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Les réfugiés palestiniens confrontés à un nouveau déplacement alors que les bombardements israéliens frappent le Liban

Par Defimedia.info
Publié le: 17 mars 2026 à 14:15
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Liban

En 1948, les grands-parents de Manal Matar ont fui Akka (Acre), alors située dans le nord de la Palestine, pour se réfugier au Liban. Ils pensaient revenir rapidement, mais les frontières ont été fermées et la famille s’est installée dans le camp de Rashidieh, près de Tyr, une ville côtière du sud du Liban. Ils y vivent depuis.

Mais dans la nuit du 2 mars, les forces israéliennes ont commencé à bombarder intensément à proximité de leur domicile, selon Manal.

« Il y avait des bombardements tout autour de nous », a-t-elle raconté. Sa famille a alors fait ses bagages et pris la route vers le nord, au milieu du fracas des explosions. « La guerre était terrifiante, et nous avons passé plus d’une journée sur la route », a-t-elle ajouté.

Ils vivent désormais chez la tante maternelle de Manal, dans le camp de réfugiés de Beddawi, à Tripoli, dans le nord du Liban.

Manal fait partie des milliers de réfugiés palestiniens au Liban qui revivent aujourd’hui un traumatisme générationnel lié aux déplacements.

« Que Dieu nous protège pour que cette situation ne dure pas », a-t-elle dit, épuisée. Beaucoup de Palestiniens comme elle savent que l’exil n’est pas nécessairement temporaire. « Si Dieu le veut, cela prendra fin », a-t-elle ajouté.

« Nouvelle Nakba »

Israël a intensifié sa guerre au Liban le 2 mars, après une attaque du Hezbollah contre Israël, une première en plus d’un an.

Le Hezbollah affirme avoir agi en réponse à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei, deux jours plus tôt, lors d’une frappe israélienne marquant le début d’un conflit entre les États-Unis et Israël contre l’Iran. Un cessez-le-feu au Liban était officiellement en vigueur depuis le 27 novembre 2024, malgré plus de 15 000 violations israéliennes recensées par les Nations unies et le gouvernement libanais, ayant fait des centaines de morts.

Depuis, Israël a ordonné l’évacuation de plus de 14 % du territoire libanais, notamment dans le sud du pays et dans la banlieue sud de Beyrouth, connue sous le nom de Dahiyeh. Lundi, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a averti que les personnes déplacées « ne rentreront pas chez elles » tant que le nord d’Israël ne sera pas sécurisé.

Parmi les zones touchées figurent plusieurs camps de réfugiés palestiniens à Tyr, notamment Rashidieh, Burj Shemali et el-Buss, ainsi que les camps de Burj al-Barajneh et de Chatila à Beyrouth.

Les camps libanais accueillent des réfugiés palestiniens issus de la Nakba de 1948 et de la Naksa de 1967, périodes durant lesquelles des centaines de milliers de Palestiniens ont été expulsés de leur terre et leurs villages détruits.

Aujourd’hui, environ 200 000 réfugiés palestiniens vivent encore au Liban, parmi les populations les plus vulnérables en raison de restrictions sur l’emploi.

En période de guerre, cette vulnérabilité s’accentue. Depuis le 2 mars, plus de 800 000 personnes ont été déplacées au Liban à la suite des attaques israéliennes et des ordres d’évacuation.

Les déplacés se réfugient chez des proches, dans des hôtels ou louent des logements. Faute de moyens, certains trouvent refuge dans des écoles ouvertes par le ministère de l’Éducation.

Cependant, selon plusieurs sources, dont des travailleurs humanitaires et des Palestiniens, ces centres accueillent principalement des Libanais. Les autres populations vulnérables, comme les réfugiés syriens, les travailleurs domestiques étrangers ou les Palestiniens, doivent trouver d’autres solutions.

Yasser Abou Hawash vit près du camp d’el-Buss à Tyr depuis les années 1960. Lors des bombardements de 2024, il avait fui avec sa famille vers Beyrouth, où ils sont restés deux mois.

Joint par téléphone, il se trouvait toujours à Tyr mais envisageait de repartir à Beyrouth face à l’intensification des combats et à l’annonce d’une nouvelle opération terrestre israélienne dans le sud du Liban.

« Je vis ce que mes parents ont vécu en 1948 », a-t-il déclaré. « C’est une nouvelle Nakba, et elle se répète tous les dix ans. »

Déplacement générationnel

Dans le camp de Beddawi, les responsables indiquent que plus de 250 familles palestiniennes s’y sont réfugiées depuis Beyrouth ou le sud du Liban.

Dalal Dawali, assise dans la maison de sa mère à Beddawi, y est née et a grandi avant de s’installer à Dahiyeh après son mariage, il y a vingt ans.

Au début des combats, elle a fui avec ses quatre enfants vers le domicile familial, tandis que son mari est resté sur place.

« Chaque jour, nous espérons que la guerre prendra fin pour pouvoir rentrer chez nous », dit-elle. Dahiyeh est devenue sa maison, où elle vivait heureuse avec ses voisins.

Sa famille est originaire d’al-Khalisa, un village palestinien détruit, sur les ruines duquel a été construite la ville israélienne de Kiryat Shmona.

Ses grands-parents ont fui au Liban, où sa mère est née dans le camp de Nabatieh, lui-même détruit par Israël en 1974. Une grande partie de sa famille y a péri.

« Aujourd’hui, comme pour ma famille, la même chose m’arrive », confie Dalal.

Le traumatisme du déplacement générationnel reste profondément ancré chez les Palestiniens au Liban. Pour beaucoup, la Nakba ne s’est jamais achevée.

Aujourd’hui encore, certains craignent de ne jamais pouvoir rentrer chez eux.

Pour d’autres, comme Manal, la situation est devenue insoutenable.

« Nous ne ressentons plus ni sécurité ni stabilité », dit-elle. « La vie est terrifiante. »

« Nous n’osons plus envoyer nos enfants à l’école ou au travail. Nous ne savons pas d’où viendront les frappes. La situation, surtout dans le sud, est très difficile. »

Face à cette réalité, elle envisage pour la première fois de quitter Tyr.

« Je disais à mon mari : partons, trouvons une maison ailleurs, loin du sud », explique-t-elle.

Certains espèrent encore rentrer chez eux, comme Dalal, qui souhaite retrouver sa maison à Dahiyeh. D’autres gardent l’espoir de revoir un jour la Palestine.

« Nos parents ont été déracinés de Palestine, mais nous avons considéré le Liban comme notre patrie », confie sa mère, Em Ayman, en larmes. « Mais nous devons toujours retourner dans notre pays, en Palestine. »

Source : Al Jazeera

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