Interview

L’ex-inspecteur Ranjit Jokhoo : «Nous avons tout fait pour élucider le meurtre de Michaela Harte»

L’ancien n°2 de la Major Crimes Investigation Team (MCIT) revient sur l’enquête ouverte en 2011 sur le meurtre de la touriste irlandaise Michaela Harte. Il est confiant qu’un témoin se manifestera pour révéler la vérité.

Six ans après le meurtre de Michaela Harte, comment accueillez-vous la décision de son veuf d’offrir Rs 2 millions pour toute information pouvant mener au criminel ?

« Nous avons découvert qu’une carte a été utilisée pour ouvrir la chambre 1025 deux minutes avant celle de Michaela Harte. Il n’y a qu’un seul endroit où les cartes sont programmées et gardées. »

Je comprends la douleur et les motivations de John McAreavey. Son souhait, tout comme le mien, c’est que la vérité finisse par éclater. C’est chagrinant qu’une personne qui était en quelque sorte notre invitée perde la vie de cette façon. Cela dit, la police mauricienne a également proposé une récompense pour tout renseignement pouvant confondre les auteurs de ce crime. Un jour, peut-être, quelqu’un se manifestera. Pas pour l’argent. Davantage à cause des remords qui le rongent.

L’enquête originelle a-t-elle été bien menée? Aurait-elle pu être mieux fignolée ?
Nous avons fait tout ce qui était humainement possible. Il n’y a pas que la police criminelle qui était partie prenante de cette enquête. Il y a aussi eu l’apport des experts médico-légaux ainsi que les avocats du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP). Après avoir visé le dossier à charge, le bureau du DPP a estimé qu’il y avait suffisamment d’éléments pour traduire les deux principaux suspects devant la justice. Le reste, c’est de l’histoire.

La Major Crimes Investigation Team (MCIT) a-t-elle effectué un relevé du nombre de vols au préjudice des clients de l’ex-hôtel Legends au moment du meurtre ?
Toutes les vérifications nécessaires ont été menées. Nous n’avons pas été « wise after the event». Il nous fallait expliquer comment une touriste ait pu être tuée dans sa chambre. Malheureusement, vous savez comme moi que tous les vols commis dans un établissement hôtelier ne sont pas rapportés. Du moins officiellement car un hôtel préfère préserver sa réputation.

Y a-t-il des membres du personnel qui ont déjà été accusés de vol ?
L’un des deux suspects que nous avons traduit en justice avait été remercié par son précédent employeur pour certaines irrégularités. Il avait été soupçonné dans la disparition des biens d’un client. Il a fait face à un comité disciplinaire avant d’être licencié.

Qu’en est-il de la disparition de la fameuse carte maîtresse qui aurait pu servir à ouvrir la chambre 1025 ?
Ce n’est que bien après, lorsque le procès a démarré, que nous avons appris la disparition de cette carte magnétique. Ni l’hôtel, ni les témoins entendus au cours de l’enquête, n’ont évoqué ce détail lors de l’enquête. Aucun rapport ne figure sur cette disparition pour le moins étrange.

Un agent de la sécurité a pourtant donné des détails sur cette carte…
En effet. Dassen Narainen a révélé que des cartes étaient utilisées pour visiter des chambres. Ses explications sont plausibles et il a même participé à une reconstitution des faits. Ses empreintes ont d’ailleurs été retrouvées sur un coffre dans la chambre 1025. 

Si vous pouviez vous projeter six ans en arrière, qu’auriez-vous fait pour coincer le(s) meurtrier(s).
Encore une fois, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour élucider ce crime. Nous avons découvert qu’une carte a été utilisée pour ouvrir la chambre 1025 deux minutes avant celle de Michaela Harte. Il n’y a qu’un seul endroit où les cartes sont programmées et gardées. C’est à la sécurité où la garde est montée 24 heures sur 24.

Quand nous avons été aux vérifications, nous avons découvert que ladite carte avait été remplacée par un « dummy ». Il est alors clair qu’aucune personne étrangère de l’hôtel, voire le mari de la victime, n’ont eu accès à la chambre au moment du meurtre. Un responsable de la piscine a également vu Michaela Harte se rendre à sa chambre alors que John McAreavey est resté au restaurant.

Un autre employé qui partait déposer des fruits dans une chambre au dessus de la 1025 dit avoir vu les suspects à proximité. Il n’avait aucune raison de dire le contraire. Les accusés nient ce fait alors qu’un autre témoin qui tondait le gazon à côté indique qu’ils lui ont demandé l’heure.

Je suis triste que le procès ait basculé. Certains témoins sont soudain devenus amnésiques. D’autres se sont mis à pleurer, comme au théâtre, disant avoir été victimes de brutalités policières. Avez-vous déjà vu des témoins être malmenés ?

La MCIT a toujours traîné la réputation d’avoir des agents à la main lourde…
Beaucoup est dit sur la MCIT. Ce n’est pas nécessairement vrai.

Les traces de coups relevés sur Vinnesen Subaroyen, suspect dans le hold-up au siège de la MCB, et ceux sur le cadavre de Rajesh Ramlogun sont étonnement similaires. Qui est ce droitier expert en baffes?
Je ne vais passer aucun jugement. Je ne me voile pas la face en disant que la brutalité policière n’a jamais existé. Cette pratique ne s’est cependant pas perpétuée. Dans le cas de Rajesh Ramlogun, il ne s’est jamais plaint de brutalité lorsqu’il a été placé en détention.

Aurait-il marché sur des sabres d’après les traces sur la plante de ses pieds ?
Je ne peux expliquer les traces sur la plante de ses pieds. Par contre, je sais que ses lunettes se sont brisées lorsqu’il était en détention.

Quels sont les « fresh and compelling evidence » qui pourraient faire rouvrir l’enquête dans l’affaire Harte?
Des rapports ADN par exemple. Laissons travailler les nouveaux enquêteurs. Des échanges d’information ont déjà eu lieu entre les anciens. Une chose que je ne comprends pas, c’est comment l’ADN des deux suspects n’a pas été trouvé dans la chambre 1025 alors qu’ils ont admis avoir travaillé dedans. Les tests ADN sont, en fin de compte, complémentaires aux autres indices et témoignages. N’oubliez pas qu’un avocat avait révélé que son client avait avoué qu’un vol a mal tourné et regrettait son geste.

John McAreavey demande à ce que l’enquête soit menée par le surintendant de police Daniel Monvoisin. Est-il l’enquêteur providentiel ?
Daniel Monvoisin a été un collègue et il est un ami. Il est un officier qui se respecte. Il y en a d’autres comme lui. Il peut être inclus au sein d’une équipe d’enquêteurs. La police ne peut accepter toutes les demandes.

Quelles sont ces autres affaires non-résolues qui vous fendent le cœur ?
Celle de Nadine Dantier m’est restée en travers de la gorge. C’est triste de voir sa mère, Caroline, brisée par ce drame. Les policiers ne doivent pas laisser transparaître leurs sentiments. Mais nous sommes des humains après tout.

 

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