).

Mojtaba Khamenei, un religieux de 56 ans proche des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, est parvenu à dépasser les réticences des plus réformateurs du pouvoir et succède à son père Ali Khamenei, tué il y a dix jours par l'offensive américano-israélienne.

A Téhéran, l'Assemblée des experts a assuré "ne pas avoir hésité une minute" à lui confier le pays. Les Gardiens, les forces armées, la police et la diplomatie lui ont immédiatement prêté allégeance.

"Celui que loue l'ennemi (...) ne doit pas être soutenu", a fait valoir dans une vidéo Mohsen Heydari, un représentant de cette assemblée d'une province de l'ouest du pays. "Celui que l'ennemi déteste est assurément dans l'intérêt de l'Iran et de l'islam, et c'est vers lui que nous devons nous tourner".

De fait, les rebelles houthis du Yémen, alliés de Téhéran, ont salué dès dimanche un "coup dur pour les ennemis" de l'Iran. Lundi, trois factions armées irakiennes pro-Téhéran ont fait de même.

En Iran, les médias officiels ont montré des scènes de liesse à travers le pays mais l'entrée en fonction de Mojtaba Khamenei est des plus contraintes.

Israël avait annoncé dès mercredi que le nouveau guide suprême serait "une cible".

Et Donald Trump a prévenu que le nouveau guide suprême "ne (tiendrait) pas longtemps" sans son aval. "Il est probable qu'il ne survive pas longtemps au ciblage prioritaire des Etats-Unis et d'Israël", pronostique à cet égard Pierre Razoux.


- "Soutien indéfectible" de Poutine

A l'étranger, le président russe Vladimir Poutine, allié de Téhéran, a assuré lundi Mojtaba Khamenei de son "soutien indéfectible".

Pékin a en revanche décrit sobrement une décision "conforme" à la Constitution iranienne, se disant opposé à toute action étrangère.

L'armée israélienne a annoncé une nouvelle vague de frappes visant des bases de lancement de missiles, des centres de commandement des Gardiens de la Révolution et de la police, ainsi qu'une usine de moteurs de fusées.

Un drone iranien a blessé 32 civils, dont quatre grièvement, à Sitra, au Bahreïn, selon le ministère de la Santé. L'Arabie saoudite a annoncé l'interception de quatre drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué dimanche.

Aucun des deux camps ne montre de volonté d'apaisement. Dans une interview dimanche au Times of Israel, Donald Trump a assuré que l'arrêt des hostilités se ferait par décision "mutuelle" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

En attendant, Israël vise lui aussi les infrastructures pétrolières iraniennes.

Son armée a annoncé avoir frappé plusieurs dépôts de carburant à Téhéran. L'épaisse fumée noire provenant des réservoirs pétroliers a plongé dimanche la capitale iranienne dans une obscurité aux allures d'apocalypse, accompagnée d'une odeur de brûlé.

"L'air est devenu irrespirable", a témoigné une habitante jointe par téléphone depuis Paris. "Nous ne voulons pas qu'ils bombardent nos richesses nationales pour nous rendre encore plus pauvres que nous ne le sommes déjà".

Au Liban, Israël a annoncé avoir repris ses frappes sur des "infrastructures du Hezbollah" pro-iranien à Beyrouth.

Une personne a été tuée après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël, selon les secours.

AFP

Quelle est votre réaction ?
0
0
Publicité
À LA UNE
defi quotidien