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Les priorités des CEO pour construire un pays plus résilient

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 6 June 2026 à 17:30
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CEOs

Dans le cadre du Budget 2026-2027, des acteurs majeurs du secteur privé proposent d’investir dans les talents mauriciens, d’accélérer la transition écologique, d’encourager l’innovation et de renforcer l’image de Maurice sur la scène régionale et internationale. 

Patrice Maury, CEO de Celero Group : « Le développement du capital humain est une priorité  »

Maurice est depuis longtemps connu comme l’une des économies les plus stables et performantes d’Afrique. Toutefois, dans un environnement mondial en rapide évolution, marqué par l’innovation technologique, le changement climatique et la concurrence internationale, le pays doit redéfinir ses priorités afin de garantir sa résilience économique et sa compétitivité à long terme. À l’approche du Budget 2026–2027, Maurice devrait se concentrer sur quatre priorités clés : le développement du capital humain, la transformation et la diversification des industries, son positionnement comme hub régional entre l’Asie et l’Afrique et le maintien d’une forte stabilité sociale et politique. 

Le développement du capital humain est une priorité. Maurice dispose de ressources naturelles limitées et sa principale force réside dans sa population. Investir dans l’éducation et améliorer les compétences de la main-d’œuvre sont essentiels pour rester compétitif à l’échelle mondiale. Le système éducatif doit préparer les étudiants et les travailleurs aux réalités de l’économie moderne, où l’automatisation, l’intelligence artificielle, la robotique et les technologies numériques transforment les industries. Maurice doit donc encourager l’apprentissage tout au long de la vie et la formation technique afin de doter sa main-d’œuvre de compétences numériques et analytiques. Ce qui contribuera à attirer les investissements et à créer des emplois à plus forte valeur ajoutée. 

La deuxième priorité est la transformation industrielle et la diversification économique. Maurice a longtemps compté sur des secteurs traditionnels comme le textile, le sucre et le tourisme. Si ces secteurs demeurent importants, une dépendance excessive à quelques piliers expose l’économie aux chocs externes. Le pays doit donc se diversifier vers des secteurs émergents à fort potentiel, notamment l’énergie verte, les services numériques, la technologie financière, la santé, la biotechnologie et l’économie bleue. En parallèle, les industries existantes doivent être transformées grâce à la technologie et à des pratiques durables afin d’améliorer leur productivité et leur compétitivité à long terme. 

La troisième priorité est d’établir Maurice comme un hub privilégié reliant l’Asie et l’Afrique pour les opérations maritimes, l’aviation, la finance et le commerce. Grâce à sa position stratégique dans l’océan Indien, Maurice peut servir de passerelle pour l’investissement et les échanges entre les deux continents. Pour atteindre cet objectif, le pays doit renforcer et moderniser ses infrastructures logistiques et sa chaîne d’approvisionnement : les ports, les aéroports et la connectivité numérique. Maurice doit également revoir et améliorer ses accords de libre-échange afin de faciliter le commerce régional et international. Des procédures douanières efficaces et des services financiers solides renforceraient son attractivité comme hub régional. 

Enfin, la stabilité sociale et politique demeure un pilier fondamental de la prospérité économique. Les investisseurs sont attirés par les pays où les institutions sont solides, la gouvernance transparente et l’État de droit respecté. Maurice a historiquement bénéficié d’une stabilité politique et d’une gouvernance démocratique qui ont contribué à la confiance des investisseurs. Il est donc essentiel de continuer à promouvoir l’intégrité, la responsabilité et la cohésion sociale. 

En conclusion, Maurice peut sécuriser son avenir économique en investissant dans sa population, en diversifiant son économie, en renforçant son rôle de hub régional, et en préservant une gouvernance solide et stable.


Heba Capdevila Jangeerkhan, CEO du groupe Medine : « La transition écologique devrait être une des priorités »

À l’approche du Budget 2026-2027, quelles devraient être, selon vous, les quatre grandes priorités pour assurer l’avenir économique de Maurice ?

« Pour surmonter ensemble les défis actuels et bâtir une croissance solide, la collaboration étroite entre le secteur public et le secteur privé reste notre plus grande force. En tant qu’acteurs économiques, notre rôle est d’accompagner cette dynamique avec humilité, dans un esprit de partenariat. C’est dans cette optique de réflexion commune que quatre orientations me semblent essentielles pour l’avenir.

La première réflexion concerne l’accompagnement de la transition écologique. Produire une énergie plus verte et locale est un objectif partagé qui renforcera la compétitivité de notre économie. Nous pourrions explorer de nouvelles pistes pour encourager encore plus d’investissements dans le solaire ou la biomasse. 

La guerre au Moyen-Orient nous a donné encore des raisons d’investir dans des énergies vertes, car toute défaillance dans notre approvisionnement électrique ralentirait l’économie de façon significative. De même, intégrer le développement durable au cœur de l’aménagement du territoire, à travers des infrastructures vertes et une gestion optimisée des ressources, est un projet d’avenir que nous pouvons porter ensemble.

La deuxième orientation repose sur le soutien à la transition agricole pour notre autonomie alimentaire. Les fluctuations mondiales nous rappellent l’importance de valoriser nos terres. En encourageant une agriculture plus technologique et respectueuse de l’environnement, il devient possible de développer une production locale à forte valeur ajoutée. 

Pour y parvenir, il nous faut un accompagnement et une vision clairs du gouvernement, afin d’assurer la rentabilité des entreprises opérant dans le secteur agricole. C’est également une opportunité de structurer des filières solides, qui seront bénéfiques pour le consommateur mauricien tout en créant des emplois directs et indirects.

La troisième idée touche au développement des compétences et à l’épanouissement des talents. Le capital humain est la richesse la plus précieuse des entreprises et du pays. Pour répondre aux besoins des nouveaux métiers, nous gagnerions à renforcer les ponts entre les formations existantes et les réalités du terrain.

Réfléchir ensemble à des solutions attractives permettrait de donner envie à nos jeunes professionnels mauriciens de bâtir leur carrière ici, tout en accueillant, de manière ciblée, les compétences internationales nécessaires à notre croissance.

Enfin, la quatrième orientation s’articule autour de l’innovation et de la modernisation de nos infrastructures. Continuer à simplifier la vie des entreprises à travers le numérique est un levier formidable pour l’attractivité de Maurice. En poursuivant les efforts d’amélioration de nos réseaux et de nos infrastructures logistiques, nous offrons à des secteurs clés comme le tourisme ou le développement urbain les outils nécessaires pour continuer à évoluer. Cependant, il faut aussi réduire, dans un souci d’inclusion, la fracture numérique.

À Medine, à travers nos piliers agriculture, immobilier, éducation et loisirs, nous croyons fermement en ce modèle de développement responsable et nous nous efforçons, à notre échelle, de traduire ces priorités en actions concrètes pour le pays. En unissant nos forces autour de ces ambitions partagées, ce prochain budget pourra consolider une prospérité durable où le progrès économique rime avec bien-être social et préservation. »


Charles Harel, CEO du groupe Harel Mallac : « La pénurie de main-d’oeuvre est un frein à la croissance »

La question n’est plus de savoir si Maurice doit se transformer, mais à quelle vitesse et avec quelle lucidité le pays va le faire. En tant que groupe présent dans l’équipement industriel, la technologie, les produits chimiques et les services, nous observons le tissu économique de l’intérieur. Ce que nous voyons nous commande d’être directs sur quatre priorités. 

Investir dans le capital humain 

La pénurie de main-d’œuvre qualifiée est aujourd’hui l’un des freins les plus tangibles à notre croissance. Maurice a un besoin urgent de techniciens, d’ingénieurs et de spécialistes en automatisation et en numérique. Le Budget doit engager une réforme ambitieuse de la formation technique et professionnelle — apprentissages, certifications sectorielles, filières STEM renforcées — en transformant le partenariat public-privé en mécanisme concret de cofinancement. Des crédits de formation, des bourses de certification et des programmes d’intégration de jeunes diplômés cofinancés permettraient de renforcer les capacités locales tout en réduisant notre dépendance à l’expertise importée. 

Moderniser l’infrastructure productive et énergétique 

La compétitivité de Maurice se joue aussi dans ses bâtiments, ses usines et ses équipements. Le Budget devrait introduire des incitations substantielles à l’investissement dans les équipements industriels modernes, l’automatisation, les systèmes de gestion intelligente des bâtiments et l’efficacité énergétique — intégration des énergies renouvelables, smart infrastructure, technologies de sécurité. Réduire les coûts opérationnels tout en améliorant l’empreinte environnementale des entreprises n’est pas un luxe : c’est une condition de survie compétitive. Un environnement réglementaire plus agile — délais d’approbation raccourcis, procurement simplifié, soutien aux entreprises techniques locales — est le socle sans lequel aucun de ces investissements ne se concrétisera. 

Accélérer la transformation numérique 

Il nous faut un cadre d’investissement structuré qui accompagne les microentreprises vers l’adoption du numérique, les PME vers la transformation de leurs processus, et les grandes entreprises vers des projets à fort impact : cybersécurité, intelligence artificielle, cloud et automatisation. Ces ambitions numériques ne peuvent se déployer sans stabilité monétaire. Dans un pays où une large part de nos intrants est importée, la disponibilité des devises et la maîtrise du taux de change déterminent la viabilité de nos entreprises au quotidien. Le Budget doit prévoir des mécanismes de facilitation des paiements en devises pour les projets stratégiques, des dispositions d’ajustement de prix pour les équipements importés et des politiques cohérentes pour attirer des investissements directs étrangers en soutien à la roupie. 

Positionner Maurice comme hub régional d’exportation de services   

Maurice possède les atouts pour exporter vers l’Afrique et la région des services à haute valeur ajoutée — ingénierie, numérique, cybersécurité, fintech et intégration technologique et solutions durables. Mais cette ambition réclame un accompagnement : incitations à l’exportation, missions de prospection cofinancées, partenariats avec les institutions de développement et soutien aux entreprises locales qui construisent des solutions qui peuvent être déployées au-delà de nos frontières. 

Ces quatre priorités ne sont pas des vœux pieux. Ce sont des leviers identifiés sur le terrain, à travers nos activités quotidiennes. Le Budget 2026-2027 a l’opportunité d’être celui de la rupture — celui qui aura enfin su transformer les ambitions de Maurice en résultats mesurables.


Fabien de Marassé-Enouf, CEO Alteo Group : « Un budget d’exécution »

« La première est la productivité. Notre économie a longtemps progressé grâce à son ouverture sur de nouveaux marchés et à l’investissement. Aujourd’hui, elle doit gagner en efficacité. Cela passe par des incitations fortes à la modernisation des secteurs traditionnels, l’adoption plus rapide de la technologie, la simplification des procédures administratives et une meilleure utilisation des ressources disponibles. Dans l’agriculture, l’industrie, l’immobilier ou les services, la question n’est plus seulement de produire plus, mais de produire mieux, avec moins de gaspillage et davantage de valeur ajoutée.

La deuxième priorité concerne les compétences et le travail. La rareté et le désalignement de la main-d’œuvre sont devenus l’un des principaux freins à la croissance. Il faudrait investir massivement dans la formation et l’employabilité, tout en permettant aux entreprises d’accéder, de manière encadrée et responsable, aux compétences dont elles ont besoin, même si celles-ci doivent venir de l’étranger. Maurice doit aussi rendre ses métiers essentiels plus attractifs, notamment dans l’agriculture, la construction, l’énergie et les métiers techniques. La troisième priorité est la transition énergétique et climatique. Le pays doit accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la gestion de l’eau et la résilience des infrastructures. Cette transition ne peut pas être uniquement réglementaire. Elle doit créer des opportunités concrètes pour les entreprises, les ménages et les territoires. Maurice a besoin d’un cadre stable, lisible et incitatif pour mobiliser le capital privé autour de projets qui réduisent notre dépendance énergétique
Enfin, la quatrième priorité est l’aménagement durable du territoire. Le développement économique ne peut pas se limiter aux pôles déjà saturés. Il faut mieux connecter les régions, améliorer les infrastructures, soutenir la création d’emplois en dehors des centres urbains traditionnels et encourager des projets intégrés qui combinent logement, activité économique, services, mobilité, agriculture et espaces naturels. »


Emmanuel Wiehe, CEO d’Inicia : « Produire davantage localement »

« La première priorité est de renforcer la production locale et de réduire notre dépendance aux importations. C’est souvent en période de crise que cette question revient au premier plan. Des progrès ont été réalisés, notamment avec des initiatives comme le label « Made in Moris », mais cet élan ne doit pas retomber une fois la crise passée. Dans un pays insulaire comme Maurice, nous ne pourrons jamais tout produire localement. Mais là où cela est possible, nous devons nous donner les moyens de bâtir des filières solides, structurées et durables. L’aviculture en est un bon exemple. Cette industrie, née il y a plus de 50 ans grâce à la vision d’entrepreneurs engagés, permet aujourd’hui à Maurice d’être autosuffisante en poulet et en œufs depuis de nombreuses années. Cela montre qu’avec une vision de long terme et un cadre approprié, d’autres secteurs peuvent aussi se structurer et réussir. 

La deuxième priorité est de revaloriser les métiers et de retenir les talents. Le manque de main-d’œuvre constitue déjà un frein important pour de nombreux secteurs et oblige les entreprises à recruter des travailleurs étrangers, malgré des démarches administratives encore complexes. Mais au-delà de cette réalité, il y a aussi un enjeu de reconnaissance.

Certains métiers, notamment dans l’agriculture et l’aviculture, souffrent encore d’une image dévalorisée. Pourtant, ce sont des métiers essentiels, qui permettent de nourrir la population et de contribuer à la sécurité alimentaire du pays. Ils demandent de la rigueur, de l’engagement et du savoir-faire. Plus largement, Maurice doit créer les conditions nécessaires pour retenir ses talents. Trop de jeunes quittent le pays pour construire leur carrière à l’étranger. Nous devons leur redonner confiance dans les opportunités qu’offre Maurice et leur montrer qu’ils peuvent y trouver des métiers porteurs de sens, d’avenir et de fierté. 

La troisième priorité est d’accélérer et de moderniser les procédures administratives. La lourdeur des démarches, notamment pour l’obtention des permis, ralentit fortement le développement économique. Certains projets mettent plusieurs années avant de voir le jour, ce qui fragilise leur viabilité et décourage de nombreux investisseurs. Maurice dispose d’entrepreneurs et de porteurs de projets prêts à contribuer au développement du pays. Il est donc essentiel de leur offrir un environnement plus fluide et plus réactif. Simplifier les procédures ne signifie pas réduire les contrôles ni négliger les normes nécessaires. L’enjeu est plutôt de mettre en place un système plus efficace, mieux coordonné et davantage tourné vers les solutions. 

La quatrième priorité est de protéger notre environnement et de promouvoir un développement durable. Préserver notre île est indispensable pour maintenir la qualité de vie des Mauriciens et l’attractivité touristique de Maurice. Cette responsabilité doit être partagée entre les citoyens, les entreprises et les autorités. Chez Inicia, plusieurs initiatives ont été mises en place dans cet esprit : des emballages d’œufs fabriqués localement à partir de papier recyclé mauricien, la suppression d’une partie du cartonnage au profit de boîtes réutilisables, la valorisation prochaine des fientes de poulet en compost pour offrir à l’agriculture mauricienne une alternative locale aux fertilisants chimiques importés, et un projet de production d’énergie solaire qui permettra, dès 2027, de couvrir les besoins énergétiques du groupe.»

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