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Lindsay Rivière sur Radio Plus : «Bérenger a saisi que l’électorat n’acceptera pas Ramgoolam»

Jean Claude de l’Estrac et Lindsay Rivière s’accordent à dire qu’une division de l’opposition est favorable à Pravind Jugnauth.

Jean Claude de l’Estrac et Lindsay Rivière se sont exprimés sur la situation politique dans le pays. Ils étaient les invités de Ruth Rajaysur et de Patrick Hilbert, lundi, sur le plateau de l’émission Au Cœur de l’Info de Radio Plus.

Il y a des remous au sein de l’opposition à la suite de la déclaration du député travailliste Ehsan Juman. Ce dernier a affirmé que le Parti travailliste est fort et peut briguer les élections municipales seul. Le bureau politique du Mouvement militant mauricien (MMM) se réunira cette semaine pour décider de la marche à suivre après que Paul Bérenger a exprimé son mécontentement. De l’autre côté, la cote de popularité du gouvernement flanche. 

Lindsay Rivière constate qu’il y avait, déjà, du scepticisme autour de l’entente de l’opposition. « Depuis le début, c’était clair que l’entente avait été montée rapidement. Un jour ou l’autre, elle allait se briser. Paul Bérenger a compris très tôt que l’électorat n’accepterait pas le Dr Navin Ramgoolam », estime-t-il.

Une entente fragile et fausse basée sur la détestation du MSM (Mouvement socialiste militant), affirme Jean Claude de l’Estrac. La déclaration du député Ehsan Juman, est le prétexte que Paul Bérenger a pris avec l’arrivée de Nando Bodha, selon l’ancien patron de presse. Il ajoute que dès le départ, l’entente était à la recherche d’un Premier ministre acceptable par la population. Nando Bodha est devenu l’opportunité de Paul Bérenger. Pour l’observateur, Nando Bodha était toujours proche du MMM et c’est le MSM qui l’a poussé au départ, et non pas l’influence du MMM. 

Lindsay Rivière parle d’une prochaine redistribution des cartes politiques. Le MMM compte neuf députés et le Parti mauricien social-démocrate (PMSD) cinq, donc cela fait 14 députés, contre 12 pour le Parti travailliste. Avec l’arrivée de Nando Bodha, il peut y avoir une entente entre le MMM et le PMSD, avec lui comme leader de l’opposition, avance-t-il. Selon Lindsay Rivière, le seul obstacle est que le MMM et le PMSD ne sont pas toujours d’accord. 

Toutefois, les derniers sondages montrent 54 % d’opinions favorables à Pravind Jugnauth, et selon lui, c’est surprenant. Cela démontre qu’il y a une partie de l’électorat qui n’est pas sensible à l’agitation politique, affirme Jean Claude de l’Estrac. 

Lindsay Rivière concède que Xavier-Luc Duval est favorable à Nando Bodha. Il l’a, d’ailleurs, affirmé samedi lorsqu’il a qualifié Nando Bodha de vrai challenger au leadership. Pour l’observateur et ancien journaliste, Nando Bodha peut devenir l’élément du compromis entre le MMM et le PMSD, y compris le Reform Party. 

Redistribution des cartes 

Cependant, Nando Bodha devra former sa propre équipe en devenant un chef de parti avec une équipe crédible et rassemblant une majorité. « Il a quatre ans pour le faire », affirme Jean Claude de l’Estrac. 

Lindsay Rivière affirme que la division de l’opposition pourrait, cependant, être favorable à Pravind Jugnauth. D’ajouter que la prochaine échéance, ce sont les élections municipales et que Nando Bodha devrait songer à mettre sur pied un parti. Pour lui, s’il y a une entente dirigée par Paul Bérenger, la configuration changera avec une lutte à plusieurs. 

Jean Claude de l’Estrac rejoint Lindsay Rivière sur cette observation. « L’opposition ne peut pas faire une alliance uniquement pour les élections municipales. À moins que l’opposition ne se présente  séparément aux élections générales et cela profitera au MSM », souligne-t-il. 

Lindsay Rivière réfute, cependant, l’argument de Jean Claude de l’Estrac. Il affirme que c’est l’occasion pour les partis de tester leurs théories, surtout celle de Paul Bérenger, qui, selon lui, garde toujours un plan B dans sa manche. 

Lindsay Rivière affirme que l’échiquier est dans une position de grande transition et que ce n’est pas l’heure de regarder la situation avec les lunettes des années 2000 et 1990. « Si j’étais le gouvernement, j’aurais lancé les élections municipales maintenant que l’opposition est divisée », fait comprendre Jean Claude de l’Estrac. Il fait ressortir qu’il y a une tension dans la population urbaine, mais l’opposition étant dispersée, elle ne pourra pas capitaliser sur cet avantage. En plus des petits partis et autres contestataires du pouvoir, cela jouera en faveur du gouvernement qui est plus organisé et structuré, souligne Jean Claude de l’Estrac. 

La force de l’opposition 

La force de l’opposition est remise en question par les observateurs. Il y a eu moins de gens lorsque les partis politiques se sont mêlés à la marche, selon Jean Claude de l’Estrac. Lindsay Rivière parle d’une île Maurice très partagée. De plus, le pays n’est pas gouverné de la même manière qu’il y a 40 ans, fait-il valoir.  

Jean Claude de l’Estrac affirme qu’il n’y a même pas d’alternatif.  quant à Lindsay Rivière, il affirme qu’on ne voit pas l’émergence de vrais leaders, comme cela a été le cas pour ceux du passé. « On ne peut pas créer de toutes pièces un leader ». On ne peut pas parachuter une personne, celle-ci doit correspondre à un besoin, explique Lindsay Rivière.  

Jean Claude de l’Estrac affirme que la seule personnalité capable d’émerger c’est Nando Bodha. Car il a une vraie carte à jouer, il a la personnalité et le charisme. L’observateur pense que le démissionnaire du MSM est capable de mener un parti dans trois ou quatre ans. Toutefois, Nando Bodha devra répondre sur ses motivations, car il a été membre du gouvernement et le public se pose des questions.

Les affaires qui touchent le GM

Lindsay Rivière affirme que l’affaire de la State Trading Corporation (STC) est symptomatique d’un mal plus grand. Pour lui, il faut une commission d’enquête non seulement sur la STC, mais aussi sur d’autres organismes paraétatiques. 

Jean Claude de l’Estrac affirme que les membres du conseil d’administration de la STC répondent au ministre, de même que le président du conseil. « Il faut remonter plus loin que le conseil et ne pas s’arrêter à la démission du directeur », fait comprendre l’observateur. Selon lui, on ne peut pas dire que le directeur de la STC est responsable et le faire partir sans remonter plus haut. 

Jean Claude de l’Estrac parle d’un système où un conseil d’administration est dirigé par des amis des ministres et les ordres destinés au conseil d’administration sont passés à travers des nominés. « C’est comme cela que la mafia opère et c’est comme ça depuis plusieurs gouvernements », soutient-il. L’ancien journaliste affirme que pour changer l’atmosphère et d’image, le Premier ministre doit effectuer les bonnes nominations à la STC, à la Mauritius Broadcasting Corporation, entre autres. « Mais il ne le fera pas, car il est dans une autre logique ». 

La posture du Premier ministre  

Il y a une grande différence entre le Premier ministre d’avant et celui d’après les élections, souligne Lindsay Rivière. En 2018-2019, Pravind Jugnauth voulait changer Maurice structurellement et psychologiquement. Après les élections, il y a une autre génération du MSM portée par une grande arrogance « presque un manque de respect envers la nation, envers ceux qui ne pensent pas comme eux et envers les opposants ». « Vous ne pouvez pas gouverner que ceux qui sont d’accord avec vous », affirme Lindsay Rivière. 

Pour Jean Claude de l’Estrac, ce que fait le Premier ministre, c’est le résultat d’un calcul. « Il se dit qu’il est possible d’avoir le pouvoir avec la moitié du pays et maintenant, il faut savoir comment consolider cette base… Je suis persuadé de ce calcul selon lequel pour gagner les prochaines élections, il faut consolider la base qui l’a amenée au pouvoir. D’où ce refus de discuter et d’amener tout le monde autour de la table », affirme Jean Claude de l’Estrac. Des gens se sentent, donc, exclus, poursuit l’ancien ministre.

 

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