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À l’heure des questions…Dhaneshwar Damry : «Il est temps de se retrousser les manches»

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 21 June 2026 à 11:30
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dhaneshwar
Le ministre délégué aux Finances, Dhaneshwar Damry, lors du Post-Budget Event tenu à l’hôtel Labourdonnais, au Caudan.

À l’occasion du Post-Budget Event organisé à l’hôtel Labourdonnais, au Caudan, le Junior Minister des Finances, Dhaneshwar Damry, est revenu sur les principales orientations du Budget 2026-2027. Réfutant tout calcul électoral, il assume des choix tranchés : ciblage des pensions, transition écologique et offensive sur l’Afrique et l’IA pour imposer une transformation économique globale et immédiate.

Qu’est-ce que le Budget a prévu pour relancer l’exportation mauricienne ?
Quand on parle d’exportation, il y a l’exportation des produits et l’exportation des services. J’ai délibérément évoqué l’intelligence artificielle (IA) et le secteur financier. Il faudra peut-être attendre deux ou trois ans pour le secteur de l’IA, mais pour le secteur financier, les résultats peuvent être obtenus immédiatement. Ce secteur a connu un taux de croissance de 5 %.

Je crois, sans être trop ambitieux, que si nous allons dans la bonne direction, si nous avons le courage de prendre des décisions et de les mettre en œuvre rapidement, ce taux peut presque doubler. Le Kenya et l’Éthiopie le font ; c’est un premier exemple. Le deuxième exemple, c’est que lorsque nous parlons de sécurité alimentaire et d’énergie, nous encourageons aussi le secteur manufacturier. Mais à Maurice, dans ce secteur, nous ne pouvons pas tout faire ; nous devons cibler des créneaux très précis dans les secteurs que nous décidons d’explorer.

Nous allons faire ce qu’il faut pour attirer les investisseurs. Ce qui est le plus important, c’est la vision, la direction et la mission : sur le court terme, le service financier ; pour le moyen terme, nous pouvons envisager le secteur agroalimentaire, l’économie bleue, l’énergie et même l’IA. Dans tout cela, je n’ai pas mentionné le port, car nous en parlons depuis de nombreuses années. Il est temps de se retrousser les manches et de travailler.

Quel est le modèle de pension qui a été adopté dans ce Budget ?
C’est un modèle de ciblage sur les revenus pour les personnes de plus de 60 ans : 75 % vont bénéficier de l’intégralité de leur pension, 90 % vont en avoir une partie, et 8 600 personnes ne vont pas en bénéficier. En termes de consultations, je le répète, un comité d’experts a été mis en place pour réfléchir sur la pension. C’est ce comité qui a mené les consultations, pas le gouvernement. La pension est tellement importante qu’il faut dépolitiser le débat ; nous ne pouvons pas utiliser la pension comme une arme électorale, en disant « moi, je vais donner plus de pension, votez pour moi » ou « je vais donner encore plus que l’autre, votez pour moi ». Si nous faisons cela, nous ne rendons pas service à l’île Maurice, à nos enfants et aux enfants de nos enfants.

Le Budget paraît prometteur. Est-ce que l’économie est en bonne santé en comparaison à l’année dernière ?
La direction est bonne.

Que touchera une personne qui aura 60 ans le 1er janvier 2027 ? Et pour les revenus au-dessus de 50 000 roupies par mois, quel montant de pension peut-on espérer ?
Pour ceux qui touchent plus de Rs 50 000, ils ne seront pas éligibles à la pension. Pour celui qui aura 60 ans le 1er janvier, tout va dépendre de combien il gagne par mois.

Est-ce que la pension universelle va être abolie ?
Non. La State Age Pension, qui remplace la Basic Retirement Pension, est « targeted ».

Des internautes consi-dèrent que la révision du système de pension est un aveu d’échec, et que le gouvernement est en train d’abandonner sa réforme de l’année dernière en venant de l’avant cette année avec une autre réforme.

Pas du tout, nous améliorons la réforme sur les pensions. J’ai expliqué dans quel contexte les décisions ont été prises l’année dernière. Maintenant que nous sommes en train de bâtir la confiance et qu’elle revient, nous améliorons la réforme de l’année dernière, qui stipulait que la pension allait être payée à l’âge de 65 ans. Cela n’a pas changé, c’est toujours le cas. La différence cette année, c’est qu’une personne peut choisir que sa pension lui soit versée à 60 ans.

Ce gouvernement a du cœur. C’est le Parti Travailliste qui a introduit la pension de retraite. Nous devons maintenant nous assurer que nos enfants et les enfants de nos enfants puissent aussi en bénéficier. Je ne peux pas prendre des décisions où, demain, nos enfants ou les enfants de nos enfants ne pourraient plus bénéficier de la pension. C’est la raison pour laquelle nous apportons ce genre de réforme.

Les retraités qui gagnaient plus de Rs 50 000 vont-ils perdre leur pension ? Et quand vous parlez de Rs 14 000 comme seuil, avec 75 % des retraités couverts, la réalité est que beaucoup de salariés n’arrivent pas à joindre les deux bouts aujourd’hui, malgré le contrôle des prix. Comment ce système va-t-il réellement fonctionner ?
C’est vrai que 8 600 personnes, sur 263 200, qui touchent plus de Rs 50 000, ne vont pas bénéficier de la pension. Quand on parle des personnes ayant un salaire de moins de Rs 14 000, ce sont les personnes de 60 ans. Ce sont les chiffres du comité d’experts sur la pension.

On parle des mesures pour le long terme concernant le secteur portuaire. Qu’en est-il pour le court et le moyen terme ? Quel est le « time frame » pour les mesures concernant les TIC ? Y aura-t-il plusieurs phases ?
Ce n’est pas que pour le moyen et le long terme. Pour le court terme, il y a les Rs 2,7 milliards prévues pour le port actuel. Avec cela, nous allons créer l’environnement pour un nouveau port. Le gouvernement ne dispose pas de Rs 1 milliard à investir dans le port. Ce que nous faisons, c’est créer l’environnement et l’espace pour que le secteur privé puisse investir dans le projet.

C’est pour cela que le Premier ministre Navin Ramgoolam a parlé à son homologue indien. Le gouvernement doit montrer sa volonté en même temps, car il ne peut pas dire au secteur privé d’investir et de prendre tous les risques. Le gouvernement doit être « fully committed » et va aussi contribuer, dans les prochaines années, à l’Island Port Terminal. 

On évoque souvent la géopolitique, mais je vais mentionner deux autres termes dans lesquels Maurice a des avantages : la force politique, dans laquelle nous avons un avantage en convertissant cette force géopolitique en « geo-economic strength ». C’est ce que nous faisons.

Maurice fait face à un manque de devises étrangères, et le Freight Rebate Scheme diminue, voire risque de disparaître. Comment le gouvernement va-t-il traiter ces deux sujets ?
Le manque de devises est une question de politique monétaire qui relève de la Banque de Maurice. Vous allez remarquer que, dans le Budget, il y a une ligne où nous allons revoir la loi sur le banking. Nous en sommes très conscients, et j’espère que des solutions vont arriver. Un pays comme Singapour a 113 banques, dont seulement 13 font des opérations domestiques. Alors que Maurice prétend être un centre financier, nous n’avons qu’une vingtaine de banques.

Quelles mesures budgétaires sont prévues pour retenir la main-d’œuvre locale, alors que de nombreux jeunes mauriciens choisissent de s’expatrier pour travailler dans le secteur financier à l’étranger ?
L’avenir de Maurice, ce sont les jeunes. J’ai parlé de deux secteurs : l’intelligence artificielle et le Digital Financing. J’ai aussi parlé de faire de Maurice un centre de derisking et un centre d’intégration financière avec l’Afrique, car, désolé de le redire, l’ancien gouvernement a fait de Maurice un back office. Et plus on descend dans la chaîne de valeur du travail, plus le salaire diminue. Nous devons remonter dans cette chaîne de valeur ; c’est ce que tente de faire le gouvernement en créant des emplois mieux rémunérés.

Les familles à Maurice investissent dans la construction ou l’achat d’une maison, puis le plus gros investissement, c’est l’éducation et l’avenir de leurs enfants. Ce gouvernement aura failli s’il ne crée pas l’espace pour que les Mauriciens restent au pays avec un salaire décent. La seule façon de le faire, c’est en créant ces secteurs ; c’est un devoir moral que j’ai envers eux.

L’allongement des congés de maternité ne risque-t-il pas d’accentuer la discrimination à l’embauche envers les femmes ? Et sur le plan économique, cette mesure ne pourrait-elle pas pousser certaines entreprises à délocaliser leurs activités à l’étranger ?
Je ne crois pas. Dans le monde professionnel, le télétravail concerne aujourd’hui un nombre croissant de salariés. Il y a davantage de mobilité.

Quelles mesures sont prévues pour assurer la survie des petites et moyennes entreprises ?
Le Budget contient à ce sujet une disposition importante : un projet de loi dédié aux PME sera soumis au Parlement, avec pour objectif de répondre aux enjeux de leur pérennité, notamment en facilitant l’accès à de meilleures solutions de financement bancaire.

Qu’en est-il des congés fiscaux ? Est-ce que cela ne va pas plutôt attirer les grands investisseurs au détriment des jeunes entrepreneurs qui, eux, manquent cruellement de capitaux pour démarrer ? N’est-ce pas là une contradiction ?
Je ne crois pas, car lorsque nous parlons de start-ups, nous avons donné des incitations fiscales. Il faut bien commencer quelque part. Pour l’avenir de Maurice, bien sûr que nous voulons créer de l’emploi pour les jeunes, nous voulons avoir des créateurs d’emplois. Il y a des Mauriciens et des Mauriciennes qui ont envie de le faire. Il ne s’agit pas uniquement de technologie : un jeune souhaitant se lancer dans la culture de pommes de terre, par exemple, peut tout à fait développer un projet viable, le ficeler et le présenter à une banque ou à des investisseurs pour obtenir un financement. Il est temps de penser davantage à inciter les Mauriciens à participer au développement de Maurice. La Silicon Valley a débuté ainsi ; il n’y avait pas d’equity funds au départ.

Dans le cadre des start-ups, face aux problèmes auxquels Maurice doit faire face, il est temps de les examiner et d’inviter ceux qui peuvent les résoudre à venir vers nous. Nous créons alors un environnement où le gouvernement et le secteur privé, ensemble, leur permettent de créer une entreprise. Il est temps de réfléchir à la manière de développer notre économie. Partout dans le monde, ce sont les PME qui sont le poumon de l’économie et de la création d’emplois.

Le gouvernement a-t-il encore péché par sa manière de procéder pour la réforme de la pension, par manque de consultation ?
Il y a eu des consultations élargies par le comité d’experts. Peut-être aurait-il fallu consulter davantage de personnes, mais je peux assurer qu’il y a eu des consultations.

N’est-ce pas trop tôt pour augmenter la taxe sur les assurances générales ?
Le secteur des assurances est l’un des plus profitables à Maurice. C’est aux opérateurs de voir comment ils vont répercuter ce coût. Récemment, il y a eu une augmentation du repo rate, et toutes les banques ne l’ont pas répercutée de la même manière. Plusieurs banques ont absorbé cette hausse en grande partie. C’est aux compagnies d’assurance de voir si elles vont absorber en partie cette hausse de la taxe ou la répercuter sur les consommateurs.

Un cadre sera-t-il mis en place par le gouvernement afin qu’il n’y ait pas de discrimination dans l’emploi des femmes, sachant qu’elles peuvent prendre un congé de maternité d’une année ?
Je vais transmettre le message au gouvernement. S’il faut venir de l’avant avec un cadre protecteur, nous le ferons.

Il est louable de pousser Maurice à devenir un centre financier vers l’Afrique. Qu’est-ce qui est fait en termes de conventions de non-double imposition, sachant que ce nombre a stagné ?
Il est temps de réinventer le secteur. Nous parlons ici des conventions de double imposition. Les pays africains sont réticents face à la perception que Maurice ne paie pas d’impôts, par exemple au Kenya, alors que ce n’est pas le cas à Maurice. C’est pour cela qu’il y a des problèmes concernant ces accords. On peut mettre en place des mesures de taxation quand la population est taxée, et c’est ce que nous disent les pays africains.

Il faut élaborer de nouvelles mesures pour Maurice. Comme Maurice, les autres pays sont confrontés aux mêmes réalités : comment les aider à créer de l’emploi chez eux, comment améliorer leurs services. Maurice a un rôle très important à jouer en Afrique, si nous savons comment nous y prendre.

Qu’est-ce qui est prévu pour vraiment booster le secteur touristique ?
Il y a un mot qui a été mentionné dans le Budget, mais dont l’impact est plus grand : le wellness. Prenons l’exemple de l’Indonésie : le tourisme de bien-être y a généré 42 milliards de dollars de revenus en une seule année. C’est la direction que nous souhaitons prendre.

Un des gros investissements prévus par le Budget concerne les compétences. Le ministère des Finances a un arrangement avec le Fonds monétaire international, qui dispose de financements pour former des personnes du continent africain dans le domaine des finances publiques. Le gouvernement a créé le cadre pour former 50 000 personnes en matière de « skills ».

Nous rénovons l’École hôtelière Sir Gaëtan Duval afin de mieux former les personnes. Les meilleurs atouts de Maurice, ce sont ses ressources humaines, et nous allons investir dans la formation de tous les Mauriciens.

Il y a de nombreuses mesures qui peuvent paraître anodines, tenant en une seule ligne, mais si nous parvenons à les implémenter, nous en verrons les résultats.

Comment permettre aux jeunes d’avoir un bon salaire sans que cela ne représente une hausse du coût du travail pour les employeurs, qui seraient alors tentés de réduire les opportunités de recrutement pour ceux qui entrent sur le marché du travail, aggravant ainsi le pouvoir d’achat et l’inflation ?
Quand je dis que je souhaite que les jeunes soient mieux rémunérés, il faut penser grand. Ce sont les entreprises qui font le plus de profits qui vont pouvoir les employer. Si les jeunes touchent plus d’argent, ils vont dépenser davantage, et la politique de Maurice va contrôler l’inflation.

Nous essayons de faire venir de nouveaux employeurs à Maurice et de créer un cadre pour que la compétitivité des employeurs actuels soit améliorée, afin qu’ils puissent améliorer la qualité de vie de leurs employés.

Quelles sont les raisons pour lesquelles nous devons rester à Maurice plutôt que d’émigrer au Canada, et quels sont les pôles de croissance qui sont créés ?
Nous avons parlé du secteur de l’intelligence artificielle, du secteur financier, du tourisme, de la sécurité énergétique. Et nous créons un environnement qui n’existait pas dans le passé.

Le droit d’accise de Rs 2 concerne-t-il toutes les bouteilles en plastique, y compris les bouteilles d’eau ?
Oui, tous les produits qui sont conditionnés dans des bouteilles en plastique. Nous disons que nous devons protéger l’environnement. En faisant cela, nous indiquons ce qui n’est pas bon. Nous devons être clairs sur ce que nous voulons. Si nous voulons protéger l’environnement, nous devons prendre des décisions difficiles.

En quoi ce Budget est-il « durable » en matière de protection de l’environnement ? La création de fermes aquacoles figure parmi les mesures annoncées, alors que les lagons sont déjà sous pression...
Chaque ministère doit jouer son rôle. Moi, je suis du ministère des Finances, je m’occupe des allocations budgétaires. Je suis sûr que le ministère de l’Environnement va jouer son rôle pour la protection de l’environnement.

Il y a une hausse des recettes de l’État de plus de Rs 12 milliards. Quelles sont les principales sources de ces recettes fiscales, alors que nous sommes en période de contraction ?
Ce sont les nouveaux projets économiques qui ont contribué à l’économie. La Mauritius Revenue Authority est devenue plus efficiente qu’avant, avec davantage de personnes entrant dans le filet de la taxation.

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