Interview

Lindsay Rivière observateur politique: «Il y a plusieurs centres de pouvoir au GM»

Lindsay Rivière
Chaque samedi, l’équipe de l’émission « Au cœur de l’info » décortique l’actualité de la semaine. Les divers invités apportent, au micro de Nawaz Noorbux et Jugdish Joypaul, un nouvel éclairage aux débats en cours. Nous en reproduisons les extraits saillants. Un an après les dernières législatives, quelle est la configuration politique ? Ce qui est sûr, c’est que l’euphorie et la lune de miel sont bel et bien terminées. Depuis plusieurs mois, le gouvernement est dans une phase de confrontation avec la réalité. Ce qui provoque certainement une déception grandissante dans l’opinion. La popularité du gouvernement baisse, ce qui provoque des craquelures au sein de la majorité. Le dernier signe en date est le fait que le leader du MSM (Pravind Jugnauth) est venu contredire le Premier ministre sur l’affaire de la vice-présidence de la République. Pourquoi une telle situation ? C’est simple ! Après toute victoire électorale, il y a une crisis of expectations. Il y a la perception que le gouvernement n’est pas en train de deliver au niveau de l’emploi, du développement économique, de la relance et du pouvoir d’achat. Et cela, malgré tous les efforts faits par sir Anerood Jugnauth et certains ministres. Il est clair qu’il y a un manque de coordination au niveau du gouvernement. Cependant, l’opposition, qui ne semble pas s’être remise de sa défaite aux législatives et aux municipales, est loin d’en profiter. Ce qui crée un vide politique aussi. Ainsi, il y a une détérioration de l’image du gouvernement, mais pas une amélioration de celle de l’opposition. Ce vide politique est-il dû à la condamnation de Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint ? Absolument. Je crois que l’appel interjeté par Pravind Jugnauth à la suite de sa condamnation, qui sera entendu en janvier, va déterminer un grand nombre de choses et d’événements. L’affaire Pravind Jugnauth est venue déstabiliser la situation politique et créer un embarras pour le MSM. Sans compter que l’absence de Pravind Jugnauth au gouvernement complique les choses pour le parti. D’un autre côté, je pense que le gouvernement est lui-même responsable d’un certain nombre de crises. Il semble avancer, puis reculer. À quoi cela est-il dû ? Le gouvernement semble se tromper de priorité. Il en avait deux : le nettoyage et la relance économique. L’accent a été mis sur le premier aspect. Et il y a la perception d’un règlement de comptes qui a mis beaucoup de Mauriciens mal à l’aise. Sur le plan économique, il y a eu beaucoup d’effets d’annonce et pas assez de résultats. D’où une certaine confusion. Le gouvernement n’est pas assez focus sur l’économique et il y a un manque d’esprit d’équipe. D’où les incertitudes. Quel en est le problème ? Il y a plusieurs centres de pouvoir à l’intérieur du régime. SAJ et Vishnu Lutchmeenaraidoo font beaucoup d’efforts sur le plan économique. Mais il y a aussi un axe MSM, avec Pravind Jugnauth, Roshi Bhadain, Ravi Yerrigadoo… et des clans et groupes au sein du gouvernement. Selon moi, aussitôt qu’il y aura un jugement dans l’affaire Pravind Jugnauth, SAJ devra procéder à un remaniement ministériel pour mettre un peu d’ordre. Est-ce que le gouvernement peut se ressaisir ? Il y a toujours moyen de le faire, mais cela dépend largement de SAJ. C’est à lui de mettre de l’ordre, de rassembler toute l’équipe gouvernementale et d’empêcher que ne surviennent d’autres brèches similaires à la bisbille Soodhun-Duval, la démission de Danielle Selvon, les controverses Bhadain… Il est important de refaire l’unité au sein de ce gouvernement, car la population voit de plus de plus des signes de nervosité. Même SAJ semble être de mauvaise humeur très souvent ! Ajouté à cela, on voit Pravind Jugnauth contredire le Premier ministre, qui se trouve être son père, Soodhun devenir de plus en plus controversable, Bhadain outshine ses collègues, Lutchmeenaraidoo sembler être marginalisé et le MSM laisser transparaître des signes d’irritation à l’égard de Xavier-Luc Duval… Tout cela fait désordre. Est-ce qu’à 85 ans, SAJ incarne un leadership fort ? Il y a un leadership fort du Premier ministre dans son rôle de chef du gouvernement. Contrairement au passé, SAJ ne contrôle plus le MSM de la même façon. Ce parti a sa propre existence, ses propres projets. On vient d’en avoir la preuve. Le MSM a un candidat à la vice-présidence alors que le Premier ministre a le sien. Il y a une direction forte, mais aussi une confusion de rôle. Puis, ce gouvernement a trois composantes : le MSM qui a son agenda, le PMSD qui marque des points grâce à Xavier-Luc Duval et le Muvman Liberater, qui n’a pas réussi à highjack le MMM. Donc, il y a des failles et SAJ ne donne pas l’impression de passer beaucoup de temps à assurer la coordination de la coalition. Il a ses propres priorités. Est-ce que Xavier-Luc Duval est arrivé à refaire du PMSD un grand parti ? Définitivement. Xavier-Luc Duval a marqué beaucoup de points. Les sondages montrent d’ailleurs qu’il est l’un des politiciens les plus populaires du pays avec SAJ et Arvin Boolell. Le leader du PMSD a une image très consensuelle. Il est, comme dirait sir Satcam Boolell, « friend to everyone and enemy to no one ». La population aime aussi ce style. Le PMSD, selon moi, affirme sa présence au sein de ce gouvernement davantage que le Muvman Liberater et cela, même dans l’opinion. En tout cas, plus que le MMM, le PTr et le Mouvement Patriotique, qui semble faire du sur-place. Y a-t-il une certaine méfiance à l’égard de Xavier-Luc Duval en raison de sa longue collaboration avec Navin Ramgoolam ? Oui ! Mais en même temps, Xavier-Luc Duval semble avoir réussi à faire oublier cela. C’est étonnant ! Il a passé 15 des 20 dernières années au pouvoir, mais je ne sens pas qu’on lui reproche les travers de Navin Ramgoolam. Il est une sorte de miraculé. Aujourd’hui, il se donne un nouveau rôle de Premier ministre adjoint efficace.

Dev Beekharry: « Consolider le soubassement »

Le directeur de la cellule de communication du bureau du Premier ministre est intervenu au cours de l’émission. Pour Dev Beekharry, il faut être « de mauvaise foi pour dire que le gouvernement n’a rien fait au niveau du pouvoir d’achat ». Il a rappelé « l’effort » consenti à propos de la compensation salariale. Pour lui, compte tenu de « l’héritage catastrophique » laissé par l’ancien régime, il fallait « consolider le soubassement ». Dev Beekharry se réjouit du fait que l’Alliance Lepep a pu « préserver l’emploi », soulignant qu’il reste 7 400 postes à pourvoir dans la Fonction publique. Pour lui, 2016 sera l’année où beaucoup de projets (Smart Cities, Airport City, Heritage City, port, aéroport) seront en chantier.

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