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Les enseignants montent au créneau : les examens nationaux de Form III posent problème

Les examens de la Form III sur le plan national ne font pas l’unanimité.  Les enseignants souhaitent qu’il y ait une plus grande collaboration entre les acteurs concernés.

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Placés sous la responsabilité du Mauritius Examinations Syndicate (MES), les examens de la Form III  permettent d’évaluer le niveau de l’élève à la fin du ‘lower secondary’ afin que celui-ci puisse accéder en Form IV. Selon un responsable du ministère de l’Éducation, les résultats permettent aussi de prendre les mesures qui s’imposent pour améliorer le taux de réussite au School Certificate (SC).

Mais la façon dont se tiennent ces examens n’est pas du goût de tous les enseignants. Ces derniers ne trouvent pas juste le fait que tous les élèves de la Form III aient droit aux mêmes questionnaires. Ils soutiennent qu’en l’absence de rencontres régulières avec les autorités compétentes et de statistiques formelles, il est impossible de travailler dans l’intérêt des élèves.

Difficultés des élèves

Le président de l’Education Officers Union (EOU), Beeharry Panday, insiste sur le fait que « si dans certains collèges, les élèves n’éprouvent pas de mal à terminer leurs questionnaires, dans d’autres, ils n’arrivent même pas à obtenir la moyenne. Il est un fait que tous les élèves à travers l’île n’ont pas le même niveau. Dans des collèges considérés comme ‘star’, les élèves n’éprouvent aucune difficulté, alors que dans les collèges régionaux, ils peinent ».

La raison en est simple, dira Yayha Paraooty. Car tous les élèves n’ont pas le même niveau, mais suivent le même programme d’études. Le président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE) de préciser : « Depuis le début de ces examens au niveau national, nous avons dit que plusieurs élèves des collèges privés ou régionaux éprouvaient des difficultés à travailler comme il se doit. Il faut agir, nous ne pouvons pas tenir les élèves en otage. Car plusieurs élèves n’arrivent pas à assimiler en classe. »

Selon Yayha Paraooty, lorsque les évaluations avaient débuté en 2014, le directeur du MES d’alors, Lucien Finette, avait réuni tous les responsables des collèges et des enseignants pour discuter des enjeux de ces examens. «    Il est triste de constater que nous n’avons plus de telles rencontres ou que nous ne connaissons pas le taux de réussite à ces épreuves. Ces informations auraient été utiles pour l’éducation de nos élèves », souligne Yayha Paraooty.

Navin Janghi, qui enseigne l’anglais, estime qu’il est difficile pour un enfant qui n’a pas la base, de réussir ses examens. « Il existe des élèves qui ont un niveau très faible et qui, malgré tous leurs efforts et ceux des enseignants, ne peuvent même pas lire un paragraphe convenablement ou encore écrire leur nom.  » Un des objectifs des examens de Form III est de permettre à l’élève de faire le bon choix pour la suite de ses études. Et de poursuivre : « Normalement, le choix des matières pour passer en Form IV doit se faire aux mois de juillet-août. Les résultats des examens nationaux qui se tiennent normalement au mois d’octobre permettent d’avoir une idée plus précise de la filière à suivre. »

Promotion automatique

L’enseignant Navin Janghi fait état de la promotion automatique qui existe dans les établissements secondaires. Cette pratique ne devrait pas se faire dans tous les cas, dit-il. « Avec la promotion automatique, tous les élèves se retrouvent en classe supérieure alors que leur niveau laisse à désirer. Il faut trouver les moyens d’encourager les élèves à donner le meilleur d’eux-mêmes. »

Certaines pratiques des élèves sont mises à l’index par les enseignants. « Les adolescents savent déjà ce qu’ils vont faire en Form IV. Ainsi, ils travaillent davantage dans les matières qu’ils vont continuer à étudier, au détriment des autres. Cette façon de faire n’est pas bonne pour les statistiques, car souvent les élèves rendent des questionnaires vides aux examinateurs », déplorent certains enseignants.

Dans le privé

Dans les collèges privés, les enseignants sont d’avis que le niveau est trop élevé pour les élèves. Harris Bachwa, le porte-parole de la Fédération des managers des collèges privés, explique : « Nous accueillons des élèves qui ont réussi le Certificate of Primary Education (CPE) avec 4D et 1E. Nous devons tout faire pour les encourager à donner le meilleur d’eux-mêmes. Certains arrivent à franchir le cap alors qu’il faut beaucoup investir chez les autres. »

Bhojedarsad Jugdambi, secrétaire de l’UPSEE, fera ressortir, lui, que tous les collèges n’utilisent pas les mêmes manuels. « Tous les collèges ont le même programme d’études, mais chacun utilise ses manuels en fonction du niveau des élèves qu’il accueille. Cela fait une grande différence dans les résultats. Les collèges qui accueillent les élèves ayant d’excellents résultats au  CPE n’utiliseront jamais les manuels de certains collèges privés où les enseignants doivent refaire la base », déclare Bhojedarsad Jugdambi .

Puis, il y a aussi le phénomène du relâchement. Les enseignants ont remarqué que les enfants ne veulent plus étudier lorsqu’ils sont en Grade 7 (Form I). Ce comportement est, selon Bhojedarsad Jugdambi, souvent encouragé par des parents qui disent que leurs enfants ont beaucoup étudié pour passer le CPE, qu’il faut leur donner du temps pour se reposer et qu’ils se rattraperont par la suite. 

Promotion en Form IV

Par ailleurs, la promotion en Form IV dans plusieurs collèges ne se fait pas selon les résultats obtenus lors des examens nationaux. La direction de nombreux collèges doit ainsi se baser sur les résultats obtenus au cours du premier ou du deuxième trimestres ou organiser d’autres examens. Une situation déplorée par  Yayha Paraooty. «  Je crois que les autorités devraient se pencher sur cet aspect des choses dans le cadre de la réforme éducative. »

En effet, le Nine-Year Continuous Basic Education prévoit qu’à la suite des résultats obtenus en Form III, l’élève passera dans une académie ou restera dans le collège qu’il fréquente.

Introduction au niveau national

C’est en 2010 que les examens de la Form III ont eu lieu la première fois au plan national. Au début, seuls les résultats des élèves de 33 collèges en quatre matières, à savoir l’anglais, le français, les mathématiques et le ‘computer studies/literacy’ des élèves de 33 collèges ont été pris en considération pour un projet pilote. Trois ans plus tard, les évaluations ont été conduites dans tous les établissements de l’île.

Les matières qui font l’objet d’examens sont : l’anglais, le français, les mathématiques, les ‘computer studies/literacy’, biologie, chimie, physique, ‘entrepreneurship education’ et ‘visual arts’. Toutefois,  selon la direction de certains collèges, il y a aussi d’autres matières que les élèves prennent au sérieux. Toutes ces matières visent à permettre à l’élève de faire le bon choix pour la suite de ses études.

Les questionnaires sont préparés par le MES, mais les corrections sont faites par les enseignants eux-mêmes. Ces derniers, par la suite, transmettent les résultats au MES. Une analyse des données est entreprise par la Quality Assurance Division en vue de produire un rapport national.

Selon le ministère de tutelle, toute évaluation demeure importante durant le parcours académique de chaque élève et avec la réforme, plusieurs mesures ont été prises en vue de corriger les imperfections du système actuel dont le ‘learner  developmental  profile’ au pré-primaire, la  ‘remedial education’ dès le Grade 1 et les cours gratuits qui seront prochainement accessibles en ligne pour le secondaire. L’objectif consiste à fournir aux apprenants tous les outils nécessaires pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes dans chaque matière.

Le ministère souligne aussi que des efforts et moyens sont déployés en vue de former continuellement les éducateurs du pré-primaire au secondaire pour qu’ils puissent adapter leur méthode pédagogique aux réalités du jour.

 

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