Les recommandations du rapport intérimaire sur la réforme de la pension
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Déposé à l’Assemblée nationale, le rapport intérimaire de la commission d’experts présente les principaux constats et recommandations devant guider la réforme des pensions.
Le système de retraite, si rien n’est fait, s’écroulera sous le poids de son financement. En cause ? Principalement une population qui rétrécit et qui vieillit, avec pour résultat, moins de travailleurs pour financer les retraités alors que le pays comptera de plus en plus de retraités. Le mardi 30 juin, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, a communiqué le rapport intérimaire de la commission d’experts sur la réforme des pensions.
C’était à la demande du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, durant la séance des questions au Premier ministre. Ce document a servi de base pour proposer dans le budget 2026/27 la réforme des pensions dont le gouvernement a dû abandonner le « means test » dans le sillage de la contestation populaire.
En 271 pages, ce texte propose une analyse sans détour sur l’état des finances du pays et l’avenir des aînés. Les experts tirent la sonnette d’alarme : avec le vieillissement rapide de la population et les dépenses qui augmentent chaque année, le modèle actuel ne pourra pas tenir sans de grands changements. Le rapport l’indique noir sur blanc : « le vieillissement de la population a un certain nombre d’implications sur l’économie, les finances publiques et la société ». Pour comprendre pourquoi ce texte provoque autant de discussions, il faut regarder les chiffres et les faits qu’il contient.
Le premier grand problème soulevé par les experts concerne la population mauricienne. En termes simples, l’île Maurice devient rapidement un pays de personnes âgées. Les chiffres de Statistics Mauritius montrent que les familles font beaucoup moins d’enfants qu’avant. En 1960, une femme avait en moyenne presque six enfants. En 2024, ce chiffre est passé à seulement 1,34 enfant par femme. C’est bien en dessous du niveau de 2,1 enfants qui est nécessaire juste pour que la population ne baisse pas.
En même temps, grâce aux progrès de la médecine et à une meilleure qualité de vie, les Mauriciens vivent beaucoup plus longtemps. L’espérance de vie, c’est-à-dire l’âge moyen jusqu’auquel on vit, était de 76 ans en 2024. Par conséquent, le nombre de personnes âgées augmente très vite. En 2014, les personnes de 60 ans et plus représentaient environ 14,6 % de toute la population. En 2024, ce chiffre est monté à 21 %. Les experts pensent que ce groupe représentera 30 % des Mauriciens en 2042, et même 40 % en 2062.
Pour bien comprendre ce changement profond, le document montre l’âge médian, -c’est l’âge qui coupe la population exacte en deux moitiés : une moitié des habitants est plus jeune, l’autre moitié est plus âgée.
• En 1962, l’âge médian était très bas, à seulement 17,6 ans. Le pays était donc rempli de jeunes.
• En 2015, cet âge médian était passé à environ 35 ans.
• La commission avertit d’un changement majeur : d’ici 2064, la moitié de la population aura plus de 46 ans.
Le document indique que nous passons d’une société «lourde en jeunes» à une société «lourde en personnes âgées». Ce vieillissement très rapide, où l’âge médian rattrape et dépasse même l’âge moyen, annonce de grosses difficultés pour payer les retraites sur le long terme. Quand la moitié du pays a plus de 46 ans, les besoins changent : il faut plus de soins de santé et de maisons de retraite, ce qui coûte cher à l’État.
Ce vieillissement a une conséquence directe et mathématique : il y a de moins en moins de jeunes adultes pour travailler et payer les impôts qui financent les pensions des plus âgés. Le rapport prévient d’ailleurs qu’ « à mesure que la population en âge de travailler diminue, cela aura un impact négatif sur les activités économiques ». C’est ce qu’on appelle la baisse du « soutien actif ».
Le rapport montre la chute vertigineuse du nombre de travailleurs disponibles pour chaque retraité. Voici quelques chiffres :
• En 1962, le système était très solide car il y avait environ 16 travailleurs (16,02) pour soutenir un seul retraité.
• En 1990, ce chiffre avait déjà baissé à environ douze travailleurs pour un retraité.
• En 2025, la situation devient critique avec seulement 4,7 travailleurs pour soutenir un retraité.
• Le pire est à venir : les experts prévoient qu’en 2064, il n’y aura plus que 2,47 travailleurs pour chaque retraité.
Ce qui représente une chute énorme de 84,6 % du soutien des travailleurs depuis 1962. En même temps, le «ratio de dépendance des personnes âgées» (qui mesure le poids des plus de 65 ans par rapport aux personnes en âge de travailler) explose. Le ratio passe de 62,4 en 1962 à un chiffre prévu de 404,6 en 2064. C’est une augmentation massive de +548 %. La base de jeunes qui soutient financièrement le pays se réduit de plus en plus vite.
Le grand débat politique aujourd’hui concerne la Basic Retirement Pension (BRP). C’est la pension de base que le gouvernement donne à toutes les personnes âgées, même si elles n’ont jamais cotisé ou mis de l’argent de côté pendant qu’elles travaillaient.
Le rapport souligne un très gros problème : cette pension coûte de plus en plus cher, beaucoup plus que ce que le pays gagne. « De 2001 à 2024, le montant de la BRP a augmenté de 900 % alors que le revenu moyen n’a progressé que de 233 % ». L’argent qui sort grandit donc beaucoup plus vite que l’argent qui rentre », notent les experts.
Ces augmentations ont complètement changé le budget du gouvernement. En 2010, la pension de base représentait une petite part de la richesse du pays (1,9 % du PIB). Aujourd’hui, elle représente une part énorme (7,8 % du PIB). Pour l’année 2024-2025, le gouvernement utilise presque un quart (24,5 %) de tout l’argent de ses dépenses courantes juste pour payer cette pension.
Les experts rappellent aussi que l’île Maurice est une exception dans le monde. Le rapport précise qu’« aucun autre pays au monde ne verse de prestations non contributives (à 60 ans) plus tôt que les prestations contributives (à l’âge légal de la retraite de 65 ans) ».
De grandes organisations mondiales, comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, ont averti l’île Maurice. Elles disent très clairement que « les politiques actuelles menacent la durabilité du système de retraite ». Pour éviter cette situation, les experts proposent de grands changements pour rendre les choses plus justes et viables.
La première idée forte est d’arrêter de donner la pension de base (BRP) à absolument tout le monde de la même façon.
Les experts proposent d’introduire un système de « ciblage ». Ce qui veut dire qu’il faut donner cette aide financière en priorité aux personnes âgées qui n’ont pas beaucoup d’argent et qui en ont vraiment besoin pour vivre. Le rapport justifie cette position en indiquant que « seulement 11 % des bénéficiaires de la BRP de vieillesse ont de faibles revenus ».
La deuxième grande idée est de créer un tout nouveau système pour remplacer les anciens, appelé le «NPF 2.0». Ce nouveau mécanisme à cotisations définies remplacerait toutes les taxes et caisses compliquées qui existent aujourd’hui, comme la CSG, l’ancien NPF 1.0, le NSF et le PRGF. Le but est de supprimer le plafond des cotisations pour que les pensions contributives soient plus élevées et liées directement à l’effort d’épargne de chacun.
Le grand défi, selon cette commission d’experts — présidée par Ashok Prayag —, est de trouver un équilibre parfait. Il faut s’assurer que les retraités perçoivent assez d’argent pour vivre dignement, tout en faisant attention à ne pas écraser les jeunes travailleurs de demain sous le poids du financement des pensions.