Les femmes et l’ingénierie : l’audace d’oser - Kasturi et Hamsini, deux Mauriciennes qui défient les stéréotypes

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 9 mars 2026 à 15:30
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Hamsini Chelumbrun et Kasturi Laxmi Mohit.
Hamsini Chelumbrun et Kasturi Laxmi Mohit.

Dans un univers longtemps dominé par les hommes, certaines femmes tracent leur propre voie avec courage. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, portraits de Kasturi Laxmi Mohit et Hamsini Chelumbrun-Sornum, deux Mauriciennes passionnées d’ingénierie qui ont défié les stéréotypes pour s’imposer dans des métiers techniques exigeants.

Dans les salles de contrôle, au cœur des infrastructures techniques ou derrière les systèmes complexes qui font fonctionner des machines et des réseaux, les femmes sont encore peu nombreuses. Pourtant, certaines d’entre elles ont choisi d’embrasser ces carrières techniques avec conviction. Kasturi Laxmi Mohit et Hamsini Chelumbrun-Sornum font partie de cette nouvelle génération de Mauriciennes qui n’ont pas hésité à s’aventurer dans des domaines autrefois considérés comme réservés aux hommes.

Kasturi Laxmi Mohit : au cœur des systèmes du métro mauricien

À 30 ans, Kasturi Laxmi Mohit occupe un poste stratégique comme Systems Engineer au sein de Metro Express Ltd. Derrière les trajets fluides et les rames qui circulent chaque jour sur le réseau de métro léger à Maurice se cache un univers complexe de technologies, de systèmes informatiques et de mécanismes de contrôle. C’est précisément dans cet univers qu’elle évolue.

Son rôle consiste à travailler sur les systèmes de contrôle et de surveillance qui assurent le bon fonctionnement quotidien du réseau. Des systèmes invisibles pour les passagers, mais essentiels pour garantir la sécurité et la fiabilité du transport. « Quand les gens prennent le métro, ils voient simplement un train qui arrive à l’heure et les conduit d’une station à l’autre. Mais derrière cela, il existe une infrastructure technologique très complexe qui doit fonctionner parfaitement », explique-t-elle.

Depuis les centres techniques, elle participe à la maintenance et à l’amélioration de ces systèmes interconnectés qui permettent au métro de fonctionner de manière fluide. Mais ce goût pour la technologie et la compréhension des dispositifs ne date pas d’hier. En effet, très tôt, Kasturi développe une curiosité pour la manière dont les choses fonctionnent. Cette fascination pour la logique des machines et des systèmes la pousse naturellement vers l’ingénierie.

Elle décide alors de poursuivre des études en Electronics and Communication Engineering au National Institute of Technology en Inde, grâce à une bourse ICCR. Toutefois, partir étudier à l’étranger n’a pas été un choix facile. Cela signifiait quitter son environnement familial et s’adapter à un nouveau pays, une nouvelle culture et un système académique exigeant. Cependant, elle n’a jamais douté. « Mes parents ont toujours été mon plus grand soutien. Leur confiance m’a donné la force de poursuivre mes études et de croire en mes capacités », dit-elle.

Aujourd’hui, son parcours illustre parfaitement la force de la persévérance. Pour elle, le progrès n’est pas une question de coups d’éclat ou de succès instantanés. « Les grandes réussites ne viennent pas toujours de percées soudaines. Elles se construisent souvent grâce à la constance, la patience et la discipline de continuer à avancer, jour après jour », précise-t-elle.

Dans un environnement technique où les femmes restent encore minoritaires, Kasturi a aussi appris la valeur de la résilience. « Les défis font partie du parcours. Mais je les vois comme des opportunités d’apprendre et de développer un état d’esprit tourné vers la progression », fait-elle ressortir.

Pour cette trentenaire, l’ingénierie est un domaine où l’apprentissage ne s’arrête jamais. Elle indique : « Il faut toujours être prêt à évoluer, à apprendre de nouvelles technologies et à améliorer ce que l’on fait ».

Hamsini Chelumbrun-Sornum : suivre sa passion pour l’automobile

Le parcours de Hamsini Chelumbrun-Sornum témoigne lui aussi d’un choix audacieux. À 27 ans, elle fait partie de ces femmes qui ont choisi un domaine technique encore largement masculin : l’ingénierie automobile. Un choix qui s’est imposé à elle après ses études secondaires. 

Comme tous les jeunes, elle se retrouve face à cette question : quelle direction donner à sa vie professionnelle ? « Après avoir complété mes études, je cherchais quelque chose de nouveau et qui soit aussi en demande sur le marché », raconte-t-elle. C’est ainsi qu’elle découvre le domaine de l’automobile. Un univers qui la fascine immédiatement.

Elle décide alors de poursuivre un Bachelor of Engineering en Automobile Engineering au Madras Institute of Technology à Chennai, en Inde. Un choix ambitieux, mais parfaitement assumé. Là encore, le soutien familial joue un rôle essentiel. « Ma mère m’a toujours soutenue dans tout ce que j’ai voulu entreprendre. Elle a toujours cru en moi et en mes choix », confie Hamsini.

Dans un domaine où les femmes sont encore peu nombreuses, elle a rapidement compris qu’il fallait développer une forte détermination. Pour elle, les problèmes ne sont jamais des freins, bien au contraire. « Les difficultés sont des défis. Les obstacles ne sont pas quelque chose de négatif. Ce sont des occasions de se dépasser, d’apprendre et de progresser », dit-elle.

Cette philosophie l’accompagne dans chaque étape de son parcours. Elle considère que chaque problème technique est aussi une opportunité de trouver une solution innovante. C’est d’ailleurs précisément cette capacité d’analyse et de persévérance qui fait la force des ingénieurs.

Oser sortir des sentiers battus

Le parcours de Kasturi et Hamsini met en lumière une réalité encore bien présente : les femmes restent sous-représentées dans les métiers de l’ingénierie et de la technologie. Selon plusieurs études internationales, elles sont encore une minorité dans les domaines scientifiques et techniques, mais les mentalités évoluent progressivement.

De plus en plus de jeunes filles choisissent aujourd’hui des carrières dans les STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) et des exemples comme ceux de Kasturi et Hamsini jouent un rôle important. Leur parcours montre qu’il est possible de réussir dans ces domaines, à condition de croire en ses capacités et de ne pas se laisser enfermer dans des stéréotypes.

« Il ne faut pas avoir peur de choisir un domaine qui nous passionne, même s’il est traditionnellement masculin », affirme Kasturi. Une vision que partage Hamsini : « Ce qui compte, c’est la passion et la volonté d’apprendre. Si vous aimez ce que vous faites, les obstacles deviennent plus faciles à surmonter ».

À travers leurs parcours, ces deux Mauriciennes représentent une nouvelle génération de femmes qui refusent de limiter leurs ambitions. Elles incarnent une vision moderne de l’ingénierie : un domaine où les talents, les idées et la détermination comptent bien plus que le genre. Leur histoire rappelle aussi le rôle essentiel de l’éducation et du soutien familial dans la réussite des jeunes femmes. Car derrière chaque parcours courageux se trouvent souvent des parents, des mentors ou des enseignants qui ont soutenu ces choix.

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, leur message résonne comme une invitation adressée à toutes les jeunes filles qui rêvent d’un avenir dans les sciences ou la technologie. Oser choisir sa voie, oser apprendre, oser croire en ses capacités.

Comme le résume Kasturi avec simplicité : « Le plus important est de continuer à avancer et de toujours chercher à s’améliorer ». Et Hamsini d’ajouter : « Chaque obstacle peut devenir une opportunité si l’on choisit de le voir comme un défi ». Deux parcours différents, une même conviction : le courage d’oser peut transformer un rêve en réalité.

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