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Leur mère Rubina étant en détention : entre les moqueries et un quotidien difficile, Ashley prend soin de son petit frère 

Le jeune homme a posté sur les réseaux sociaux plusieurs photos-souvenirs prises avec sa mère.

À 24 ans, Ashley Jeebun est devenu le nouveau chef de famille depuis que sa mère Rubina Seetharamdoo a été arrêtée puis placée en détention à l’hôpital psychiatrique pour des propos blessants à l’égard des personnes en situation de handicap. Elle a laissé derrière elle un fils de 10 ans et aujourd’hui, c’est l’aîné qui a pris la relève. Il nous raconte son quotidien et les moqueries que subit sa famille. 

Il est 16 heures. Ashley Jeebun revient du travail. Fatigué, l’habitant de St-Pierre affiche pourtant un sourire, heureux de revoir son petit frère. Il remercie sa grand-mère qui a fait le trajet depuis Beau-Bois, comme tous les jours, pour garder le petit dernier de la famille quand lui il est au travail. Elle s’empresse de s’en aller pour ne pas manquer l’autobus afin d’arriver chez elle avant la tombée de la nuit. Elle vient de préparer du riz et des lentilles. Maintenant c’est à Ashley de prendre le relais. 

Il va vite prendre un bain et revient pour mettre la main à la pâte. Aujourd’hui, il compte préparer un curry de poulet. Le jeune homme avoue cependant qu’il n’est pas un cordon bleu. « Même si depuis mon plus jeune âge, ma mère m’a toujours appris à cuisiner, il y a beaucoup de choses que je ne sais pas encore faire, car c’était surtout elle qui nous préparait de bons petits plats à la maison », explique-t-il. 

Il lui arrive d’appeler une amie pour lui demander des conseils quand il n’est pas trop sûr, que ce soit pour la cuisine, pour les autres tâches à accomplir dans la maison ou même pour s’occuper de son frère. Ce dernier, âgé de 10 ans, allait à l’école avant la fermeture. 

« Je faisais en sorte qu’il ne manque pas l’école. Je faisais de mon mieux pour lui donner tout ce dont il avait besoin. Je devais rencontrer le responsable de l’école, mais il n’y a plus d’école (en présentiel ; NdlR) » dit-il. Il ajoute que les enseignants de l’école primaire de St-Pierre se sont montrés très solidaires de sa famille et il leur en est très reconnaissant. 

Acharnement 

« C’est une étape difficile pour toute la famille. Si pour moi qui suis adulte c’est difficile, mettez-vous à la place de mon petit frère. Il ne comprend pas pourquoi il est séparé de sa mère et pourquoi elle ne peut pas revenir à la maison. J’essaie de faire en sorte qu’il soit le moins perturbé possible et c’est bien de pouvoir compter sur des professionnels pour l’encadrer », confie Ashley.  

S’il concède que sa mère a eu tort d’agir ainsi, il ne comprend pas pourquoi les gens s’acharnent sur toute la famille, surtout sur les enfants de la principale concernée. « Je sais que ma mère a blessé beaucoup de personnes et je ne suis pas d’accord avec ses propos. Ce n’est pas la première fois que je le dis. Mais c’est ma mère. Si c’était moi qui avais fauté, elle ne m’aurait pas abandonné. Elle aurait été à mes côtés pour traverser cette épreuve ensemble. Je me dois d’en faire autant. Je présente une nouvelle fois des excuses à toutes les personnes qu’elle a pu blesser », indique le jeune homme. 

Il explique que certaines personnes continuent à lui envoyer des messages de menaces et des insultes ou encore à se moquer de lui. « On ne vous a rien fait. La justice décidera du sort de ma mère et on respectera ce qui sera décidé. Mais de notre côté, on ne peut pas être puni. Nous souffrons déjà de l’absence d’une maman dans notre vie. Pourquoi vouloir nous faire encore plus de mal ? »

Il travaille dur en ce moment pour s’occuper de son frère. « Mo travay kouma manev. Mo poz marb. Mo pa kapav travay ziska tar ou fer enn lot travay aswar akoz mo bizin okip mo frer. Me nou debrouye ek seki ena », dit-il. À l’heure où nous prenons congé de lui, Ashley aide son frère à faire ses devoirs. « Mo pou zwe inpe ek li apre nou pou al get inpe tikomik », lâche-t-il. Les deux dormiront par la suite dans la même chambre. Ils se confieront leur petit chagrin du jour et ils feront une prière, gardant l’espoir qu’ils ne seront bientôt plus seuls. 

Hospitalisée après avoir été placée en détention 

Rubina Seetharamdoo, 43 ans, aussi connue comme Chachi Rubina sur les réseaux sociaux, a été placée en détention le 23 octobre après avoir une nouvelle fois tenu des propos choquants à l’égard des personnes en situation de handicap. Plusieurs personnes représentant diverses institutions ont porté plainte contre elle. Elle a été appréhendée par une équipe de la Cybercrime Unit du Central Criminal Investigation Department.

Elle n’en était malheureusement pas à son premier délit, étant en liberté conditionnelle pour une autre infraction à l’Information and Communication Technologies Act, après son arrestation en date du 2 juillet. Elle avait été relâchée le 6 juillet après avoir fourni une caution de Rs 8 000. 

Le 23 octobre, elle avait affirmé qu’elle était souffrante et elle n’avait pas pu être interrogée par les policiers. Le 8 novembre, la police a demandé à la cour de Moka de rayer les accusations retenues contre l’internaute. Il a invoqué le fait que cette dernière se trouvait toujours à l’hôpital psychiatrique Brown-Séquard. Son médecin avait fait part aux enquêteurs que la patiente avait besoin d’un suivi psychologique à long terme. Un rapport sur son état de santé devra être remis par un panel de médecins. 

L’internaute a été testée positive à la COVID-19 

Ashley, qui voulait rendre régulièrement visite à sa mère, explique qu’il ne l’a vue qu’une fois. « C’était il y a quelques jours. Elle allait plutôt bien. On s’est parlé. Elle m’a demandé des nouvelles de mon petit frère. Elle me disait de faire bien attention à cause du virus, surtout quand il sort pour aller à l’école. Je l’ai rassurée. Elle me disait qu’elle allait vite retourner à la maison », se souvient-il.  

Ashley devait lui rendre visite dimanche dernier, car il travaille les autres jours de la semaine. « Le personnel de l’hôpital m’a toutefois informé qu’elle était en salle d’isolement dans une ‘Covid Ward’ car elle est positive à la COVID-19. Je ne pourrai pas la voir avant 14 jours. J’espère qu’on prend bien soin d’elle là-bas », avance son fils inquiet.

 

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