L’évolution des dépenses de consommation finale à Maurice
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Si les Mauriciens continuent de consommer davantage en valeur, le poids de la consommation finale dans l’économie diminue progressivement.
De l’alimentaire à l’électroménager, les commerçants observent une baisse de leur activité. La hausse des prix, la réduction de certaines allocations et l’érosion du pouvoir d’achat poussent les consommateurs à réduire leurs dépenses, soulignent-ils.
Depuis environ deux mois, Muhammad Shabaan Boodhoo observe un changement dans le comportement de ses clients. « Les clients achètent moins et certains reviennent au crédit », explique le gérant de Boodhoo Cold Storage qui vend du poulet, de la viande et des produits de mer. Selon lui, plusieurs ménages rencontrent des difficultés à boucler leurs fins de mois.
« Certains paient comptant, d’autres prennent à crédit et règlent à la fin du mois. C’est un retour au « carnet de crédit » », constate le gérant. Une situation qu’il attribue, d’une part à la baisse du pouvoir d’achat et de l’autre à la hausse de certains prix.
Dans le secteur de l’électroménager et de l’ameublement, Yusuf Cader constate également une baisse de l’activité. « Nous enregistrons une diminution des ventes d’environ 30 % », explique le directeur du magasin Cader Electro-Meubles. Selon lui, les ménages privilégient les dépenses alimentaires au détriment des achats considérés comme moins urgents. Il souligne aussi l’impact de la hausse des coûts. « Les meubles ont connu une hausse d’environ 20 % et l’électroménager autour de 10 % en raison de la cherté du fret et des matières premières. Cela a aussi eu un impact sur la demande », précise-t-il.
Pour Uttam Sumaroo, la baisse des ventes dans les supermarchés s’est accentuée au cours des deux ou trois derniers mois. « Les ventes ont diminué de manière importante, avec une baisse allant jusqu’à 50 % voire 60 % », affirme le secrétaire général de Masters Express. Il attribue principalement cette situation à la diminution du pouvoir d’achat. « Les consommateurs n’ont plus suffisamment de marge pour dépenser comme avant. Certaines allocations ont diminué alors que les prix continuent d’augmenter », explique-t-il. Cette tendance touche aussi bien les produits alimentaires que non alimentaires, selon lui.
Pour Dannysen Coopoosamy, le ralentissement actuel rappelle la période qui a suivi la pandémie de Covid-19. « La baisse des ventes ressemble à ce que nous avions connu après la Covid. Il y a des moments au courant de la journée où le marché de Port-Louis est vide », affirme le représentant du Front commun des commerçants de l’île Maurice et maraîcher au marché de Port-Louis. Il constate une diminution des ventes depuis le mois de mai. « Nous enregistrons une baisse de 50 % des ventes. Ce recul ne concerne pas uniquement le secteur des légumes : l’ensemble du commerce est touché. À titre d’exemple, les commandes de piments que je reçois des restaurants ont diminué d’environ 50 % », indique-t-il. Selon lui, les principales raisons sont la baisse du pouvoir d’achat et la réduction des allocations CSG.
Raakesh Bhageerutty, General Manager de Simla Way, observe une situation plus nuancée. « Après le Budget, les ventes de thon en conserve, dont le prix a baissé, ont fortement augmenté », explique-t-il. Selon lui, les consommateurs doivent toutefois adopter une approche plus réfléchie dans leurs achats. « Il faut acheter de manière plus intelligente et éviter le « panic buying ». Cela ne sert à rien de stocker des produits dont les prix sont subventionnés », souligne-t-il. Il reconnaît néanmoins que la consommation demeure affectée. « Il y a actuellement une baisse des ventes, probablement liée à plusieurs facteurs, notamment la diminution du pouvoir d’achat, la saison hivernale qui incite les gens à moins sortir, ainsi que les hausses de prix annoncées dans le Budget », estime-t-il.
Pour Vicky Hanoomanjee, consultant en commerce, le ralentissement de la consommation est clairement perceptible. « Les ventes ont baissé de 10 % à 20 % dans les grandes surfaces », affirme-t-il.
Selon lui, cette prudence s’explique par un ensemble de facteurs, notamment les incertitudes qui ont suivi le Budget, mais aussi la situation au Moyen-Orient. Pour le consultant en commerce, les ménages ajustent désormais leurs dépenses en fonction de leurs contraintes financières. « Un consommateur dispose d’un budget défini et ne peut pas le dépasser. Il est donc contraint de faire des choix. Il est devenu beaucoup plus prudent », souligne-t-il. Il observe aussi que la fréquence des achats a aussi diminué.